La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Mon pauvre Henri, que vous est-il donc arriv'e ?
Le b^atonnier fit un nouvel effort, ouvrit encore les yeux, et regarda autour de lui. Il 'etait dans la chambre de son beau-fr`ere, sur le lit et, `a son chevet, se trouvaient, ind'ependamment de M. de Keyrolles et de Mme Faramont, son fils Jacques, sa soeur, Mme de Keyrolles, et enfin un personnage qu’il ne connaissait pas, un homme en bras de chemise, qui prenait des compresses et les lui passait sur les tempes.
— Le m'edecin, dit M. de Keyrolles `a son beau-fr`ere.
Et le b^atonnier, alors, se souvint de ce qui lui 'etait arriv'e.
Au moment o`u il p'en'etrait dans la propri'et'e voisine, il avait 'eprouv'e un choc violent, une secousse, puis un blanc. Le b^atonnier 'eprouva une 'emotion. Il savait qu’il avait d'ej`a un certain ^age et, raffermissant sa voix, pour ne pas montrer qu’il avait peur, il interrogea, regardant fixement le m'edecin :
— C’est une attaque, n’est-ce pas ? De la congestion ? Oh, il vaut mieux me le dire, je suis fort, je n’ai pas peur de mourir.
Mais le m'edecin le rassurait :
— Pas le moins du monde, monsieur.
— Une attaque, peut-^etre, mon cher beau-fr`ere, lui dit Keyrolles, mais pas du genre de celle que vous croyez. Vous avez 'et'e victime d’une attaque au sens propre du mot, mon pauvre ami. Qu’alliez-vous faire dans cette maison voisine de la n^otre ?
— J’allais voir une potiche ancienne.
Dans son entourage on s’entre-regarda. Mme Faramont, nettement d'eclara :
— Vous le voyez, je m’en doutais, c’est un guet-apens.
Jacques 'etait venu embrasser son p`ere. Se tournant vers son oncle, il d'eclara :
— J’ai bien fait de pr'evenir la police, par t'el'ephone. Nous allons avoir tout `a l’heure la visite d’un inspecteur de la S^uret'e. C’est Juve qui doit venir.
M. Faramont cherchait en vain `a rassembler ses souvenirs, il se rendait compte qu’il y avait une lacune dans sa m'emoire, il interrogea :
— Enfin, expliquez-moi ce qui s’est pass'e. Quelle heure est-il ?
On lui r'epondit :
— Dix heures et demie.
— Ce n’est pas possible, s’'ecria le b^atonnier, que m’est-il donc arriv'e depuis huit heures du soir ?
M. de Keyrolles interrogea d’abord le m'edecin du regard ; mais le praticien comprenait la question :
— Vous pouvez lui parler, dit-il, M. le B^atonnier n’a pas de fi`evre, et est d'ej`a r'etabli de la commotion qu’il a 'eprouv'ee.
— Eh bien voil`a, fit M. de Keyrolles en s’adressant `a son beau-fr`ere. Ma femme et moi nous 'etions dans le jardin `a respirer l’air frais, nous vous attendions tous trois, vous, votre femme et votre fils par le train de huit heures et demie lorsque, vers huit heures moins le quart, des bruits suspects provenant de la propri'et'e voisine ont attir'e notre attention. Et nous nous demandions ce que cela pouvait ^etre, lorsque notre bonne Brigitte, qui 'etait dans le jardin, elle aussi, est accourue vers nous, toute p^ale. « Monsieur, m’a-t-elle dit, il se passe quelque chose `a c^ot'e, j’ai entendu crier et courir. » Les paroles de Brigitte ont augment'e mes inqui'etudes. Pr'ec'edant Augustine et la bonne, j’ai franchi la haie qui nous s'epare de la maison voisine et, `a ma grande surprise, `a ma grande terreur aussi, je puis vous le dire, je vous ai trouv'e 'etendu au travers d’une all'ee, 'evanoui, le visage couvert de poivre.
— De poivre ? s’'ecria le b^atonnier. C’est donc pour cela que j’ai tant souffert des yeux ? Pas de doute, j’ai 'et'e victime d’une agression.
Puis il eut un brusque sursaut, porta la main `a sa poitrine :
— Mon argent, s’'ecria-t-il.
Le b^atonnier fouillait fi'evreusement son portefeuille. Il poussa un soupir de satisfaction :
— Je n’ai pas 'et'e vol'e, fit-il, et c’est heureux, j’avais trente-deux mille francs sur moi. Alors, interrogea-t-il en regardant son fils, tu as pr'evenu la police, mon petit Jacques ?
— Oui, mon p`ere, fit le jeune homme.
Mme de Keyrolles, dans un angle de la pi`ece, s’efforcait de calmer sa belle-soeur. Mme Faramont 'etait en effet toute tremblante, terrifi'ee.
— Depuis qu’Henri a accept'e de d'efendre ce sinistre bandit, murmurait-elle, j’y pense tout le temps, je ne vis plus. Ne dirait-on pas l`a une agression `a la Fant^omas ?
Doucement, Mme de Keyrolles rassura sa belle-soeur.
— Puisque Fant^omas est en prison… commenca-t-elle.
Mais d’un geste, Mme Faramont l’interrompit et la femme du b^atonnier prof'era :
— Ce n’est pas l’avis d’Henri. Henri croit que son client n’est pas le vrai Fant^omas.
8 – UNE ENQU^ETE DE JUVE
Une petite voix fl^ut'ee criait `a travers la porte :
— Il est cinq heures, monsieur, levez-vous !
Juve s’'eveilla. Cependant il 'etait encore plong'e dans un demi-sommeil car, machinalement, il s’'ecria :
— C’est compris, Jean, je me l`eve.
Or ce n’'etait 'evidemment pas Jean, son vieux domestique, qui venait de lancer cet appel. Jean n’avait pas une voix de femme aussi fluette, aussi pointue.
Pour 'eviter d’^etre repris par le sommeil, l’inspecteur de la S^uret'e ne se posa pas de questions. Il bondit hors du lit mais ses genoux heurt`erent le plancher, le matelas sur lequel Juve reposait 'etait en effet au niveau du sol et, tandis qu’il se frottait les rotules qu’il s’'etait violemment heurt'ees, Juve se souvint qu’il n’'etait pas chez lui, mais `a Ville-d’Avray, dans la villa de M. de Keyrolles.
Il y 'etait arriv'e la veille `a minuit sur un appel t'el'ephonique du fils du b^atonnier.
Juve, toutefois, n’avait pas pu interroger le principal int'eress'e, la victime de l’attentat. Me Henri Faramont dormait `a ce moment, et le m'edecin qui l’avait soign'e avait d'efendu qu’on le troubl^at.
Juve, alors, au grand 'ebahissement de toute la famille qui l’entourait et le pressait de se rendre sur les lieux de l’agression, annoncait avec son calme imperturbable :
— Je voudrais bien me coucher. Pourriez-vous me faire 'etendre un matelas dans une chambre quelconque ?
On avait acquiesc'e au d'esir du c'el`ebre policier. Il s’'etait couch'e sur le sommier d’un lit qu’il partageait avec Fandor. Car Juve avait emmen'e Fandor avec lui.
— Debout, Fandor ! cria Juve.
Le journaliste avait dormi `a poings ferm'es. Il poussa un long b^aillement, s’'etira, puis interrogea le policier d’un air stup'efait :
— Que me voulez-vous ? Que se passe-t-il ? On vient `a peine de se coucher.
Le policier le brusqua :
— Il ne s’agit pas de faire la grasse matin'ee. Nous avons `a proc'eder `a une enqu^ete d'elicate.