ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Mon Dieu, il faut donc que moi aussi…

— Parbleu, s’'ecria l’Italien.

Et d`es lors, d’un ton sec, autoritaire, il expliqua `a sa ma^itresse le r^ole qu’elle avait `a remplir. Nadia tremblait, elle secoua la t^ete :

— Non, non, dit-elle, je n’oserai jamais, cela me fait trop peur.

Mais soudain, elle 'etouffa un cri de douleur. Son amant lui serra le poignet, lui tordit le bras :

— Tu m’ob'eiras, Nadia, d’abord, il est trop tard pour reculer, et ensuite io ne veux pas que la femme que io choisis soit indigne de moi. Io te le r'ep`ete, cela d'epend de toi, si tu ne veux pas qu’il meure, fais ce que io t’ai dit et fais-le bien.

Nadia allait r'epliquer. Un l'eger bruit la fit tressaillir et se taire. Isolino lui aussi pr^eta l’oreille, il 'etait accroupi sous le buisson, son couteau ouvert tenu entre les dents, les deux poings crisp'es.

— Quand il arrivera, murmura-t-il, io vais bondir devant, tu le prendras par-derri`ere.

Mais soudain, il s’arr^eta, et emp^echa Nadia de s’'elancer comme il semblait qu’elle en avait l’intention.

— Ce n’est pas lui, r'ep'etait Isolino.

Et, du doigt, il d'esignait `a sa ma^itresse, qui l’apercevait, s’esquissant vaguement dans le lointain, une silhouette humaine qui venait de se glisser dans le jardin et se dirigeait du c^ot'e oppos'e `a celui o`u se trouvait le sinistre couple.

Inqui`ete, Nadia interrogea :

— C’est peut-^etre quelqu’un de la maison ?

— C’est une femme en tout cas, r'epliqua Isolino, qui paraissait surpris et il ajouta :

— Io croyais la maison abandonn'ee.

— Elle a l’air jeune, cette femme, elle marche vite.

— On ne peut pas savoir, `a cette distance, et avec l’obscurit'e qu’il fait.

Quelques secondes apr`es, d’ailleurs, tout retomba dans le silence, et l’on n’entendit plus le moindre bruit. Toutefois, une des fen^etres de la maison abandonn'ee s’'eclaira. Une lueur rougeoyante traversa les vitres et vint 'eclairer d’un pinceau lumineux une des pelouses du jardin.

— La maison est habit'ee, murmura Nadia.

Mais Isolino lui serrait le poignet :

— Tais-toi donc bavarde, d'eclarait-il, cependant qu’il ajoutait :

— Cette fois, c’est lui !

Le pas d’un homme faisait craquer les graviers du jardin.

Il y avait un quart d’heure environ que le train amenant Isolino, Nadia et le b^atonnier, s’'etait arr^et'e `a Ville-d’Avray, mais alors que le couple tragique se d'ep^echait de venir se tapir dans les buissons 'epais de la villa voisine de l’habitation des Keyrolles, le b^atonnier, que rien ne pressait, s’acheminait vers le m^eme but, mais `a petits pas lents.

Me Henri Faramont avait attendu la sortie des derniers voyageurs, esp'erant d'ecouvrir parmi eux le Danois 'Erick Sunds.

Il avait 'eprouv'e une l'eg`ere d'esillusion, en s’apercevant que le chineur n’'etait pas dans ce train, qui l’avait amen'e lui, comme c’'etait convenu.

— Ah ces artistes, avait pens'e le b^atonnier, tous les m^emes ! On voit bien qu’ils n’ont pas comme nous des professions s'erieuses et bien r'eglement'ees. On ne peut pas compter sur leur exactitude.

Le b^atonnier se demandait s’il devait aller tout seul voir cette potiche signal'ee par 'Erick Sunds. Il h'esita quelques instants, mais son instinct d’amateur, son temp'erament de collectionneur, l’incitaient `a ne pas n'egliger d’aller voir cet objet au plus t^ot, de ne jamais remettre au lendemain ce qu’il pouvait faire le jour m^eme.

— Cela n’emp^echera pas, se disait-il `a lui-m^eme, cet excellent M. Sunds de toucher sa commission au cas o`u…

Le b^atonnier savait, en effet, o`u s’adresser : Sunds lui avait dit que la propri'etaire de la potiche chinoise habitait la maison plac'ee `a droite de celle occup'ee par son beau-fr`ere.

— Je me pr'esenterai moi-m^eme, voil`a tout, se dit le b^atonnier.

Le b^atonnier sonna `a la grille, par discr'etion, car celle-ci 'etait ouverte. Il entendit le son d’une cloche gr^ele se r'epercuter au lointain et il attendit. Mais nul ne vint au-devant de lui, et le b^atonnier, impatient, las d’attendre, l’introduisit dans le jardin.

Il remarqua qu’`a travers les all'ees poussaient de longues herbes.

— Maison d'elabr'ee, gens dans la mis`ere, pensa-t-il, J’ai bien fait d’apporter de l’argent, j’obtiendrai la potiche `a meilleur compte.

Le b^atonnier h'esita quelques instants, mais il remarqua qu’au fond de la propri'et'e se trouvait la maison. Au milieu de la tache sombre qu’elle formait, pointait une petite lumi`ere qui tendait `a prouver qu’il y avait l`a quelqu’un.

— Ma foi, pensa l’avocat, entrons. On verra bien.

Il avait `a peine fait quelques pas dans la direction de la maison, que soudain il poussa un hurlement de surprise et de terreur. Puis, il s’'ecroula.

Mario Isolino, d’une part, et Nadia, de l’autre, avaient surgi en effet derri`ere leurs buissons, au moment o`u Me Faramont, qui ne se doutait de rien, passait `a proximit'e.

L’agression avait 'et'e combin'ee de la facon suivante : c’'etait Nadia qui devait attaquer la premi`ere, elle 'etait munie d’un solide foulard, elle devait s’'elancer sur le b^atonnier et lui passer ce foulard autour du cou. Puis, tirer violemment afin de le faire tomber en arri`ere.

Mario Isolino devait se jeter sur l’homme `a terre et lui fouiller les poches.

Malgr'e l’'emotion, Nadia, qui 'etait 'egalement terroris'ee par l’attitude de son amant, avait r'ealis'e sans trop de difficult'e la premi`ere partie du programme. Et alors que le b^atonnier tombait par terre, la Circassienne se f'elicitait de son adresse, s’'etonnait m^eme de la facilit'e avec laquelle une faible femme pouvait renverser un homme, lorsque celui-ci ne s’y attendait pas. Une foule de pens'ees se pressait en m^eme temps dans l’esprit de Nadia qui songeait aussit^ot :

— Du moment que j’ai r'eussi `a le renverser, Mario Isolino ne le tuera pas.

En pr'ecipitant `a terre le b^atonnier, la Circassienne 'etait tomb'ee, elle aussi, mais `a genoux, dans l’all'ee. Elle se releva. `A ce moment, elle poussa un cri terrible et, de m^eme, elle entendit deux autres cris. L’un pouss'e par le b^atonnier, l’autre par son amant : une effroyable douleur la prenait aux yeux, il lui semblait que du feu courait sous ses paupi`eres, lui incendiait la pupille. Puis, soudain, elle se sentit entra^in'ee par la main. Tr'ebuchant, aveugle, et souffrant le martyre, elle se laissa emmener en g'emissant. Quelques secondes apr`es, elle se rendait compte qu’elle 'etait hors de la propri'et'e, dans l’avenue d'eserte. La personne qui l’entra^inait, qui l’avait pour ainsi dire arrach'ee de l’all'ee, emport'ee, c’'etait son amant.

Et Mario Isolino, d’une voix contract'ee par l’angoisse, articulait cependant qu’il geignait, lui aussi :

— Sauvons-nous, sauvons-nous, c’est du sortil`ege.

***

— Eh bien, comment vous sentez-vous, mon pauvre Faramont ?

Le b^atonnier ouvrit les yeux, puis les referma aussit^ot, il 'eprouvait aux paupi`eres une intol'erable cuisson. Il avait reconnu, cependant, la voix de son beau-fr`ere.

Il se sentait immens'ement las, fatigu'e, bris'e, comme apr`es un violent effort ou une grande maladie. Il se rendit compte qu’il 'etait 'etendu sur quelque chose de souple et de doux, une chaise longue ou un canap'e. Puis, il 'eprouva une sensation r'econfortante, deux l`evres s’appuyaient sur son front, cependant qu’il percevait la voix angoiss'ee de sa femme qui murmurait :

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