La gu?pe rouge (Красная оса)
Шрифт:
Sortis du cabinet du procureur g'en'eral, Juve et Fandor s’'etaient naturellement rendus au cabinet de M. Fuselier pour lui apprendre les extraordinaires 'ev'enements qui venaient de se d'erouler, pour lui annoncer aussi qu’il allait avoir `a conduire, t^ache honorifique mais terriblement lourde et p'erilleuse, la formidable instruction des affaires de Fant^omas.
Cette visite, naturellement, avait oblig'e Juve et Fandor `a faire une fois encore le r'ecit des derniers drames survenus.
— Ah mon vieil ami, mon vieil ami, murmurait le journaliste en sortant du Palais de Justice avec Juve.
— Quoi ? Qu’est-ce qui te prend, Fandor ?
— Rien, mais je suis heureux ! Tenez, j’imagine qu’aujourd’hui est la plus belle journ'ee de ma vie. Parbleu, Fant^omas est pris, il me semble que tout l’affreux cauchemar qu’'etait notre vie depuis dix ans va brusquement prendre fin et que rien ne s’opposera plus d'esormais `a ce que je puisse aimer H'el`ene, et…
— Tais-toi, Fandor.
Le front de Juve s’'etait brusquement rembruni.
— Nous ne sommes pas au bout de nos peines, d'eclara-t-il, et j’ai bien peur, Fandor, que tu t’illusionnes en escomptant un bonheur trop prochain. Oui, sans doute, Fant^omas est pris, mais Fant^omas est pris parce qu’il l’a voulu et il m’a dit : « Souvenez-vous ». Or, je me souviens. Fandor. Il y a un myst`ere que nous ne soupconnons pas. Fandor, l’assassinat de lady Beltham, cet assassinat incompr'ehensible, cache quelque chose d’horriblement inqui'etant. Tu me l’as dit toi-m^eme, d’ailleurs. Tu l’as devin'e en r'efl'echissant aux extraordinaires aventures de ces temps derniers, il y a peut-^etre deux Fant^omas, or, nous n’en avons qu’un sous les verrous. O`u est H'el`ene, d’ailleurs ? Que faisait-elle `a Enghien ? Quel est le motif de son attitude bizarre ? Fandor, Fandor, il y a encore bien des myst`eres `a deviner, des myst`eres qui me font peur.
— Juve, je ne vous crois pas, je ne veux pas vous croire, protesta le jeune journaliste et d’abord, Juve, vous l’avez dit ce matin, il y a une lettre d’H'el`ene qui vous est arriv'ee. Nous ne l’avons pas ouverte, pr'eoccup'es que nous 'etions tous les deux d’arr^eter Fant^omas, mais maintenant que le monstre est sous les verrous ; nous allons pouvoir la lire en paix, savoir ce qu’elle nous dit, deviner ce qu’elle nous cache encore, peut-^etre.
Les deux amis mont`erent rapidement `a l’appartement de Juve. Fandor, en effet, avait une h^ate f'ebrile de conna^itre la lettre 'ecrite `a Juve par H'el`ene et dont il n’avait point encore pris connaissance, ayant fait taire ses 'ego"istes pr'eoccupations pour pr^eter main forte `a Juve, alors que celui-ci arr^etait le terrible Fant^omas.
H'elas, une surprise cruelle attendait Fandor.
Quand, en compagnie du policier, en effet, le journaliste, rentr'e rue Tardieu, chercha dans le cabinet de travail de Juve la lettre d’H'el`ene, cette lettre qu’il y avait vue deux heures plus t^ot, il lui fut impossible de la retrouver.
C’est en vain que Fandor et Juve fouill`erent tout l’appartement, en vain qu’ils boulevers`erent les meubles, qu’ils secou`erent la corbeille `a papier. La lettre avait disparu. La lettre avait 'et'e vol'ee, la lettre d’H'el`ene n’'etait plus chez Juve.
Alors, le malheureux journaliste convaincu de l’inutilit'e de ses recherches, tomba an'eanti sur une chaise, sanglotant presque, et, tandis qu’il demeurait ainsi sans mouvements, `a demi 'evanoui, Juve, tout bas, r'ep'etait :
— Fant^omas, Fant^omas. Est-ce donc Fant^omas qui aurait vol'e cette lettre sans que je m’en sois apercu ? Et quel 'etait son but ? Que pouvait donc 'ecrire H'el`ene ?
3 – `A LA RECHERCHE D’H'EL`ENE
D'esesp'er'e par la perte de cette lettre, perte qui lui semblait inexplicable, car il 'etait absolument certain de l’avoir tenue entre ses mains, de l’avoir pos'ee sur son bureau, sous un presse-papier, Juve s’obstinait. Peine perdue.
Juve, alors, jeta un regard de compassion au malheureux Fandor, qui, lui, demeurait assis dans un grand fauteuil, la t^ete appuy'ee sur ses mains, r'efl'echissant.
— Voyons, petit, commencait Juve, il ne faut pas te mettre martel en t^ete, rien n’est irr'eparable.
Fandor haussa les 'epaules, accabl'e.
— Parbleu, rien n’est irr'eparable 'evidemment, mais il n’emp^eche qu’encore une fois, je ne sais pas o`u est H'el`ene, encore une fois, je puis tout craindre pour elle. D’ailleurs, Juve, que devons-nous imaginer ? Pourquoi nous 'ecrivait-elle ? Qu’y a-t-il dans cette lettre ? Elle appelait peut-^etre au secours, peut-^etre nous demandait-elle aide ou protection. Que faire maintenant ? Comment savoir ? Que va-t-elle penser ?
Et malgr'e eux, Juve et Fandor se demandaient encore :
— H'el`ene sait-elle, `a l’heure actuelle, que Fant^omas est prisonnier, qu’il se trouve sous les verrous ?
Juve s’'etait assis derri`ere son bureau et dessinait machinalement, devant lui, sur son buvard.
Soudain, il se redressa, le front barr'e d’un pli, les yeux jetant des 'eclairs, prenant cet air volontaire qui lui 'etait particulier, et qui annoncait toujours qu’il 'etait pr^et `a la lutte, pr^et `a agir et `a agir rapidement.
— Fandor, commenca Juve, tu n’as pas le droit de te d'esesp'erer, mon petit ! Les regrets et les plaintes n’ont jamais men'e personne `a rien. Secoue-toi, remue-toi. Va-t’en aux renseignements.
— Je ne demande pas mieux que d’aller aux renseignements, mais qu’entendez-vous par l`a ? O`u ?
— `A Enghien.
— Vous m’exp'ediez `a Enghien, Juve ? Pourquoi, mon Dieu, que voulez-vous que j’y fasse ? H'el`ene a fui en pleine nuit, nul certainement n’a remarqu'e sa voiture et, par cons'equent, je ne vois pas comment je pourrai la suivre `a la piste.
— Je ne t’envoie pas courir apr`es l’automobile prise par H'el`ene. Il est bien 'evident que cela ne t’avancerait `a rien. Mais tu as de la besogne plus utile `a faire `a Enghien. Va-t’en trouver Sarah Gordon [2]. Interroge-la. Cuisine-la, sapristi ! Il faudra bien que cette femme te dise ce qu’H'el`ene 'etait venue faire aupr`es d’elle.
— Vous m’envoyez voir Sarah, `a Enghien, Juve ? Mais c’est un enfantillage ! Sarah Gordon n’est certainement pas rest'ee l`a-bas, apr`es les aventures qui ont marqu'e son s'ejour.
— Tu te trompes, Fandor.
— Pourquoi donc, Juve ?
— Parce que je lui ai ordonn'e, moi, de rester `a l’h^otel. Mon petit Fandor, il y a quelque chose de s^ur, c’est que Sarah Gordon se d'ebat au milieu d’aventures parfaitement incompr'ehensibles. Il y a quelque chose de vraisemblable aussi, c’est que cette m^eme Sarah Gordon ne comprend rien, ou `a peu pr`es rien, `a tout ce qui arrive. En d’autres termes, cette jeune femme m’a plus l’air d’une victime que d’une complice. Tu m’entends, Fandor ?