ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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D'ej`a, il envisageait les cons'equences de son acte, il songeait `a en tirer tout le parti possible.

— Maintenant, murmurait le bandit, se parlant `a lui-m^eme, presque sans s’en apercevoir, comme il arrive souvent `a ceux qui r'efl'echissent profond'ement, maintenant, il faut aviser. J’ai tu'e cet individu, c’est bien. Mais ce n’est pas suffisant, il faut que je me d'ebarrasse de son cadavre. Il serait mauvais, j’imagine, de jalonner ma route.

Or, soudain, Fant^omas 'eclata de rire.

— Mais je suis un enfant, songeait-il, je suis un 'etourdi. Je suis un imb'ecile. Ce cadavre, au contraire, va m’^etre de la plus grande utilit'e pour 'eviter que l’on me piste. Parbleu, je m’en vais troquer ma personnalit'e, plut^ot g^enante, contre la sienne, qui, je l’esp`ere, est honorable.

Dans le fourgon charg'e de ballots, de caisses et de tonneaux, alors ce fut une horrible sc`ene.

Il faisait juste clair, car maintenant il 'etait pr`es de sept heures du soir, et sur le ciel charg'e de nuages, la nuit tombait.

Fant^omas, pourtant, paraissait agir avec m'ethode et sans se presser.

Ayant constat'e en effet que la plupart des colis dispos'es dans le fourgon 'etaient 'etiquet'es `a destination de Chartres, le bandit s’'etait dit qu’il n’avait aucune chance d’^etre d'ecouvert avant l’arriv'ee.

C’'etait donc sans se presser, en toute tranquillit'e, qu’il pouvait agir. Fant^omas d'epouilla le mort de son pardessus, sa veste, son gilet.

— Parbleu, c’est une chance extraordinaire, r'ep'eta-t-il, tandis que, sans la moindre horreur, il s’habillait des v^etements du mort. Tout cela me va comme un gant. H'e, h'e, j’am'eliore mes proc'ed'es, je tue les gens qui sont `a ma pointure.

Il rit, boutonna ses v^etements, puis, fit la toilette de sa victime, `a laquelle il passa les habits qu’il venait de quitter.

— L`a, voil`a qui est fait. Si ce voyageur a 'et'e vu en gare de Saumur, si l’on a enqu^et'e, quand on me verra sortir de la gare tout `a l’heure, car je n’irai naturellement pas jusqu’`a Chartres, on me prendra pour lui. Surtout dans l’obscurit'e et si j’ai le temps d’aller chercher dans le compartiment de premi`ere classe o`u je l’ai vu monter en gare de Saumur, les bagages qu’il a d^u y d'eposer.

Fant^omas, tout en parlant, se f'elicitant du r'esultat de la macabre op'eration `a laquelle il venait de se livrer, continuait `a contempler le corps de sa victime, maintenant rev^etu des habits qu’il portait il y a quelques minutes.

— Sapristi, c’est tout de m^eme ennuyeux de laisser derri`ere moi ce cadavre. Si je le lance sur la voie, il sera retrouv'e rapidement. Si je le laisse dans ce fourgon, on le d'ecouvrira `a Chartres. Qu’en faire ? D'ecid'ement, il y a un voyageur de trop dans ce train.

Or, pour r'esister aux cahots amen'es par la vitesse du train, Fant^omas venait de s’appuyer `a un 'enorme tonneau pos'e de champ, au milieu du fourgon. Ce fut pour lui la source d’une inspiration soudaine que d’en lire l’'etiquette : « Chaux 'eteinte ».

— Mis'ericorde, s’exclama le bandit, je ne pouvais pas r^ever mieux. De la chaux. Je n’ai qu’`a enfoncer ce cadavre dans cette chaux, l’an'eantissement sera complet. Chair, os, habits, tout sera mang'e, d'etruit, br^ul'e.

Fant^omas 'etait prompt `a d'ecider, plus prompt encore `a ex'ecuter. Bien qu’il n’e^ut pour outil qu’une mauvaise tige de fer ramass'ee dans un coin du fourgon, il d'efonca le robuste tonneau en moins d’une heure. Prendre alors `a pleine poign'ee la chaux qui le remplissait, l’'eparpiller par la porti`ere ouverte du wagon, un jeu d’enfant. Bient^ot, Fant^omas disposa d’une place suffisante pour enfouir le corps `a m^eme ce qui restait de chaux. Ce ne fut pas long. Fant^omas saisit le corps, le hissa, le bascula dans le tonneau. Alors riant d’un rire sarcastique, cependant qu’il renfoncait `a grands coups de poing le couvercle que l’'elasticit'e naturelle du bois maintenait suffisamment, le bandit s’'ecria :

— Ma foi, il y avait tout `a l’heure un voyageur en trop, je puis bien dire maintenant qu’il y a un voyageur en moins, car j’imagine que dans la chaux, c’est l’affaire de trois ou quatre jours au plus pour que le corps soit enti`erement br^ul'e.

De plus en plus joyeux, de plus en plus rassur'e par la tournure que prenaient les 'ev'enements, il se f'elicitait lui-m^eme lorsque soudain, pour la dixi`eme fois peut-^etre depuis son crime, le train s’arr^eta dans une petite gare.

— Morbleu, il me semble que voil`a un endroit tout indiqu'e pour regagner le compartiment de premi`ere classe, o`u je devrais ^etre, normalement, si toutefois je trouve moyen d’'echapper aux regards soupconneux des employ'es ?

Or, apr`es avoir marqu'e l’arr^et, le train avant m^eme d’entrer en gare manoeuvrait sur des voies de garage.

— `A coup s^ur, estima le bandit, nous devons longer quelque quai o`u il doit y avoir des marchandises pesantes `a embarquer. Bon, sachons attendre.

Le bandit avait devin'e juste.

Le train dans lequel il se trouvait, manoeuvra sur une voie de garage puis s’immobilisa enfin au long d’un quai sur'elev'e o`u, dans le lointain, Fant^omas venait d’apercevoir des hommes d’'equipe s’affairant.

Le bandit se frappa le front d’un geste furieux :

— Mais c’est absolument idiot ce que je viens de faire. J’imagine que le corps de cet imb'ecile va ^etre mang'e par la chaux, je me trompe. Il n’en est rien. La chaux qui 'etait dans ce tonneau qui y est encore, qui recouvre ma victime, c’est de la chaux 'eteinte. Ce qu’il faudrait c’est de la chaux vive. Ah diable de diable.

Puis brusquement, une joie soudaine envahit le forban :

— Si je croyais en Dieu, dit-il, tout en faisant effort pour ouvrir grande la porti`ere `a contre-voie du wagon, si je croyais en Dieu, j’en conclurais que le ciel est avec moi.

Fant^omas, tout en parlant, la porti`ere une fois ouverte, revint se saisir du tonneau de chaux o`u il avait enfoui le cadavre. Il l’'ebranla, il le roula, il l’amena sur le bord du wagon et, de l`a, le pr'ecipita dans le vide. Qu’avait donc encore invent'e le bandit ?

Sa derni`ere manoeuvre, pour 'etrange qu’elle par^ut, 'etait en r'ealit'e remarquablement ing'enieuse.

Comme le train s’arr^etait, en effet, Fant^omas avait remarqu'e `a travers l’interstice des parois, que son wagon dominait un 'enorme bassin servant probablement de r'eserve d’eau aux locomotives. C’'etait dans ce r'eservoir que Fant^omas venait de balancer le tonneau-cercueil. Et tandis que le train s’'ebranlait pour entrer en gare, Fant^omas, se tenant pr^et `a descendre, 'eclatait de rire une fois de plus.

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