ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Fant^omas, avait hurl'e Juve, au nom de la Loi, je vous arr^ete !

La poigne du policier s’'etait abattue sur l’'epaule du Roi du Crime. Fant^omas n’avait pas eu un tressaillement, il n’avait tent'e aucune r'esistance, il s’'etait laiss'e tr`es docilement ligoter, 'etroitement ficeler par Fandor.

Les instants semblaient interminables. Devant Fant^omas qui 'etait venu se livrer, qu’ils venaient de prendre, devant Fant^omas, charg'e de liens, devant eux, incapable d'esormais de tenter un geste de d'efense, Fandor et Juve demeuraient 'egar'es, surpris et si joyeux qu’une 'emotion, une peur se m^elait `a un sentiment de soulagement infini.

Juve, le premier mouvement de stupeur pass'e, 'epongea d’une main qui tremblait la sueur qui lui perlait au front.

— Fandor, d'eclara enfin le policier, il est pris, et il ne peut plus s’'echapper. Il faut agir maintenant et agir vite. Nous allons le mener au D'ep^ot.

Juve parlait ainsi comme si Fant^omas avait 'et'e frapp'e soudain de surdit'e, comme s’il n’avait pas pu entendre ; or, pr'ecis'ement, aux paroles de Juve, Fant^omas 'eclata de rire, amus'e, semblait-il.

— Juve, disait le bandit, vous r'ep'etez bien souvent ces mots : il est pris. Vous seriez peut-^etre plus sinc`ere si vous reconnaissiez que je me suis livr'e, vous ne m’avez pas pris, Juve. Je me suis constitu'e prisonnier, voil`a tout.

Il y avait une certaine insolence, une raillerie non dissimul'ee dans le ton du mis'erable. Fandor, de bl^eme qu’il 'etait, devint subitement rouge. Le sang lui monta `a la t^ete, une col`ere le fit fr'emir.

— Taisez-vous ! ordonna-t-il en fixant le bandit. Vous avez sans doute pens'e, Fant^omas, qu’une fois encore vous trouveriez le moyen de vous 'echapper quand bon vous semblerait, mais je vous le jure, vous vous ^etes tromp'e. Vous vous ^etes livr'e, tant pis pour vous ! Au moindre de vos mouvements, ni Juve, ni moi, n’h'esiterions `a vous br^uler la cervelle. Tenez-vous-le pour dit.

Fant^omas haussa les 'epaules.

C’est d’un air r'esign'e, quoique toujours un peu moqueur, qu’il r'epondit :

— J’ai les bras li'es, les jambes attach'ees, comment diable voulez-vous que je puisse tenter un mouvement ? M^eme si la fantaisie me prenait, cela me serait impossible, et puis, pourquoi voudrais-je m’'echapper, puisque je suis ici de mon plein gr'e ?

Puis, comme s’il e^ut d'edaign'e de converser plus longtemps avec Fandor, Fant^omas se tourna vers Juve.

— Allons, faisait-il, d'ep^echez-vous, Juve. Si vous devez me conduire au D'ep^ot, j’ai h^ate d’^etre sous les verrous. Allons-y tout de suite.

— Vraiment ? railla Juve `a son tour. Je puis vous demander pourquoi ?

— Je vous l’ai dit, Juve. J’ai quelqu’un `a venger, on a tu'e lady Beltham.

— Vous l’avez tu'ee, Fant^omas.

— Non, ce n’est pas moi. C’est un autre. Je ne sais qui. Quand je serai sous les verrous, Juve, je ne doute pas qu’une courte et rapide enqu^ete n’arrive `a vous convaincre de ma franchise. Je ne suis pas l’assassin de lady Beltham. J’aimais lady Beltham et sa mort m’a cruellement fait souffrir, c’est pourquoi je suis ici. Libre, vous n’auriez pu vous occuper de venger ma malheureuse ma^itresse, mais, moi pris, votre devoir sera d’'eclaircir ce crime rest'e myst'erieux. Voil`a pourquoi j’ai h^ate d’^etre au D'ep^ot. Allons, faites votre devoir, emmenez-moi.

— Taisez-vous, dit Juve.

Le policier, `a cet instant, r'efl'echissait profond'ement. Depuis plus de dix ans, Juve vivait avec le d'esir de s’emparer de Fant^omas, d’appr'ehender le forban, de le mettre hors d’'etat de nuire, et voil`a qu’`a l’instant m^eme o`u il s’'etait saisi de lui, o`u il le tenait `a sa merci, o`u il allait l’emporter comme une chose sans d'efense, vers les prisons dont on ne s’'evade pas, Juve ne go^utait encore aucune joie. Bien plus, il 'eprouvait une secr`ete angoisse.

Fant^omas disait vrai. Juve ne l’avait pas pris. Il s’'etait livr'e aux mains de Juve. S’il 'etait devant le policier charg'e de menottes, dans l’impossibilit'e de se d'efendre, c’'etait parce que cela lui avait plu. C’'etait qu’il avait trouv'e bon de se constituer prisonnier.

— Je n’ai pas tu'e lady Beltham, r'ep'etait Fant^omas.

Et Juve devait se l’avouer, il apparaissait bien en effet que Fant^omas 'etait innocent de ce crime. Mais quel 'etait alors le sombre myst`ere qui avait entour'e la mort tragique, incompr'ehensible de la malheureuse ma^itresse du bandit ?

Si v'eritablement, ce n’'etait pas Fant^omas qui avait tu'e lady Beltham, qui donc l’avait tu'ee ? Et si Fant^omas s’'etait livr'e `a Juve pour que Juve recherch^at l’assassin de la grande dame, contre qui Juve aurait-il `a diriger ses recherches ? Or, tandis que Juve r'efl'echissait ainsi, Fandor, de son c^ot'e, songeait. Le jeune homme, furieux tout `a l’heure, du ton de bravade qu’avait employ'e Fant^omas, brusquement s’'etait calm'e. Il reprit la parole :

— Fant^omas, vous venez vous-m^eme en effet de vous livrer `a nous, nous allons faire notre devoir, et vous remettre aux mains de la justice. Mais, s’il est vrai que vous n’^etes pour rien dans l’assassinat de lady Beltham, je vous jure, en mon nom, comme au nom de Juve qui nous 'ecoute, que nous n’aurons de cesse l’un et l’autre que la v'erit'e soit faite sur la mort de celle que vous avez aim'ee.

— Je vous remercie, Fandor.

D’une voix grave, Fant^omas venait de r'epondre au jeune homme. Les mots 'etaient simples, mais ils avaient un caract`ere poignant, 'echang'es entre ces deux hommes qui se ha"issaient depuis si longtemps.

— Je vais rester ici, reprit Juve, en face de Fant^omas. J’ai mon browning `a la main, au premier mouvement qu’il esquissera, je ne me ferai point faute de tirer. Toi, Fandor, va chercher une voiture. Dans une heure, nous l’aurons fait 'ecrouer.

Fandor ne r'epondit pas. Il s’assura d’un coup d’oeil de la disposition de la pi`ece. Tant de fois Fant^omas avait r'eussi d’invraisemblables prodiges d’audace, tant de fois, il avait risqu'e de formidables tentatives d’'evasion, toujours couronn'ees de succ`es, que Fandor, malgr'e lui, malgr'e les affirmations du bandit, doutait presque de la r'ealit'e, ne pouvait croire que Fant^omas f^ut r'eellement prisonnier.

Juve, cependant, ne se trompait pas `a l’'emotion que manifestait son ami.

— Allons, reprenait-il, descends, Fandor. Va chercher un fiacre, je te dis qu’il ne peut pas s’'echapper.

Juve agitait son revolver comme un argument supr^eme. Fandor allait peut-^etre r'epondre. Fant^omas eut un 'eclat de rire.

— Je m’'echapperais si je le voulais, raillait-il, mais je ne le veux pas. Soyez tranquille, Fandor. Vous me retrouverez ici, je vous le promets.

Les promesses de Fant^omas, toutefois, n’'etaient point de nature `a calmer les appr'ehensions de J'er^ome Fandor. Il fallait cependant se d'ecider.

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