Чтение онлайн

ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
Шрифт:

22 – JE MEURS SI TU ME SUIS

Fandor marchait `a grands pas dans une ville d'eserte.

Le journaliste r'efl'echissait aux incidents qui venaient de se produire, quelque peu pr'eoccup'e par le coup de force dont il venait d’assumer la responsabilit'e, en proc'edant `a l’arrestation arbitraire du commandant du Skobeleff.

Soudain, au d'etour d’une route, Fandor qui s’'etait dirig'e dans la direction du Casino dont il apercevait d'ej`a au lointain les 'eblouissantes lumi`eres, r'eprimait un geste de surprise, puis pressait le pas :

— Par exemple, s’'etait-il 'ecri'e, voil`a encore quelqu’un que je n’attendais point, que peut-elle faire ici ?

Fandor avait apercu, se dissimulant dans l’ombre, rasant les murs, la silhouette d’une femme 'el'egante, jeune, fine, distingu'ee : la fille de Fant^omas.

'Etouffant le bruit de ses pas, Fandor s’'etait approch'e d’elle. Il n’'etait plus qu’`a quelques m`etres de la jeune fille, il allait l’atteindre, la saisir, l’obliger `a lui parler, `a lui r'epondre lorsque celle-ci, devinant peut-^etre la poursuite dont elle 'etait l’objet, se retourna brusquement.

La fille de Fant^omas apercut une ombre dissimul'ee derri`ere elle :

— Arr^etez-vous, cria-t-elle.

Au m^eme instant un coup de revolver, une balle sifflait aux oreilles du journaliste.

— Merci, mademoiselle, r'epondit Fandor. S’il vous en reste d’autres, J'er^ome Fandor est `a votre disposition.

Et bravement, courageusement, le journaliste reprit sa course, se rapprochant de la jeune fille qui, d'esormais, ne tirait plus.

Fandor allait l’atteindre, il la voyait nettement d'esormais, car les phares d’une automobile qui d'ebouchait au milieu de la route l’'eclairaient `a pleine lumi`ere. La fille de Fant^omas 'etait v^etue d’un complet sombre, d’une jupe trotteuse courte. Elle 'etait coiff'ee d’une toque de fourrure qui parait d'elicieusement sa chevelure blonde et vaporeuse.

Mais comme Fandor la touchait presque, preste, l'eg`ere, rapide et audacieuse aussi, la fille de Fant^omas, bondissant, traversa la route, fr^olant pour ainsi dire les roues de l’automobile qui passait `a toute allure.

Ce fut l’affaire d’une seconde.

Une seconde, en effet, apr`es, Fandor, aveugl'e par la poussi`ere que venait de soulever la voiture, s’essuyait les yeux, maugr'eant contre le v'ehicule :

— Satan'ee m'ecanique, jura-t-il, elle va faciliter sa fuite.

`A tout hasard, Fandor traversa. Puis il avait la satisfaction, au bout de quelques instants, de revoir la silhouette 'el'egante et jolie de la jeune fille `a qui il livra une chasse effr'en'ee.

Brusquement, Denise disparut, ayant tourn'e `a droite, s’'etant enfonc'ee, semblait-il, dans l’'epaisseur d’un muretin surmont'e d’une haie touffue.

Et Fandor comprit qu’elle venait de p'en'etrer dans un jardin.

Il n’h'esita pas `a la suivre.

Fandor, d’ailleurs, reconnaissait les lieux. Il venait d’entrer derri`ere la fille de Fant^omas dans la villa de la demi-mondaine : Isabelle de Guerray.

— Que peut-elle avoir `a faire ici ?

Mais ce n’'etait pas le moment de s’interroger.

Le journaliste, remettant `a plus tard le soin de comprendre, poursuivait son galop `a travers les all'ees et les massifs. Il observa, comme l’avait fait Juve dix minutes auparavant, que les appartements du rez-de-chauss'ee 'etaient plong'es dans l’obscurit'e et que seule une pi`ece au premier 'etage paraissait 'eclair'ee.

Fandor ayant contourn'e la maison se trouva face `a face avec la jeune fille, l’arme au poing, au clair de lune.

— Halte, dit H'el`ene.

Et comme Fandor refusait d’ob'eir, la jeune fille tira deux coups de revolver.

Le journaliste n’avait m^eme pas baiss'e la t^ete. Il avait compris que la fille de Fant^omas voulait simplement l’effrayer et tirait en l’air.

— 'Ecoutez-moi, dit Fandor.

— Halte, dit la jeune fille.

Puis elle ajouta d’une voix presque suppliante :

— Fuyez. Un instant de plus ici et vous ^etes `a la merci de Fant^omas.

La jeune fille reprit sa course folle, refit le tour de la maison, franchit la grille du jardin, se retrouva sur le boulevard.

Fandor l’avait perdue de vue un instant, mais il la rattrapa.

`A l’extr'emit'e du boulevard, la fille de Fant^omas tournait `a gauche et comme elle voyait Fandor qui la suivait, elle tira encore.

Le journaliste fr'emit cette fois, le coup de feu avait 'et'e tir'e de tr`es pr`es et il s’'etonnait presque, 'etant donn'ees les qualit'es de tireuse qu’il connaissait `a la fille du bandit, de ne point tomber baign'e dans son sang.

Cette fois Denise semblait avoir assez de la lutte.

Elle s’arr^eta, croisant les bras sur sa poitrine. `A la lueur d’une lampe 'electrique qui 'eclairait faiblement le boulevard, elle consid'era le journaliste :

— Que me voulez-vous ?

Fandor, poliment, s’inclina devant elle :

— Il est dangereux pour une jeune personne, m^eme pour une personne aussi t'em'eraire que vous, d’errer seule dans les rues `a cette heure de la nuit. Tout `a l’heure, vous avez failli vous faire 'ecraser par une automobile et vous p'en'etrez dans les villas priv'ees, avec – permettez-moi de vous le dire – un sans-g^ene et une incons'equence qui pourraient vous valoir une f^acheuse r'eception.

Tandis que J'er^ome Fandor parlait, la fille de Fant^omas, dont la poitrine palpitait, regardait fixement le journaliste.

— Aucun doute, fit-elle, vous ^etes brave.

— Brave ? interrogea Fandor, profond'ement 'etonn'e en apparence, pourquoi donc ?

— Vous avez essuy'e sans fr'emir plusieurs coups de feu. Il y a une minute `a peine, j’ai tir'e sur vous, `a bout portant. Vous ne vous ^etes pas 'ecart'e d’une ligne de votre chemin.

— Bah, fit Fandor, on ne meurt qu’une fois et mourir de votre main serait une mort glorieuse. Je n’ai d’ailleurs pas `a me pr'evaloir de courage, vous avez tir'e en l’air, je l’ai vu, une fois, deux fois.

— Mais la troisi`eme ? interrompit la fille de Fant^omas.

— J’ai pens'e, avoua Fandor, que vous recommenceriez.

Le journaliste regarda la jeune fille `a son tour.

Celle-ci paraissait toute troubl'ee, une vive rougeur lui montait aux pommettes. Elle eut un regard d’une infinie douceur pour Fandor, lorsque soudain, elle tressaillit tandis que le journaliste pr^etait l’oreille.

On entendait des bruits, des pas pr'ecipit'es, le ronflement d’une automobile, des appels de corne.

Поделиться с друзьями: