ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
Шрифт:

Et de plus en plus, au fur et `a mesure qu’il r'efl'echissait `a la m'eprise du voiturier, aux cons'equences tragiques que son erreur pouvait avoir, Fant^omas voyait la n'ecessit'e qu’il y avait pour lui de supprimer ce t'emoin g^enant, ce t'emoin qui, petit `a petit, sans qu’il p^ut rien pour l’emp^echer, au trot de son cheval, allait le conduire vers le myst'erieux domicile qu’il lui attribuait dans sa simplicit'e, et o`u, sans aucun doute, les pires dangers devaient l’attendre.

Fant^omas, cependant, 'etait trop homme de sang-froid pour s’affoler quelle que f^ut la situation tragique o`u il se voyait r'eduit. Tout en s’installant sur la banquette de la carriole, il ne n'egligeait point d’observer les moindres d'etails qui pouvaient jeter un peu de clart'e sur sa vraie situation.

La valise fatale, la valise marqu'ee C. P., la valise qui l’avait fait prendre pour quelqu’un qu’il n’'etait pas, lui 'etait pr'ecieuse `a consid'erer. Ce n’'etait certainement pas un sac de grand luxe, mais c’'etait cependant une mallette de cuir jaune d’assez bonne apparence, t'emoignant que son propri'etaire devait appartenir `a une classe ais'ee, t'emoignant aussi qu’il devait souvent voyager, car on y voyait de nombreuses 'etiquettes attestant des d'eplacements dans tous les coins de France et m^eme en des stations baln'eaires, en Suisse, en Italie.

Cette valise, Fant^omas la regardait avec des yeux dont il ne parvenait point `a att'enuer l’'eclat.

Ah s’il avait pu, sans risquer d’intriguer le voiturier, d'efaire les sangles, ouvrir le compartiment, v'erifier le contenu de ce sac.

— On ne voyage pas sans papiers, se disait Fant^omas. On a toujours quelques lettres, quelques documents personnels. Je trouverais l`a dedans, `a coup s^ur, de quoi me documenter sur le personnage que j’ai tu'e, sur celui que je suis devenu.

Impossible malheureusement, d’ouvrir la valise. Ne fallait-il pas craindre en effet qu’`a peine la malle entr’ouverte il en sortit quelque objet pouvant amener la d'ecouverte de l’imposture `a laquelle se livrait, bien malgr'e lui, en somme, celui qui continuait `a ^etre aux yeux du voiturier « le voyageur attendu » ?

Or, tandis que Fant^omas r'efl'echissait ainsi aux p'erils de sa situation, son conducteur, ayant mis son cheval dans la bonne direction, s’enlevait lentement sur le marchepied, gagnait sa place sur la banquette de bois `a c^ot'e de Fant^omas.

— En route, cria-t-il d’une voix enjou'ee. Nous allons presser le mouvement, mon beau monsieur, et vous verrez que nous n’en aurons pas pour longtemps avant d’^etre rendus `a l’h^otel. C’est `a l’h^otel que vous descendez ?

Fant^omas soupira.

Comment pouvait-il se faire qu’il f^ut r'eellement « attendu » `a Saint-Calais, si c’est `a l’h^otel qu’il devait descendre ? Des paroles du voiturier, il semblait r'esulter qu’il 'etait `a la fois un voyageur ordinaire, quelconque, un voyageur de passage `a Saint-Calais, et en m^eme temps, un personnage dont « on » esp'erait la venue.

Fant^omas n’h'esita pas :

— C’est `a l’h^otel, en effet, que je descendrai ce soir.

Il r'epondait cela au hasard, 'evidemment, mais en r'efl'echissant que, de toutes facons, mieux valait en effet pour lui s’installer dans un h^otel d’o`u il pourrait sans doute trouver moyen de s’'echapper rapidement, que n’importe o`u ailleurs o`u la chose serait peut-^etre impossible. D’ailleurs, o`u aller, si ce n’'etait `a l’h^otel ? Et puis, quelle importance avait, apr`es tout, cette question, puisque, de plus en plus, Fant^omas s’y d'ecidait, il allait tuer cet homme et s’enfuir, s’enfuir loin des emb^uches qu’il soupconnait devant lui.

Le voiturier, cependant, bien que son voyageur ne r'epond^it que par monosyllabes, se faisait de plus en plus bavard :

— Ah dame, l’h^otel, faisait-il, tout en caressant du bout de son fouet l’encolure de son cheval, qui trottait paisiblement, dame, l’h^otel, vous allez le trouver boulevers'e. Comme qui dirait sens dessus dessous, et c’est bien naturel. Je pense que vous avez entendu parler d'ej`a des vols qui ont eu lieu ici ?

Fant^omas, encore une fois, r'epondit, sans vouloir se compromettre :

— Oui, disait-il, j’en ai entendu parler.

Il n’ajoutait rien de plus. Il n’accompagnait sa r'eponse d’aucun commentaire, car, `a la v'erit'e, s’il 'etait exact que depuis sa fuite de la prison de Louvain, Fant^omas avait entendu parler des vols de Saint-Calais, s’il avait lu quelques articles de journaux relatifs `a ces affaires, il n’'etait pas sp'ecialement document'e `a leur sujet.

De plus en plus, d’ailleurs, Fant^omas n'egligeait de pr^eter attention aux paroles de son compagnon.

Depuis que l’on avait quitt'e la gare, le bandit s’absorbait dans la contemplation du paysage, cherchant instinctivement l’endroit propice o`u il pourrait accomplir son nouveau forfait sans courir le risque d’^etre d'ecouvert.

La route, d’abord, avait pass'e `a travers champs dans une longue plaine d'ecouverte o`u il e^ut 'et'e de la derni`ere imprudence de tenter quoi que ce f^ut. Les fermes 'etaient nombreuses, des villages surgissaient `a l’improviste des moindres replis de terrain, si jamais le voiturier assailli avait le temps de pousser un cri, Fant^omas s’exposait `a voir arriver des t'emoins fort g^enants.

Or, comme la voiture avait parcouru trois ou quatre kilom`etres, la route plongea `a pic dans une sorte de grand vallon o`u, malgr'e la nuit compl`ete qui s’'etait faite maintenant, Fant^omas discernait `a merveille des bois touffus, 'epais, de grande 'etendue.

— Voil`a la for^et ?

— Voil`a la for^et, r'ep'eta joyeusement, le voiturier. Ah dame, ce sont des bois d’importance. M^eme qu’ils servent de r'eserve au gibier pendant tout l’hiver. Vous allez voir ca, monsieur, le pays n’est pas mal. Tr`es vallonn'e.

— Et ces bois sont entour'es de murs ?

— Oh ma foi non. Ca appartient comme qui dirait `a une grande famille du pays, qui d’ailleurs ne vient jamais ici, et laisse tout ca en friche. Que ca fait m^eme piti'e.

— Et il nous faudra dix minutes pour traverser cette for^et ?

— Dix grandes minutes, mon Dieu, oui.

L’homme, sans se douter des projets sinistres que formait son compagnon, r'epondait avec complaisance.

Pour Fant^omas, au fur et `a mesure qu’il se renseignait sur la disposition des lieux, il se rass'er'enait, devenait plus calme. Allons, la bonne chance 'etait pour lui. Dans cette for^et 'epaisse, en friche, cette for^et qui venait jusqu’`a la lisi`ere de la route, il allait pouvoir facilement se pr'ecipiter sur son compagnon, l’'etrangler, se d'ebarrasser de lui.

Поделиться с друзьями: