ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
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Fandor, pendant quelques instants, semblait, en effet, l’avoir oubli'e. La m'emoire lui revint cependant :

— Ma foi, grommela-t-il en faisant une rapide toilette et 'eclaboussant partout l’eau qui servait `a ses ablutions, nous aurions pu, sans dommage, dormir une heure ou deux de plus. Les constatations `a faire dans la maison du crime seront toujours aussi bonnes puisque le commissaire de police de la localit'e a eu l’ing'enieuse id'ee de faire cerner tout le diable et son train depuis hier au soir par les agents du pays.

— Possible, mais ca n’emp^eche qu’il ne faut pas nous attarder.

Fandor, d’ailleurs, au fur et `a mesure qu’il se r'eveillait, partageait l’avis de son ami. La maison tout enti`ere, pour qui connaissait les habitudes des Keyrolles, s’agitait d’une facon anormale `a cette heure matinale.

La petite bonne Brigitte, 'evidemment, avait recu des ordres la veille et elle obligeait tout le monde `a se mettre sur pied.

Juve et Fandor 'etaient les premiers, cependant, `a passer de la demeure des Keyrolles dans le jardin de la maison abandonn'ee.

Le policier recommanda aux agents qui avaient pass'e toute la nuit en faction devant les issues diverses de la propri'et'e :

— Ne laissez entrer personne jusqu’`a ce que j’aie fait les premi`eres constatations.

Et alors Juve, accompagn'e de Fandor, p'en'etra dans le jardin de la myst'erieuse maison :

— Ne marchons pas sur le sable des all'ees, recommanda-t-il, il y a des traces de pas qu’il s’agit de relever au pr'ealable et de ne point m^eler aux n^otres.

Juve et Fandor avaient l’habitude de ces sortes d’op'erations. Ils prirent chacun dans leur poche du papier blanc, un m`etre, un crayon, des ciseaux.

Au bout de quelques instants ils revenaient triomphants, l’un et l’autre d'etenteurs d’un certain nombre de semelles de papier qu’ils juxtaposaient. C’'etait un spectacle curieux que celui de ces deux hommes, en melons, agenouill'es sur le gazon dont l’herbe montait tr`es haut et qui 'etalaient avec une minutie extr^eme ces semelles d'ecoup'ees dans des morceaux de journaux.

— Nous avons l’air de faire un puzzle, d'eclara Fandor en riant.

Mais Juve demeura s'erieux. Il avait pris toutes les coupures, les placait dans un ordre d'etermin'e.

— Ca y est ! s’'ecria-t-il joyeusement. Ils 'etaient quatre.

Juve appela un agent :

— Allez me demander, fit-il, l’une des bottines de M. le B^atonnier.

Quelques instants apr`es, l’homme lui apporta la chaussure et Juve identifia avec l’une des empreintes qu’il avait relev'ees.

— Voil`a le b^atonnier, dit-il.

Puis il recommanda `a Fandor :

— Maintenant, petit, toi qui dessines comme un architecte, fais-moi le plan exact de ce jardin et de ses all'ees en partant de la grille.

Lorsque Fandor eut achev'e son trac'e, Juve le prit et releva, d’apr`es nature, les traces laiss'ees par l’avocat.

— M. Henri Faramont, d'eclara-t-il, apr`es avoir franchi la grille, a obliqu'e sur la gauche, parcouru environ cinquante m`etres, c’est `a ce moment qu’il a 'et'e attaqu'e. Les individus qui le guettaient ont surgi de ce buisson dans lequel ils 'etaient tapis depuis quelque temps, `a en juger par les nombreux pi'etinements que je rel`eve. Ils 'etaient deux, un homme de petite taille vraisemblablement et mal chauss'e, car ses semelles sont us'ees et ses talons ont des angles arrondis, si j’en crois les empreintes. Le complice de cet homme 'etait une femme dont les bottines ont des talons Louis XV.

Fandor suivait, int'eress'e, les d'eclarations du policier.

— C’est exact, fit-il. Cela ne fait que trois personnes. Or, nous avons quatre empreintes.

— Oui, dit Juve. Il est venu une quatri`eme personne, celle dont tu parles, et elle s’est pr'ecipit'ee sur le b^atonnier `a peu pr`es en m^eme temps que les deux autres assaillants. Par exemple, 'etait-ce avant ou apr`es l’agression ? Je ne saurais le dire, mais cette personne-l`a ne se trouvait pas dans le buisson. Elle 'etait cach'ee de l’autre c^ot'e de l’all'ee, derri`ere ce gros arbre. Vois plut^ot ces empreintes, Fandor.

— Tout cela est tr`es net.

— Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi cette agression ayant si bien r'eussi, les trois personnages qui se sont pr'ecipit'es sur le b^atonnier se sont brusquement enfuis sans le d'epouiller. Il est assez improbable qu’ils, aient eu peur, personne d’autre d’ailleurs que ces quatre individus ne para^it s’^etre trouv'e dans le jardin. Du c^ot'e de la maison, il n’y a pas la moindre trace.

L’arriv'ee du commissaire de police de Ville-d’Avray interrompit Juve.

C’'etait un ancien militaire au visage 'energique.

— Monsieur l’inspecteur, d'eclara le magistrat, excusez-moi de n’^etre pas venu vous voir d`es hier soir, mais on m’a dit qu’`a peine arriv'e chez M. de Keyrolles vous avez cru bon de vous reposer. Je n’ai donc pas voulu vous d'eranger.

— Et vous avez bien fait, r'epliqua Juve qui, par un l'eger sourire, laissa entendre qu’il avait fort bien compris le petit reproche implicite du commissaire de police.

Celui-ci, d’ailleurs, se rengorgeait :

— Eh bien moi, monsieur, fit-il, pendant que vous dormiez, je me suis occup'e de l’affaire. J’ai d’abord fait cerner la maison afin que nul n’en sorte.

— C’'etait `a peu pr`es inutile, les agresseurs de M. Faramont 'etaient loin lorsque la police est intervenue.

— Peut-^etre pas si loin qu’on le pense. Vers une heure du matin, monsieur l’inspecteur, mes hommes ont en effet proc'ed'e `a l’arrestation d’un individu qui r^odait dans le voisinage.

— Ah, quel homme ?

— Ma foi, je n’en sais rien, je vous dirai que, moi-m^eme, je suis all'e me coucher vers minuit et demi et en sortant de chez moi ce matin je suis accouru ici afin de vous voir. C’est mon brigadier qui, `a l’instant, vient de me pr'evenir de l’arrestation op'er'ee.

— Tr`es bien. J’en conclus que c’est votre brigadier et non point vous, monsieur le Commissaire, qui avez op'er'e cette arrestation. Mais peu importe, voulez-vous qu’on am`ene cet homme tout de suite ?

Le commissaire, assez interloqu'e de l’accueil ironique et froid de Juve, s’empressa de retourner aupr`es de ses hommes. Quant `a Juve, il disait `a Fandor :

— Ne t’'eloigne pas, petit. Moi, je vais aller visiter l’int'erieur de cette maison.

Et, de son pas tranquille, Juve se dirigea vers la maison abandonn'ee. Fid`ele au poste, Fandor ne bougeait pas, lorsqu’un agent lui fit signe. Le journaliste se rapprocha de la grille.

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