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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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Une fois qu’il s’'etait profond'ement endormi pendant le discours de la dame, il avait 'et'e r'eveill'e en sursaut par une sensation 'etrange et assur'ement inattendue.

— Cette dame, d'eclarait alors Mario Isolino, elle venait de me donner oune baiser sur la bouche.

— 'Etait-elle jolie au moins la dame de Rel`evement des Criminels Endurcis ?

Isolino leva les bras au ciel :

— Zolie, fit-il, non pas, elle est vieille, grosse, laide, affreuse. Peut-^etre, Bouzille, que tu la connais ? c’est M meH'eberlauf.

— M meH'eberlauf, r'epondit le chemineau, mon pauv’ vieux.

L’'epouse de l’ex-pasteur 'eprouvait pour Mario une furieuse passion et d`es le surlendemain du jour o`u ils avaient fait connaissance, Mario Isolino n’avait plus eu `a affronter les sermons, mais bien `a se d'efendre d'esesp'er'ement des entreprises de la terrible personne.

— Pas en prison, pas en prison, s’'etait 'ecri'e Mario Isolino pour sauvegarder sa vertu.

Et d`es lors, M meH'eberlauf, merveilleusement inventive, comme le sont les amoureuses, avait soudain mis au point cet admirable projet d’'evasion de Mario Isolino.

Tout d’abord le bonneteur avait refus'e, il ne se trouvait pas mal en prison, il ne redoutait pas une grosse condamnation et s’il 'etait surpris en train de se sauver – ce qui arriverait probablement – l’aventure ne manquerait pas d’aggraver son cas.

Mais la situation devenait intenable dans la cellule o`u M meH'eberlauf passait d'esormais le plus clair de ses journ'ees et Mario Isolino, pour fuir ses assiduit'es, avait consenti `a accepter le principe d’une fuite.

La femme de l’ex-pasteur s’'etait souvenue alors qu’elle avait jadis, mieux que son mari, dirig'e la police secr`ete en Hesse-Weimar.

Elle avait apport'e successivement au prisonnier une petite lime bien aiguis'ee qui allait lui permettre de scier l’un des barreaux de sa fen^etre, puis une solide corde en plusieurs morceaux que Mario Isolino dissimula dans son matelas et dont il devait se servir pour descendre le long d’un mur haut de vingt m`etres dans le ravin au-dessus duquel se dressait le fort Saint-Antoine.

Or, c’'etait pr'ecis'ement pour cette nuit-l`a que la tentative d’'evasion 'etait pr'evue. M meH'eberlauf avait annonc'e qu’elle se tiendrait dissimul'ee derri`ere un rocher au sommet du ravin. Lorsque Mario Isolino l’aurait rejointe, ils partiraient tous les deux pour l’Italie afin d’y vivre leurs premi`eres amours. Mario Isolino avait consenti. Il lui 'etait d’ailleurs impossible de faire autrement, mais c’'etait la mort dans l’^ame qu’il regardait sa montre et s’apercevait que l’heure se rapprochait.

— Io vais me rompre les os, d'eclarait-il na"ivement `a Bouzille, et si ze vois le vide, ze tomberai car z’ai toujours eu lou vertize…

Bouzille, brave homme, encourageait l’infortun'e :

— Il ne faut pas se frapper comme cela, tout ira bien et lorsque tu seras dehors, rien ne t’emp^echera d’abandonner cette excellente M meH'eberlauf.

— Bouzille, s’'ecria le bonneteur, tou vas venir avec moi.

— Ah ca, jamais, par exemple, protesta le chemineau, d’abord je ne suis pas aim'e, et puis je t’avoue que je ne suis pas f^ach'e de me reposer un peu. `A mon ^age les grandes aventures sont fatigantes et je ne prends gu`ere le chemin de la tranquillit'e que je souhaitais avoir en prenant le chemin de Monaco.

Minuit sonna.

C’'etait l’heure qu’avait fix'ee M meH'eberlauf pour l’'evasion du prisonnier.

— Si ze ne pars pas, soupira le malheureux bonneteur, elle sera ici d`es demain matin et ze ne saurai plus comment m’en d'efaire.

Il n’y avait pas `a h'esiter.

Sans grande difficult'e, le bonneteur, aid'e de Bouzille, coupa un des barreaux de la fen^etre, il assujettit solidement `a ceux qui restaient la grosse corde de chanvre fournie par M meH'eberlauf.

Au moment de partir, ses yeux se mouill`erent de larmes :

— Bouzille, s’'ecria-t-il, en prenant dans ses bras le chemineau, adieu mon ami, mon fr`ere.

Les deux hommes s’'etreignirent. Puis se hissant p'eniblement jusqu’`a l’appui de la fen^etre, le bonneteur l’enjamba, disparut dans le vide… Bouzille le regardait descendre, lui prodiguant ses conseils, lui signalant de temps `a autre les anfractuosit'es de la muraille o`u il pouvait prendre appui.

Puis, le bonneteur disparut dans l’ombre et, `a un moment donn'e la corde 'etant redevenue souple, le chemineau rest'e seul dans sa cellule se rendit compte que l’'evad'e avait atteint le fond du ravin. Bouzille alors d'enoua la corde et l’envoya rejoindre le fugitif.

Tant bien que mal il remit en place le barreau coup'e ; il ne voulait pas avoir d’ennuis, il ne devait pas laisser croire que lui aussi pouvait avoir eu l’intention de se sauver.

Le chemineau alors, 'etouffant un b^aillement, s’'etendit sur son matelas.

Puis, avant de s’endormir, il d'eclara en guise de conclusion :

— Bah, j’avais envie d’avoir un compagnon, et voici que je suis content qu’il soit parti. Certes, ce Mario Isolino n’est pas un mauvais homme, mais enfin je ne le connais pas plus que ca, il aurait pu me voler mes v^etements ou me faire quelques tours pendant mon sommeil. Pour se reposer tranquille quelque part, il vaut mieux ^etre seul.

L`a-dessus Bouzille se souhaitait bonsoir `a lui-m^eme puis s’endormit profond'ement, seul prisonnier peut-^etre de toute cette prison, v'eritable prison familiale d’ailleurs o`u nul ne se pr'eoccupait des prisonniers, o`u l’on ne faisait pas la moindre surveillance pendant la nuit, convaincu que ceux qui s’y trouvaient n’auraient jamais l’intention de s’en aller.

***

Mario Isolino, descendu dans le ravin, tr'ebucha, se d'echira la peau aux broussailles. Des ronces lui ensanglant`erent le visage, il se piqua les doigts aux 'epines :

— Sale aventoure, sale aventoure, grogna-t-il et dire qu’en sortant d’ici io vais trouver la m`ere H'eberlauf.

Pour un peu et si Bouzille n’avait pas d'etach'e la corde Mario Isolino aurait r'eint'egr'e sa cellule.

N'eanmoins, courbant la t^ete et r'esign'e `a sa situation, le bonneteur poursuivait son chemin, remontant par un sentier rocailleux et plein d’emb^uches au sommet du ravin.

Mais lorsqu’il y fut parvenu, une surprise inattendue l’attendait.

Ce n’'etait pas M meH'eberlauf qu’il trouva en face de lui, c’'etait un homme, un homme envelopp'e d’un long manteau noir, un masque sur le visage :

— Approche, avait command'e cet homme, en voyant Mario Isolino 'emerger du ravin.

Le bonneteur stup'efi'e par cette apparition se tra^inait plut^ot qu’il n’approchait aux pieds de l’inconnu :

— Ze vous demande bien pardon, faisait-il, ze ne veux pas vous faire de mal.

— Parbleu, s’'ecria l’homme en ricanant, il ne manquerait plus que cela.

Mais le myst'erieux personnage continuait :

— Tu t’es mis dans un bien mauvais cas, mon garcon. Lorsqu’on s’'evade d’une prison on encourt des peines s'ev`eres et s’il me pla^it de te reconduire dans quelques instants `a tes ge^oliers, tu seras jet'e dans une v'eritable oubliette, et charg'e de fers.

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