ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Juve allait r'epondre `a Mme Marquet-Monnier qu’elle devait s’exag'erer les dangers qu’elle courait, lorsque la petite bonne fit irruption dans la pi`ece.

— Madame, criait la domestique, venez voir, c’est extraordinaire. La serrure de la porte de l’office qui est tout ab^im'ee.

— Allons voir, dit le policier. Venez, madame, r'ep'eta-t-il. Ne craignez rien. Vous ne courez aucun danger `a mes c^ot'es.

Et peut-^etre pour donner confiance `a Mme Marquet-Monnier, peut-^etre parce qu’il commencait lui-m^eme `a s’alarmer, Juve tira de sa poche un revolver dont le canon 'etincela aux lumi`eres.

— Qu’il en soit fait, selon la volont'e de Dieu, mais je vais ^etre bien tourment'ee jusqu’`a l’arriv'ee de Nathaniel, dit Mme Marquet-Monnier.

***

Dix minutes plus tard, Juve, Mme Marquet-Monnier et le banquier s’entretenaient dans le grand salon. Au moment o`u Juve constatait que la serrure de la porte de l’office pr'esentait non seulement des traces d’effraction, mais bien un encrassement anormal provenant, `a n’en pas douter, de ce qu’on en avait pris l’empreinte `a l’aide de cire `a modeler, le banquier arriva.

Il avait reconnu le policier, lui avait demand'e tout de suite ce qui motivait sa venue, puis s’'etait renseign'e sur ce qui semblait intriguer Juve, occup'e `a examiner sans mot dire la serrure. Juve avait entra^in'e le banquier dans le grand salon. En d'epit de l’air 'etonn'e de Nathaniel qui, tout comme sa femme, semblait consid'erer que le policier en prenait bien `a son aise avec lui, il avait mis le ma^itre de la maison au courant :

— Nous 'etions en train d’'etudier tout cela, disait Juve, quand vous ^etes arriv'e, monsieur. Vous n’avez rien remarqu'e d’anormal de votre c^ot'e, soit ici, dans la propri'et'e, soit dans vos bureaux, `a Paris ?

M. Nathaniel Marquet-Monnier, pour toute r'eponse, haussait les 'epaules, enlevant ses gants, son pardessus qu’il tendit `a la jeune domestique :

— Portez cela dans ma chambre, fit-il. Et se retournant vers Juve, il expliqua, enfin : Non seulement, monsieur, je n’ai rien remarqu'e d’anormal, mais encore je suis persuad'e qu’il n’y avait rien d’anormal `a remarquer.

— Et pourquoi ?

Le banquier avait un sourire sup'erieur :

— Mais tout simplement parce que ma femme est tr`es nerveuse et que c’est sa nervosit'e seule qui lui fait voir des myst`eres partout. Le chien est mort parce qu’il est mort. La barque s’est d'etach'ee. La sonnerie s’est cass'ee. Il arrive tous les jours qu’un t'el'ephone ne marche pas. Propos de femmes, voyons.

Et en m^eme temps le banquier s’assit `a la table du milieu, se tourna vers son 'epouse, lui demandant :

— Voulez-vous me faire apporter mon courrier, ma ch`ere amie ? Je pense que je puis avoir des lettres urgentes. Vous permettez, monsieur Juve ? D’ailleurs je serais heureux d’apprendre ce qui me vaut l’honneur de votre visite. Est-ce au sujet de mon correspondant Backefelder ?

Juve admirait le calme immuable de Nathaniel Marquet-Monnier. Une minute auparavant, alors qu’il n’'etait pas encore l`a, Juve lui-m^eme commencait `a partager l’inqui'etude de Mme Marquet-Monnier.

— Non, monsieur, ce n’est pas au sujet de M. Backefelder, c’est au sujet de votre fr`ere. Vous m’aviez promis de l’aller voir.

— Et je n’en ai pas encore eu le temps, r'epondait le banquier qui remercia d’un sourire sa femme, lui apportant elle-m^eme le courrier. Que voulez-vous, j’ai des occupations qui m’accaparent enti`erement. Mais ce qui est promis est promis. J’irai demain, peut-^etre, si je trouve le temps.

— Vous irez demain, il le faut, monsieur. Votre fr`ere est entre les mains d’une coquine, cette Rita d’Anr'emont, d’une coquine qui a failli le tuer pour le voler, qui est capable de l’assassiner, d’une coquine en tout cas qui, sans moi, allait peut-^etre vous jouer un m'echant tour.

— Mme Rita d’Anr'emont allait me jouer un m'echant tour, `a moi ? Je ne peux craindre qu’un scandale et je ne le crains gu`ere, car elle n’aurait rien `a y gagner.

— La ma^itresse de votre fr`ere s’'etait empar'ee de ces effets d'ej`a pay'es, et allait vous les faire payer `a nouveau. Voici le m'echant tour qu’elle m'editait.

— En effet, c’'etait un m'echant tour, mais je ne comprends pas tr`es bien. Ces traites ont 'et'e remises par moi `a mon fr`ere, les lui avait-il donc donn'ees ?

— Non, monsieur, elle les lui avait prises.

— Cette femme est une mis'erable. Vous avez raison, il faudra que j’obtienne co^ute que co^ute de S'ebastien qu’il s’en s'epare. Je vous remercie du service, monsieur. Vous m’excuserez, dit le banquier `a Juve, pour gagner du temps, je vais imm'ediatement serrer ces traites dans mon coffre-fort et je reviens vous trouver, car j’imagine que nous avons encore `a causer.

Le policier resta en t^ete `a t^ete avec Mme Marquet-Monnier.

— Terrible scandale, commenca celle-ci.

— Plus terrible le malheur de votre beau-fr`ere, r'epondit Juve.

— Il a p'ech'e, il est s'ev`erement puni. Dieu veuille…

Mais Juve ne devait jamais savoir quoi. Un bruit venait d’'eclater.

D’un m^eme mouvement, l’'epouse du banquier et Juve se lev`erent :

— Que se passe-t-il ?

— Vous avez entendu ?

Puis tous deux coururent `a la porte par laquelle le banquier 'etait sorti. Juve ouvrit, et du premier regard il vit le cabinet de travail sobrement meubl'e de quelques chaises, d’un bureau-ministre, d’un grand coffre-fort. Sur le bureau br^ulait une lampe que le banquier avait apport'ee en entrant. Le coffre-fort 'etait ferm'e, le cabinet de travail en ordre. La pi`ece 'etait vide. Pourtant, le banquier venait d’y p'en'etrer par son unique porte.

Juve se pr'ecipita sur la fen^etre. Elle n’'etait pas ferm'ee, il l’ouvrit grande : le banquier n’avait pu sortir par l`a puisque la fen^etre surplombait la rivi`ere. Juve se retourna, consid'era le cabinet de travail o`u Mme Marquet-Monnier, livide, se tordait les mains de d'esespoir.

Et Juve, sans m^eme prendre conscience de ses paroles, jura :

— Cr'edibis`eque, je deviens fou. Qu’est-il donc devenu ? Il 'etait l`a, il n’est pas sorti, donc il y est et pourtant il n’y est pas.

16 – L’HOMME QUI MARCHE SUR L’EAU

Tandis que Mme Marquet-Monnier restait 'ecroul'ee dans un fauteuil, roulant des yeux convuls'es, Juve traversait la pi`ece, revint `a la fen^etre qu’il rouvrit, puis il se pencha au dehors, il scruta de ses yeux percants l’horizon morne des eaux de la rivi`ere. Il ne faisait pas clair de lune, mais une demi clart'e, un reflet de lumi`ere flottait `a la surface des eaux.

Le g'enial policier, d'esesp'er'e, abruti par la surprise, promena un morne regard sur l’horizon lugubre. Tout d’abord, il ne vit rien. Puis, brusquement, mains crisp'ees, il jura encore. Il prononcait aussi une phrase en apparence stupide :

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