La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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— Vas-y B'eb'e, cria Mort-Subite, et grouille-toi. On est press'e de savoir. Moi, ca me tortille dans le ventre d’^etre comme ca dans l’expectence.
B'eb'e parla enfin :
— C’est-y, oui ou non, la Gu^epe ? commenca-t-il, que tu as fait conna^itre aux gens de la police et particuli`erement au journaliste Fandor, qu’on allait faire le coup du marchand de cochons ? N’essaie pas de dire le contraire, mes femmes l’ont devin'e, l’ont su. J’en ai caus'e tout `a l’heure avec Ad`ele et Chonchon. Elles y mettraient leur main au feu.
Un murmure d'esapprobateur accueillit les propos de B'eb'e :
— Tu te trompes B'eb'e, r'epondit la jeune fille, ou bien on t’a tromp'e, jamais je n’ai vendu personne. J’ignorais m^eme ce que vous deviez faire. Avez-vous donc commis un nouveau crime ?
— Ca, interrompit Le Barbu, p'eremptoirement, c’est des choses qui ne te regardent pas.
Puis, se tournant vers B'eb'e, le robuste compagnon du Bedeau ajoutait :
— Qu’est-ce que tu as encore `a dire, B'eb'e ? Faut pr'eciser.
— J’ai `a dire, continua l’apache, ceci : il y a quelques jours, on avait, vous vous en souvenez, d'ecid'e de faire son affaire au policier Juve. Tout 'etait combin'e, on le tenait au restaurant du Crocodile dans lequel pr'ecis'ement je servais comme ventre-blanc. C’est-y pas vrai qu’on avait d'ecid'e ca ?
— Oui, reconnurent les apaches, mais l’affaire a rat'e. On a 'et'e mouchard'e. Fandor est venu sauver son copain.
— Et pourquoi, c’est-y, je vous le demande, qu’il est venu comme ca, le Fandor, sans que l’on sache ni comment, ni pourquoi ?
— C’est-y, sugg'era Mort-Subite avec ironie, que tu vas encore accuser la Gu^epe de nous avoir trahis ?
— Je l’accuse, fit B'eb'e, et je le prouve. 'Ecoutez, lisez vous-m^emes.
L’apache tira de sa poche un petit papier sale et tout chiffonn'e. Il lut `a haute voix les quelques lignes qui avaient 'et'e trac'ees par une main f'eminine. Elles 'etaient ainsi concues :
Vite allez au Crocodile, en face, votre meilleur ami y court un v'eritable danger.
Des cris de rage s’'echapp`erent alors de toutes les poitrines :
— C’est pas possible, c’est abominable, on est vendu, mouchard'e. Qui c’est-y donc qui a pu r'ediger ce papier-l`a ?
— C’est la Gu^epe, dit B'eb'e.
La Gu^epe se releva, croisa les bras sur sa poitrine, puis regardant fi`erement les hommes qui l’entouraient, qui la menacaient de leurs faces hargneuses, elle d'eclara :
— C’est moi, oui, et apr`es ?
— Apr`es ? jura le Barbu, c’est inf^ame ce que tu as fait. Nous trahir, nous. Risquer de nous faire poisser tous par la police, d’en envoyer la moiti'e sur l’'echafaud et l’autre moiti'e `a la Nouvelle. Ah, B'eb'e a raison de le dire, puisque tu l’avoues, tu n’es qu’une garce, qu’une mis'erable. Mais, sois tranquille, ton affaire sera vite r'egl'ee.
— J’ai fait comme j’ai voulu, dit la Gu^epe, il me plaisait `a moi de sauver Juve, parce que sauver Juve c’'etait arracher Fandor `a une mort certaine.
— Et qu’est-ce que cela peut te foutre ?
— Cela me fait, dit la Gu^epe, que je tiens `a la vie de Fandor.
— Parce que tu l’aimes, peut-^etre ?
— Parce que je l’aime, en effet.
Un g'emissement 'etouff'e s’'eleva. Dans leur col`ere, dans leur rage, les apaches s’'etaient bouscul'es, rapproch'es de la Gu^epe et ils avaient heurt'e l’infortun'e bless'e, le Bedeau qui gisait toujours `a terre.
Son bandeau avait gliss'e de sa t^ete tum'efi'ee ; instinctivement la Gu^epe voulut se pencher aupr`es du malade pour arranger son pansement. Mais, quelqu’un s’interposa entre elle et lui : Fleur-de-Rogue.
— Non, pas toi, hurla-t-elle, caponne, moucharde, tu es indigne de toucher `a mon homme, et tout `a l’heure il faudra bien qu’il m’accepte, qu’il me reprenne. Moi seule je le soignerai. Tu n’as plus rien `a faire ici. On a soup'e des mijaur'ees de ton esp`ece, des sucr'ees de ton genre, des cr^aneuses comme toi qui viennent faire leurs manigances au milieu de nous. Toi `a qui l’on a jamais connu un amant, toi qui ne veut de personne parmi les aminches, allumeuse que tu es et propre `a rien au bout du compte.
— Fleur-de-Rogue, hurla la Gu^epe, tais-toi, tu ne sais pas ce que tu dis.
Mais Le Barbu avait empoign'e la pierreuse par le bras, cependant que Mort-Subite repoussant la Gu^epe en la frappant `a l’'epaule, l’envoyait `a l’autre bout de la pi`ece.
— Assez jaspin'e les femelles, hurla le Barbu, toi, Fleur-de-Rogue, fit-il, occupe-toi de ton homme et boucle ta babillarde. Quant `a toi, la Gu^epe, on a un compte `a r'egler, le tien et c’est le dernier. Bouge pas de l`a, on va d'ecider.
Immobile, la Gu^epe ne bronchait pas, d'efiant tout le monde.
— Faut la crever, disait-il, la crever comme une chienne, comme une b^ete puante qu’elle est.
Mort-Subite, avec un sourire f'eroce, avait pris son revolver. Il en caressait la crosse, comme un amant caresserait sa bien-aim'ee, il v'erifiait le contenu du barillet.
— Encore cinq pruneaux, murmura-t-il, de quoi la moucher de la belle facon.
Mais le Barbu s’interposait :
— Pas de rigolo, d'ecida-t-il, ca fait du tapage, allons-y les copains, `a coups de lingue.
Mort-Subite imitant le Barbu, prit dans sa poche le terrible couteau `a la lame aiguis'ee dont l’acier scintilla dans la p'enombre de la pi`ece. Mais Fleur-de-Rogue intervint :
— Pas ici, les copains, qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ? j’en ai bien assez d’un sur le point de crever, faudrait pas me coller un cadavre dans la carr'ee.
Le Barbu approuva :
— Fleur-de-Rogue a raison. Allons dehors.
Et du doigt il d'esignait le terrain vague qui s’'etend entre la rue de la Libert'e et la place du Danube.
La jeune fille impassible, 'ecouta prononcer la terrible sentence, mais ne regarda m^eme pas les deux seuls ^etres, qui, parmi les apaches, ne s’'etaient pas encore prononc'es : Bec-de-Gaz et OEil-de-Boeuf.
— Que faire ? demanda Bec-de-Gaz.
— Que faire ? r'epondit OEil-de-Boeuf comme un 'echo.
Le Barbu s’adressa `a la fleuriste :
— Allons, ouste, passe devant, fit-il, et ne cherche pas `a te d'ebiner, t’as jou'e, t’as perdu, faut payer.
La Gu^epe ne bougea pas :