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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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C’est la langue de quelqu’un qui a 'et'e suffoqu'e brusquement, qui est mort comme par suite d’un arr^et du coeur. Le coeur vous le savez, s’arr^ete quelquefois, se d'echire m^eme, se rompt sous le coup de l’'emotion violente, soudaine ou prolong'ee. Nous n’avons pas encore d'ev^etu le cadavre pour nous rendre compte s’il porte quelque trace de blessure, mais j’en doute. Une balle de revolver, un coup de poignard auraient d'etermin'e une effusion de sang. Vu la finesse et la l'eg`eret'e de ces v^etements, le sang aurait pass'e au travers. Remarquez en outre, monsieur le commissaire, qu’Isabelle de Guerray est plac'ee dans un angle de son cabinet, non loin de son appareil `a douches, que d’autre part, non seulement le sol est mouill'e, mais encore que son jupon est tremp'e d’eau.

— Que concluez-vous, monsieur, mais que concluez-vous ?

— Je ne conclus pas, reprit Juve, je constate.

Le policier ajoutait :

— Remarquez encore, monsieur Amizou, qu’`a la hauteur des coudes les dentelles du peignoir sont froiss'ees comme si elles avaient 'et'e comprim'ees, serr'ees, comme si, par exemple, on avait attach'e les bras au dossier de la chaise, non pas avec une ficelle ou une corde, mais avec quelque chose de souple, de doux et de r'esistant et de plat. Une lani`ere, un morceau d’'etoffe peut-^etre.

Juve se penchait et, sous la chaise, trouva quelque chose qu’il montra triomphant au commissaire abasourdi :

— Voyez, je ne me trompais pas. Voici un morceau de ruban. Il est vraisemblable qu’Isabelle de Guerray a d^u ^etre ligot'ee avec des rubans dont ce morceau nous reste comme pi`ece `a conviction. Une fois morte elle aura 'et'e d'eli'ee par son assassin. Oh, oh, continua Juve, voici qui me confirme dans cette opinion.

Le policier qui regardait les jambes nues de la demi-mondaine, avait remarqu'e qu’au dessus des chevilles, la peau blanche et nette portait des traces de pression, presque de meurtrissures.

— Je comprends de mieux en mieux.

— Eh bien, pas moi, lui r'epondit M. Amizou. Je vous avoue que je ne vois pas du tout comment on a tu'e cette pauvre Isabelle.

Juve `a ce moment venait de monter sur une chaise, d'eployait un des tuyaux mobiles de la douche.

— Elle est morte de peur… voil`a tout, dit-il… Voyez plut^ot, ses cheveux qui bouffent d’ordinaire sont aplatis sur les tempes, on lui a mis un bandeau sur les yeux.

`A ce moment, on appela M. Amizou :

— Ce sont mes inspecteurs qui arrivent, que faut-il faire ?

— Dites-leur qu’ils surveillent le rez-de-chauss'ee, le jardin, qu’ils s’efforcent de relever les traces suspectes, s’il s’en trouve, des traces de pas notamment.

Par la fen^etre, le commissaire transmit ces instructions `a ses subordonn'es.

Mais comme il se retournait, il ne put retenir un mouvement d’effroi.

Le policier 'etait-il subitement devenu fou ?

Apr`es avoir avanc'e et recul'e un des tuyaux mobiles de la douche plac'e pour ainsi dire au-dessus de la t^ete d’Isabelle de Guerray, voici qu’il venait d’ouvrir un robinet, de l’entrouvrir plut^ot : l’eau coulait ti`ede et goutte `a goutte. Elle tombait r'eguli`erement, exactement sur l’avant-bras droit de la demi-mondaine. L’eau glissait dans la paume de la main, filtrait `a travers les doigts 'ecart'es, puis se perdait dans les plis du jupon d'ej`a satur'e et venait se r'epandre sur le parquet :

— Voil`a, dit Juve, voil`a ce qui s’est pass'e. On a fait mourir de peur Isabelle de Guerray en la persuadant qu’elle perdait son sang.

Le commissaire ouvrit des yeux stup'efaits.

— Vous n’ignorez pas, monsieur le commissaire, expliqua Juve, qu’il est arriv'e que l’on fasse mourir de peur une personne plong'ee dans un bain et dont les yeux 'etaient band'es, en la persuadant, par exemple, qu’on venait de lui ouvrir les veines. Ces gens, peu `a peu, lorsqu’ils sont convaincus qu’on ne leur a pas menti, se sentent lentement d'ep'erir, s’affaiblissent, et lorsqu’il s’est 'ecoul'e un temps normal pour que tout leur sang se soit r'epandu, il arrive fr'equemment que leur 'emotion soit telle que leur coeur s’arr^ete et qu’ils meurent. On meurt de peur et le plus facilement du monde… L’assassin d’Isabelle de Guerray, croyez-le, n’a pas voulu – pour des raisons que j’ignore – tuer brutalement sa victime, mais il l’a ligot'ee, il lui a assur'e qu’il lui ouvrait une veine. Il a laiss'e couler sur cet avant-bras des gouttes d’eau ti`ede. Ces gouttes, peu `a peu, ont humect'e le jupon de la malheureuse. Elle a senti son v^etement se saturer d’un liquide qu’elle prenait pour son sang. Son 'emotion s’est accrue et le moment est arriv'e o`u elle est morte, eh oui, morte de peur.

— Mais c’est merveilleux, votre d'ecouverte.

— Non, fit Juve modestement, j’ai proc'ed'e avec logique. Voici mieux, monsieur : Ces marques, ces traces que vous voyez l`a ont 'et'e faites par un doigt, un doigt d’'el'egante, un doigt de femme qui, surprise `a sa toilette, devait ^etre encore enduit de l’une quelconque de ces p^ates qu’emploient les femmes pour sauvegarder la puret'e de leur peau. Ce doigt a trac'e quelque chose sur cette glace. Il serait bien int'eressant de pouvoir savoir quoi…

Vainement, Juve essayait de lire. Soudain le policier avait une inspiration. Il allait prendre sur le lavabo une houppette de poudre de riz et l’appliqua sur les taches du miroir. Et Juve lut :

IVAN IVANOV…

— Ivan Ivanovitch, s’'ecria le commissaire, abasourdi de voir ce nom appara^itre soudain sur la glace aux reflets miroitants, serait-ce donc l’assassin d’Isabelle de Guerray ?

— Il me semble, conclut le policier, qu’on ne saurait en avoir une preuve plus formelle.

Les deux hommes demeur`erent un instant silencieux, puis des pas retentirent dans l’escalier, quelqu’un se pr'esenta `a l’entr'ee du cabinet de toilette.

C’'etait un des inspecteurs de police.

— Monsieur le commissaire, annonca celui-ci, nous venons de faire quelques constatations int'eressantes. Deux hommes et deux femmes sont venus r'ecemment dans ce jardin.

— H'eberlauf et Conchita, pens`erent Juve et le commissaire.

— Notamment, poursuivait l’inspecteur, nous avons relev'e derri`ere la maison des traces tr`es pr'ecises, mais d’un homme et d’une femme seulement. Ce sont des empreintes nettement enfonc'ees dans la terre ou dans le sol, des pas de gens qui couraient.

— Les gens aux coups de revolver, songea Juve…

Puis comme l’inspecteur tendait au commissaire plusieurs feuilles de papier sur lesquelles il avait relev'e minutieusement les empreintes, Juve en prit possession, les examina attentivement.

Il s’absorba, prit dans sa poche divers objets : un petit m`etre gradu'e, un compas, il mesura, nota.

Il hochait la t^ete parfois, murmurait de temps `a autre :

— C’est cela, c’est bien cela, il n’y a pas de doute…

— Ces empreintes, interrogea M. Amizou, vous apprennent-elles quelque chose ?

— Non, je dois l’avouer, pas grand’chose.

C’est qu’en r'ealit'e Juve venait d’'eprouver une effroyable commotion.

Dans les traces des myst'erieux individus qui assur'ement quelques instants auparavant s’'etaient tir'e des coups de revolver, puis avaient disparu dans la nuit et que Juve avait en vain cherch'es, tromp'e par l’'echo dans sa poursuite, Juve venait de reconna^itre les traces de quelqu’un qu’il connaissait bien. Les traces de Fandor.

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