La main coup?e (Отрезанная рука)
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« Ah, parbleu, poursuivait l’apache en s’animant, s’il y a des copains qui se baladent aujourd’hui `a la Nouvelle, s’il y en a d’autres qui pourrissent en Centrale, s’il y en a d’autres qui attendent leur passage au tourniquet, s’il y en a m^eme qui ont 'et'e envoy'es au champ de navets, c’est bien rapport `a toi, Fandor, rapport `a ta crapule d’ami Juve. Nous autres, on te guigne depuis longtemps, on te tient, ton affaire est claire. Faut payer, Fandor. L’heure est venue. On raque d’avance. C’est ta peau qu’il nous faut.
— Bon, pensa Fandor, ca va mal. Et `a haute voix, il leur jeta :
— Vous ^etes des salauds et des l^aches. Tuez-moi donc puisque vous le pouvez. Je vous jure que si c’'etait en mon pouvoir, je ne manquerais pas d’en descendre quelques-uns. Eh bien, tire donc, Bedeau de malheur, si tu ne veux pas que je t’abatte comme un chien.
Fandor avait fait un bond en arri`ere.
R'esolu d'esormais `a lutter sauvagement, `a d'efendre son existence avec une indomptable 'energie, il avait d’un geste rapide, port'e la main `a sa poche, y avait saisi son revolver.
Mais son bras aussit^ot avait 'et'e arr^et'e, il avait recu sur le poignet un choc si violent qu’il dut l^acher son arme :
— Ca y est, jura-t-il, je suis foutu.
Instinctivement, Fandor ferma les yeux, pensa `a Juve.
Il eut un tendre souvenir pour la fille de Fant^omas.
Les secondes lui parurent des heures.
Et le journaliste, encore qu’il f^ut immobilis'e, sans se rendre compte comment ni pourquoi, encore qu’il f^ut par terre, le visage enfonc'e dans la poussi`ere, n’entendait pas claquer le revolver.
Il entendait ses agresseurs parler :
— Ca va bien pour les cordes, d'eclarait le Bedeau… et maintenant le filet.
Fandor, attach'e par les pieds et les poings, vit alors Mario Isolino qui s’approchait, sur un signe du Bedeau, et 'etendait par terre, `a c^ot'e de lui, future victime des apaches, un grand filet aux mailles serr'ees, aux fils solides et r'esistants, sorte de nasse de p^eche ou de hamac.
— Que diable vont-ils faire de moi ? pensa Fandor dont le coeur battait `a lui rompre la poitrine.
Comme s’il avait devin'e sa pens'ee, le Bedeau le renseigna avec un sourire sardonique. Il expliqua :
— Les revolvers font du bruit et l’on retrouve ceux qui ont tir'e rien qu’`a la blessure faite qui d'etermine la grosseur des balles. Tu connais ca, pas vrai, Fandor, l’apprenti policier ? Nous aussi. Faut pas croire que nous sommes des imb'eciles. D’ailleurs on a des ordres pour ne pas trouer la peau, mais il y a mieux `a faire et tu vas bien voir.
Le Bedeau se tourna alors du c^ot'e de ses compagnons :
— Allez, vous autres, le Barbu, OEil-de-Boeuf, empoignez-moi ce colis et en route pour la falaise. Moi je passe devant pour faire, s’il le faut, la trou'ee. Macaroni fermera la marche.
En un clin d’oeil, Fandor, de plus en plus immobilis'e, roul'e, cousu pour ainsi dire dans son filet, 'etait hiss'e sur les 'epaules des deux lieutenants du Bedeau.
Il comprenait le sort qui l’attendait.
On allait le pr'ecipiter du haut d’un rocher dans la mer.
Mais peu lui importait `a ce moment.
L’issue terrible de l’aventure qu’il pr'evoyait ne l’'emotionnait pas, car Fandor, des propos tenus par le Bedeau, n’avait retenu qu’une chose :
C’est que l’apache avait recu des ordres et qu’il s’y conformait.
Les ordres de qui ?
Parbleu, il n’y avait pas moyen d’en douter, ce n’'etait, ce ne pouvait ^etre que Fant^omas.
27 – DANS LE VIDE
— C’est vous, monsieur Juve ?
— Oui, M. de Vaugreland, c’est moi. Vous m’avez fait appeler ?
— En effet, je d'esirais vous entretenir. Prenez un si`ege.
M. de Vaugreland semblait avoir retrouv'e une assurance qu’il 'etait loin d’avoir poss'ed'ee depuis un mois. Ce n’'etait plus l’homme accabl'e, an'eanti, que Juve avait longtemps connu, ce n’'etait plus le directeur qui n’osait donner un ordre, exprimer seulement un d'esir, c’'etait tout au contraire un chef, qui recevait le policier.
Que voulait dire ce changement ?
Juve 'etait `a cent lieues de s’en douter, mais sa tranquille philosophie n’'etait pas pr^ete `a s’'emouvoir d’un changement d’attitude de la part d’un quidam dont, en somme, l’opinion lui importait peu. Juve, qui se rendait parfaitement compte de la nature de l’accueil qui lui 'etait fait, s’assit donc fort tranquille dans l’un des fauteuils qui se trouvaient devant le bureau directorial et attendit que M. de Vaugreland voul^ut bien lui faire part de la communication qu’il avait `a lui faire.
— M. Juve, vous rendez-vous bien compte de la marche des 'ev'enements ?
— Dame, il me semble, r'epondit Juve.
— Alors, que comptez-vous faire ?
— Comment ce que je compte faire ?
— Je veux dire, cher monsieur – et M. de Vaugreland haussait la voix pour donner plus de poids `a ses paroles – que je serais fort heureux d’apprendre si vous avez un nouveau plan d’enqu^ete ?
— Un nouveau plan d’enqu^ete ?
— Oui. Si vous avez d'ecid'e, en d’autres termes, d’agir un peu plus habilement que vous ne l’avez fait jusqu’ici ?
— Cher monsieur, vous me demandez si j’ai l’intention d’agir plus habilement que par le pass'e ? H'e, je ne crois pas avoir 'et'e si maladroit.
Mais Juve n’eut pas le temps d’achever.
Ce n’'etait plus un mouton que Juve avait devant lui, mais un mouton enrag'e.
M. de Vaugreland tapa un coup de poing formidable sur le bord de son bureau :
— Vraiment ? hurla-t-il, vous trouvez que vous n’avez pas 'et'e maladroit ? Ma parole, monsieur Juve, je me demande si vous avez bien r'efl'echi `a tout ce qui s’est pass'e ici depuis un mois ?
— Ne jurez pas, monsieur de Vaugreland. Je vous certifie que j’y ai parfaitement r'efl'echi.
— Et ce sont ces r'eflexions qui vous ont amen'e `a trouver que vous n’'etiez pas maladroit ?
— Absolument, M. de Vaugreland.
— Eh bien, vous en avez de bonnes.