La justice du c?ur
Шрифт:
Le trajet jusqu'a la prison fut plus long que prevu, le trafic new-yorkais etant particulierement dense ce matin-la. Emma en profita pour relire une derniere fois le dossier de Jake Donovan.
Trente-deux ans, originaire du Bronx. Casier judiciaire charge : quelques delits mineurs dans sa jeunesse, puis deux ans de prison pour complicite de vol. Sorti depuis cinq ans, il semblait s'etre range. Jusqu'a cette accusation de braquage a main armee dans une bijouterie de l'Upper East Side.
Les preuves semblaient accablantes : un temoin l'avait formellement identifie, et les cameras de surveillance montraient un homme de sa corpulence, le visage dissimule sous une cagoule. Pourtant, Jake clamait son innocence avec vehemence.
Emma soupira. Ce ne serait pas une affaire facile, loin de la. Mais quelque chose dans ce dossier l'intriguait. Les incoherences qu'elle avait reperees la veille ne cessaient de la titiller.
Le taxi la deposa devant l'imposante structure de Rikers Island. Emma prit une profonde inspiration avant de se diriger vers l'entree. Les formalites d'usage prirent un temps interminable : controles de securite, verification de son identite et de son autorisation de visite. Enfin, un gardien la conduisit vers la salle d'interrogatoire.
– Votre client est deja la, Miss Collins, l'informa-t-il. Frappez a la porte quand vous aurez termine.
Emma hocha la tete, le coeur battant. Elle poussa la lourde porte metallique et entra dans la piece.
Jake Donovan etait assis a la table, menotte. En chair et en os, il etait encore plus impressionnant que sur la photo. Grand, muscle, le corps couvert de tatouages, il degageait une aura de danger qui fit frissonner Emma malgre elle. Pourtant, quand il leva les yeux vers elle, elle fut frappee par la meme vulnerabilite qu'elle avait percue sur la photo.
– Bonjour, Mr. Donovan, dit-elle en s'asseyant face a lui. Je suis Emma Collins, votre avocate commise d'office.
Jake la devisagea un moment avant de repondre. – Vous n'avez pas l'air d'une avocate commise d'office.
Emma haussa un sourcil. – Et a quoi est censee ressembler une avocate commise d'office, Mr. Donovan ?
Un leger sourire etira les levres de Jake. – Pas a quelqu'un qui porte du Chanel, en tout cas.
Emma se maudit interieurement. Elle aurait du opter pour un tailleur moins reconnaissable.
– Peu importe mon apparence, Mr. Donovan. Je suis ici pour vous defendre, et je compte bien le faire au mieux de mes capacites.
Jake hocha lentement la tete. – Tres bien. Par ou commencons-nous ?
– Par le commencement, repondit Emma en ouvrant son dossier. Racontez-moi votre version des faits.
Pendant l'heure qui suivit, Jake detailla sa journee du 15 mai, le jour du braquage. Il affirma avoir passe l'apres-midi chez lui, a travailler sur des designs de tatouages pour son projet d'ouverture de salon.
– J'ai des preuves, insista-t-il. Des esquisses datees, des echanges de mails avec des fournisseurs. Je n'ai pas quitte mon appartement de la journee.
Emma prenait des notes frenetiquement. Son instinct lui disait que Jake ne mentait pas, mais les preuves contre lui restaient solides.
– Et le temoin qui vous a identifie ? demanda-t-elle.
Jake secoua la tete, frustre. – Je ne comprends pas. Je ne connais pas cette femme. Je n'ai jamais mis les pieds dans cette bijouterie. Il doit y avoir une erreur.
Emma reflechit un moment. – Mr. Donovan, avez-vous un alibi pour l'heure exacte du braquage ? Quelqu'un qui pourrait confirmer que vous etiez chez vous ?
Jake baissa les yeux. – Non. J'etais seul. Ma copine… mon ex-copine etait censee passer, mais on s'est disputes au telephone. Elle n'est jamais venue.
Emma nota ce detail. Ce n'etait pas ideal, mais ce n'etait pas non plus redhibitoire.
– Tres bien, dit-elle en refermant son dossier. Je vais examiner tout ca de pres. Je vais avoir besoin de ces preuves dont vous m'avez parle : les esquisses, les emails, tout. Pouvez-vous me les faire parvenir ?
Jake acquiesca. – Mon frere a les cles de mon appart. Il peut vous les apporter.
– Parfait. Je vais aussi demander a voir les bandes de videosurveillance. Il faut que je voie par moi-meme ce fameux suspect.
Alors qu'Emma se levait pour partir, Jake la retint. – Miss Collins ?
– Oui ?
– Merci. De me croire.
Emma hesita un instant. – Je ne crois rien pour l'instant, Mr. Donovan. Je fais simplement mon travail.
Mais au fond d'elle-meme, elle savait que ce n'etait pas tout a fait vrai. Quelque chose chez cet homme l'intriguait, la poussait a vouloir creuser plus loin.
De retour au cabinet, Emma s'enferma dans son bureau pour eplucher le dossier. Elle etait tellement absorbee qu'elle sursauta quand Sarah frappa a sa porte.
– Emma ? Mr. Pearson voudrait vous voir dans son bureau.
Emma jeta un coup d'oeil a sa montre. Il etait deja 18h. La journee avait file a une vitesse vertigineuse.
Dans le bureau de Mr. Pearson, l'ambiance etait tendue. Le vieux patriarche n'etait pas seul : Richard Hartley, le pere de James, etait egalement present.
– Ah, Emma, entrez, dit Mr. Pearson. Richard et moi parlions justement de l'affaire Donovan.
Emma s'assit, mal a l'aise. – J'ai rencontre le client ce matin. Je commence a peine a etudier le dossier.
Richard Hartley se pencha en avant. – Emma, ma chere, nous nous inquietons un peu. Cette affaire… elle pourrait avoir des repercussions importantes sur le cabinet.
– Je ne comprends pas, dit Emma, perplexe. En quoi un cas de braquage pourrait-il affecter Pearson & Hartley ?
Mr. Pearson et Richard echangerent un regard.
– Le proprietaire de la bijouterie braquee, expliqua Mr. Pearson, est un de nos plus gros clients. Il fait pression pour que cette affaire soit reglee rapidement.
Emma sentit une boule se former dans sa gorge. – Vous voulez que je pousse Jake Donovan a plaider coupable ?
– Ce serait la solution la plus… simple, acquiesca Richard.
Emma n'en croyait pas ses oreilles. – Mais… et s'il est innocent ?
Mr. Pearson soupira. – Emma, vous etes brillante, mais parfois un peu naive. Dans ce milieu, l'innocence et la culpabilite sont des notions… flexibles.