ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Quelques instants apr`es, dans une chambre mis'erablement meubl'ee, le Bedeau 'etait 'etendu sur un matelas jet'e au milieu de la pi`ece. Fleur-de-Rogue avait imm'ediatement organis'e le logement qu’elle occupait avec son amant en une infirmerie provisoire, et divis'e le lit commun en deux, attribuant la plume moelleuse de sa literie au bless'e, cependant qu’elle se r'eservait la paillasse et une vieille couverture.

La ma^itresse du Bedeau se pencha sur son homme, d'enoua avec pr'ecaution les linges qui lui enveloppaient la t^ete, dissimulant ses blessures. Elle ne put retenir un cri d’horreur lorsque celles-ci furent mises `a nu. La tempe droite du Bedeau 'etait d'emesur'ement enfl'ee, une tache noire de sang extravas'e s’'etendait depuis le milieu du front jusqu’en haut de l’oreille, couvrant l’oeil, la pommette. Cependant, l’oreille elle-m^eme, toute sanguinolente, pendait `a moiti'e arrach'ee. Plus bas, `a l’attache du cou et de l’'epaule, c’'etait une entaille large et profonde, par laquelle, entre deux caillots d'ej`a form'es, coulait un sang noir. Avec une serviette qu’elle trempait dans de l’eau froide, Fleur-de-Rogue 'etancha les impuret'es qui s’'etaient m^el'ees `a la blessure, des brindilles de paille, du sable, de la terre :

— Mon Dieu, qu’est-ce qu’il a ramass'e ? Comment que vous l’avez laiss'e arranger ?

La bande allait se retirer, lorsque soudain, le Bedeau se ranima. Il remua lentement un bras, puis l’autre, l^achant un cri aigu de douleur, ouvrit les yeux, regarda autour de lui. La premi`ere personne qu’il apercut fut Fleur-de-Rogue, pench'ee sur lui, 'epiant ses moindres mouvements.

— Fous le camp, souffla-t-il, d’une voix si basse que l’entourage devait, pour ainsi dire, deviner ses paroles.

— Mon pauvre homme, murmura-t-elle, pleine de tendresse et de douceur.

— Fous le camp, r'ep'eta le Bedeau, je ne veux pas te voir. C’est toi qui m’a port'e la guigne, je le savais bien, je l’avais toujours dit.

— Fleur-de-Rogue, expliqua-t-il, a toujours port'e la guigne `a ceux qui se sont mis avec elle : Jean-Marie est mort guillotin'e, Ribonard assassin'e, j’ai 'et'e trop bon, j’ai voulu d’elle, et maintenant j’en ai pour mon compte.

Bec-de-Gaz, pour rassurer son camarade, haussa les 'epaules, le gourmanda :

— Faut croire que t’as la fi`evre, le Bedeau, et c’est des boniments que tu racontes-l`a. Fleur-de-Rogue est la brave fille qui va te soigner.

— Je n’en veux pas, qu’elle foute le camp tout de suite. Est-ce que je suis, oui ou non, le patron de ma t^ole ?

Puis, se retournant vers Fleur-de-Rogue, il insista :

— Cavale, nom de Dieu, d'ebine-toi. Je vois rouge, et avant de crever, je ferais un malheur.

L’infortun'ee Fleur-de-Rogue s’'etait lentement recul'ee jusqu’au fond de la pi`ece, puis, elle s’'ecroula sur le sol, sanglotant tout haut.

Les amis du Bedeau se consid'eraient, perplexes. Ils avaient envie de s’en aller, mais ils se rendaient compte qu’il 'etait l^ache d’abandonner ainsi ces deux ^etres, aussi malheureux l’un que l’autre. Que pouvaient-ils faire du Bedeau ?

— Puisqu’il ne veut pas de Fleur-de-Rogue, qui c’est alors qui va le soigner ? demanda Mort-Subite.

— Moi, fit une voix nette et claire.

On se retourna brusquement et l’on vit qui venait de parler : c’'etait la Gu^epe, qui venait d’entrer.

— Merci, dit Le Bedeau, et il s’'ecroula sur l’oreiller.

Les quatre apaches : OEil-de-Boeuf, Bec-de-Gaz, le Barbu et Mort-Subite descendirent. Un homme surgit dans le passage, leur barrant le chemin de ses bras 'ecart'es.

C’'etait B'eb'e, les yeux inject'es, l’air farouche :

— Ah la garce, disait-il, la sacr'ee garce. Ouvrez donc les esgourdes, les aminches. Heureusement que je la suivais.

— Mais qu’est-ce que t’as ? lui demanda le Barbu.

— Ce que j’ai ? je viens de d'ecouvrir des choses que je soupconnais depuis longtemps. La Gu^epe nous a trahis. Elle nous trahit encore. Cette garce est une mouche qui veut notre peau. Mais elle n’a pas encore assez grandi pour nous rouler, et sa peau, c’est nous qui l’aurons, avant qu’elle n’ait vendu la n^otre `a ceusses de la pr'efectance.

— De quoi ? firent en m^eme temps Bec-de-Gaz et OEil-de-Boeuf, couple d’amoureux de la fleuriste, c’est-y que te v’l`a devenu piqu'e tout d’un coup ? Sais-tu B'eb'e qu’il faudrait pas nous la faire `a l’oseille ? Des trucs comme ca, ca ne se jaspine pas sans qu’on ait des preuves dans la main de ce que l’on avance.

— Des preuves ? j’en ai ! Venez plut^ot, vous allez voir comment B'eb'e sait travailler lorsqu’il s’est dit de venger les copains.

L’'elan de l’apache 'etait irr'esistible. Malgr'e ses efforts, le Barbu ne put l’emp^echer de p'en'etrer dans le logement du Bedeau. Ivre de fureur, B'eb'e, s’'elancait le couteau ouvert, lev'e, le bras menacant.

La porte s’ouvrit sous la violente pouss'ee, mais sur le seuil, l’apache s’arr^eta un instant interdit. Il venait de voir, gisant par terre, rouge de sang, terrible, le corps du Bedeau, cependant qu’agenouill'ee aupr`es de lui, lui prodiguant ses soins, se trouvait la Gu^epe, plus belle que jamais. L’h'esitation de B'eb'e avait inspir'e Mort-Subite, qui, brusquement le d'esarmait, ce qui lui valut l’approbation des camarades. Il ne fallait pas laisser faire B'eb'e, sans savoir exactement ce dont il accusait la Gu^epe, ce qui s’'etait pass'e.

B'eb'e, d’ailleurs, se laissa arracher son couteau sans la moindre r'esistance. Sa premi`ere surprise pass'ee, il r'efl'echissait, un sourire cruel errait sur ses l`evres. L’apache se disait qu’'evidemment il aurait eu tort de faire justice en un instant, que le plaisir de la vengeance devait ^etre savour'e, et que le ch^atiment, pour ^etre terrible, devait ^etre lent. Un silence subit r'egna. Les apaches regardaient B'eb'e et celui-ci fixait la Gu^epe qui avait baiss'e les yeux, semblait ne plus s’occuper que de son malade.

Mais B'eb'e l’apostropha :

— Oh, oh, voil`a qui n’est pas mal imagin'e. Mademoiselle met des gants et veut faire sa chipie, pas b^ete le moyen, donner ses soins maintenant `a ceux qu’on a voulu faire crever et jouer les soeurs de charit'e lorsqu’on a 'et'e la cafarde.

Ces derniers mots firent tressaillir la jolie fleuriste. Elle restait `a genoux aupr`es du bless'e, mais elle releva fi`erement la t^ete. Ses yeux admirables se fix`erent sur B'eb'e, et d’une voix qui ne trahissait aucune 'emotion, elle interrogea :

— Que veux-tu dire, B'eb'e ? Si j’ai bien compris, c’est de moi que tu parles ?

— C’est de toi, parbleu oui, mouche et garce, voil`a ce que t’es.

La Gu^epe fr'emit sous l’outrage. Elle rougit d’abord puis devint horriblement p^ale.

— Oui, reprirent en choeur les autre, faut t’expliquer, B'eb'e. Nous autres, on conna^it la Gu^epe pour une bonne fille, un copain, on peut pas l’accuser ni la condamner sans savoir.

B'eb'e ne sourcillait pas.

— Je vous ai dit que j’avais des preuves, je vais vous les donner. Mais attendez d’abord que je l’interroge, et si elle n’est pas caponne, elle avouera.

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