ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
Шрифт:

D'ej`a Nathaniel reprenait le ton autoritaire et brutal qui 'etait l’expression m^eme de son caract`ere. Et malgr'e lui il ordonnait ;

— Tu vas revenir `a Valmondois. Pendant quelque temps, nous ne recevrons personne. Jusqu’`a pr'esent, dans notre monde, on ignore sinon ton infirmit'e, du moins le scandale. Il faut que l’on t’oublie pendant quelque temps, apr`es quoi nous verrons `a arranger les choses, `a donner une explication. J’en ai d'ej`a parl'e avec ta belle-soeur. Elle est de mon avis.

Mais `a ces mots, S'ebastien avait recul'e, stup'efait :

— Il 'etait convenu, dit-il, que lorsque nous nous verrions il ne serait pas question de ma vie priv'ee. Je t’ai d'ej`a dit l`a-dessus ma facon de penser. Tu m’as fait conna^itre la tienne. Nous nous sommes 'eclair'es l’un et l’autre sans nous convaincre. J’ai l’^age de raison. J’agirai comme je l’entends.

— Mon pauvre S'ebastien, tu d'eraisonnes, tu es fou, tu as perdu toute id'ee du sens moral, tu ne te rends pas compte que tu m`enes une existence `a la fois stupide et scandaleuse. Songe donc ce que l’on dirait si dans notre monde on te savait vivant maritalement avec une fille, avec une Rita d’Anr'emont, demi-mondaine connue sur les champs de course et dans les tripots, `a vendre.

— Ah, dit S'ebastien, tais-toi, je t’interdis, entends-tu, de parler ainsi d’une femme que j’aime, qui s’est d'evou'ee pour moi, qui se d'evoue encore, qui est pr^ete `a tout rompre, `a tout abandonner pour attacher son existence `a la mienne.

— Imb'ecile, tu ne vois donc pas que c’est une coquine, qui te roule, qui te vole.

— Nathaniel, retire ce que tu viens de dire l`a, ou, de ma vie, je ne te reverrai.

— Elle te vole, te dis-je, elle te compromettra, elle te fera chanter comme une inf^ame qu’elle est. Je n’ignore pas ce que tu as fait, S'ebastien, des emprunts `a des usuriers, des traites, des faux.

— Comment sais-tu ?

— Je sais, poursuivit Nathaniel, que cette fille, ta ma^itresse, a indignement abus'e de ta confiance. Elle a sauv'e du feu les documents que tu voulais faire dispara^itre. Elle les a donn'es `a un homme qu’elle entretient sans doute, `a un souteneur, `a un apache comme elle seule peut en conna^itre, et tu verras t^ot ou tard se dresser ces papiers devant toi comme autant de menaces pour ton honneur, pour l’honneur de ta famille.

— C’est trop facile d’affirmer. As-tu vu ces traites ?

— Je les ai vues, de mes yeux vues. Elles ont 'et'e en ma possession.

— Donnes-les-moi. Fais-les-moi sentir, toucher.

— Je te les donnerai, je te les donnerai un jour, ces preuves.

— Donne-les-moi tout de suite, `a l’instant m^eme.

Nathaniel fut bien oblig'e de reconna^itre qu’il ne le pouvait pas.

— Menteur, menteur, hurla S'ebastien, l^ache accusateur de femme, oui, je me rends compte maintenant de ton d'esir, de tes projets. Pour me faire abandonner ma ma^itresse, pour m’arracher `a l’affection de celle qui m’a soign'e dans mon malheur avec un d'evouement admirable, qui consent, qui insiste, qui exige m^eme de sacrifier son existence facile et gaie pour s’attacher `a la mienne, mis'erable et finie, tu veux m’en s'eparer, tu veux l’arracher de mon coeur, de mon intimit'e. Ce que tu fais est odieux ! Tu mens. Je sais pourquoi. Tu crains que mon mariage ne fasse du bruit, qu’on en parle. Car j’'epouserai Rita d’Anr'emont, tu entends. Rappelle-toi que je suis libre, libre de moi, libre de ma fortune ! Parbleu, c’'etait l’id'eal pour toi, un fr`ere c'elibataire et aveugle par-dessus le march'e, le plan que tu as ourdi avec ma belle-soeur, de ton propre aveu m^eme, est une malice cousue de fil blanc. Enfermer l’infirme que je suis dans ta maison de campagne, ne pas me l^acher d’une semelle pour mieux me surveiller, me mettre en prison, me capter mat'eriellement et moralement pour que le jour o`u je mourrai, la fortune 'economis'ee, la fortune qui m’appartient devienne la tienne, celle de tes enfants. Oh, d'ecid'ement, Nathaniel, tu es un grand homme d’affaires et un remarquable banquier. Si c’est tout cela que tu avais `a me dire, nous en avons termin'e. Adieu, tu as voulu me briser le coeur, c’est l^ache ce que tu as fait. Il est exact que j’ai commis une faute, que j’ai sign'e jadis des traites d’un nom que je n’aurais pas d^u prendre, du tien, mais `a tout p'ech'e mis'ericorde, et si j’ai p'ech'e, un terrible ch^atiment fait pardonner mes fautes. Abusant de ce que tu as pu apprendre, tu es venu me jeter `a la face cette boue, et cela dans l’ignoble intention de semer le doute dans mon esprit, de discr'editer celle que j’aime plus que tout au monde.

'Epuis'e par cet effort, l’aveugle 'etouffa. Ses joues devinrent bl^emes. Il d'efaillait. Ses bras battirent l’air et l’infirme infortun'e serait tomb'e en arri`ere si son fr`ere ne l’avait retenu. Mais deux personnes avaient 'et'e t'emoins de la fin de cette sc`ene tragique. C’'etaient Juve, qui surveillait de pr`es ce qui se passait, et Rita d’Anr'emont.

Et l’aveugle, revenu `a lui, sentit que quelqu’un 'ecartait son fr`ere, puis l’'etreignait. C’'etait Rita d’Anr'emont.

— S'ebastien, mon S'ebastien, s’'ecria-t-elle d’une voix tremblante d’angoisse, c’est moi, c’est ta Rita, reviens `a toi. N’aie pas peur. Que t’a-t-il dit ? Que t’a-t-il fait ?

Le jeune homme, incapable de r'epondre, laissait aller sa t^ete sur l’'epaule de sa ma^itresse :

— Partons, murmura-t-il enfin `a son oreille. Mon fr`ere est un monstre, un l^ache. Il a voulu me d'echirer le coeur. Il a voulu m’arracher `a toi.

Rita d’Anr'emont foudroya du regard Nathaniel abasourdi :

— Ah, c’est mal, monsieur, dit-elle, bien mal ce que vous avez fait l`a. Je ne suis qu’une pauvre fille qui n’a pour elle que son amour, mais cet amour est plus fort que tout. Plus fort que vos conventions, que vos id'ees 'etroites. Vous pouvez ^etre s^ur que, quoi qu’il arrive, quoi que vous fassiez, ma vie est d'esormais riv'ee `a celle de S'ebastien.

— Partons, dit l’aveugle.

L’aidant `a reculer, Rita d’Anr'emont entra^ina S'ebastien. Juve regarda Nathaniel qui demeurait atterr'e, immobile au milieu du sentier.

— Eh bien ? demanda le policier, qu’avez-vous dit ? qu’avez-vous fait pour d'eterminer cette sc`ene ?

— Peut-^etre, avoua le banquier, ai-je 'et'e maladroit. Je n’y peux rien. C’est mon caract`ere d’aller droit au but.

— Conclusion : tout m’a l’air d’^etre irr'em'ediablement rompu, d'esormais, entre votre fr`ere et vous.

— Eh bien, tant pis ! hurla le banquier qui ne se poss'edait plus.

— Je crois, monsieur, dit Juve, que pour le moment nous n’avons plus rien `a nous dire.

Et le policier coupa `a travers bois.

— Avec ces caract`eres entiers et born'es, il est impossible d’arriver `a quoi que ce soit, se disait-il.

Puis sa pens'ee se reporta sur l’aveugle.

— Le pauvre garcon, il ne sait pas ce qui l’attend.

18 – LADY BELTHAM CHEZ THORIN

— J'er^ome !

De sa voix bourrue, le bienfaisant C'elestin Labourette venait d’appeler `a son aide son domestique. Et maintenant il lui d'eclarait :

— J'er^ome ! donne-moi une allumette c’est l’heure sainte et sacr'ee de la pipe. Allons, grouille-toi mon garcon. Il est absolument temps que je fume, ou je deviens enrag'e.

J'er^ome Fandor frotta une allumette, la tendit `a son patron :

— `A votre sant'e, Monsieur.

— `A la tienne, mon garcon.

C'elestin Labourette s’entourait d’un nuage bleu^atre des plus propices `a la r^everie. C’'etait l’instant que J'er^ome Fandor attendait depuis le matin.

J'er^ome Fandor, en effet, avait remarqu'e que C'elestin Labourette n’'etait jamais si brave homme, si bien dispos'e `a accorder tout ce qu’on pouvait lui demander qu’une fois son d'ejeuner achev'e, au moment o`u il commencait `a fumer, le gilet d'eboutonn'e, la patte de son pantalon l^ach'ee et si `a l’aise que, rien qu’`a le voir, on sentait son contentement intime de gros homme dont la digestion se fait lentement.

— Patron, commencait J'er^ome Fandor, j’aurais quelque chose `a vous demander.

Поделиться с друзьями: