Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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— Qui ^etes-vous ? demandait-il.
— Vous devez savoir que j’oserai tout.
— H'e h'e, pensa le malheureux voyageur avec la folle rapidit'e que l’on met `a penser en de pareilles circonstances, h'e, h'e, pourquoi me dit-il : « Vous devez savoir » ? Il me prend pour un autre. C’est certainement l’homme que l’on poursuivait. Il s’imagine s^urement que je suis un agent de la S^uret'e.
C’est alors, que payant d’audace, le malheureux voyageur demanda de nouveau :
— Pourquoi vous ^etes-vous mis une fausse moustache ?
C’est peut-^etre ce qu’il pouvait dire de plus maladroit en la circonstance.
— Qui est cet homme ? se demandait justement Fant^omas. Pourquoi me poursuit-il ? Il n’a pas l’air de se douter de ma personnalit'e, et cependant il me parle sur un ton de commandement, `a la facon d’un agent de police.
— Une fausse moustache, r'epondit l’Insaisissable, ah c`a, vous r^evez, vous ^etes fou. Savez-vous que je suis ici pour accompagner ces marchandises, que ce compartiment est charg'e de tonneaux qui m’appartiennent et que vous n’avez pas le droit de vous y trouver ?
Fant^omas essayait de mentir avec le vague espoir de duper son interlocuteur. L’homme que Fant^omas menacait de son revolver braqu'e, apparaissait en effet comme de moins en moins intimid'e, de moins en moins effray'e.
— Assez, venait-il de crier. Vous vous perdez en voulant vous sauver, mon ami. Je vous dis que je vous ai parfaitement reconnu. Vous avez, `a Saumur, quitt'e le train de Nantes, et, j’en suis certain, `a Saumur, o`u l’on vous recherchait, vous avez mis cette moustache postiche qui vous change un peu.
Or, en m^eme temps qu’il parlait, le voyageur tentait une manoeuvre d'esesp'er'ee. N'egligeant la menace du revolver toujours braqu'e sur lui, il se pr'ecipita en effet sur Fant^omas pour lui d'ecocher en plein visage un coup de poing. Il sauta sur le bandit et il lui arracha sa moustache. Pour une fois que Fant^omas n’'etait pas sur ses gardes, il venait d’^etre jou'e par un adversaire qu’il ne connaissait m^eme pas.
— Mort de ma vie, jura le bandit, qui n’avait m^eme pas tressailli sous la violence du coup que lui avait port'e l’extraordinaire voyageur. Vous venez de vous condamner. Nul avant vous n’avait frapp'e Fant^omas. Vous ne pourrez aller vous vanter de ce coup de poing aupr`es de personne.
Et en m^eme temps qu’il parlait, en m^eme temps qu’il hurlait ces mots, Fant^omas laissant tomber son revolver sur le plancher du wagon, se fiant `a sa force hercul'eenne, empoignait son adversaire `a la gorge, l’'etranglait `a demi, le renversait sur le sol, o`u, lui mettant un genou sur la poitrine, il l’immobilisait. Fant^omas, `a coup s^ur, allait tuer le malheureux voyageur. D'ej`a il se penchait `a l’oreille de sa victime, qui les yeux dilat'es d’effroi, r^alait presque, d'ej`a il lui hurlait :
— Apprends que je suis Fant^omas, apprends que Fant^omas te condamne `a mort.
Or, `a cette minute m^eme les freins du train se bloquaient, un grand heurt lancait les uns contre les autres les wagons, le convoi venait d’entrer dans une petite gare, faisait halte.
Fant^omas alors v'ecut d’'epouvantables secondes.
Il tenait toujours immobile l’homme qu’il pensait 'etrangler. Mais il le tenait de telle facon que l’une des jambes de la victime 'etait 'etendue au travers du fourgon, qu’on devait apercevoir du quai, ses pieds qui d'epassaient.
— Si un employ'e passe, songeait Fant^omas, s’il tourne la t^ete dans la direction du fourgon, je suis perdu.
Il ne pouvait pas en effet sans risquer de faire du bruit, tra^iner sa victime plus loin. Une de ses mains maintenait l’homme `a la gorge, de l’autre, il lui b^aillonnait la bouche sous peine de laisser `a son prisonnier la possibilit'e de crier ou de se d'ebattre. Fant^omas devait attendre, pour achever son crime que le train e^ut repris sa marche.
La halte ne dura que quelques instants.
Lentement, le train repartit, Fant^omas, respira, soulag'e.
— Nul ne m’a vu pensa-t-il. Cette fois, je puis op'erer en toute tranquillit'e.
L’affreux bandit desserra un peu l’'etreinte dont il entourait le cou du malheureux qu’il allait tuer. Il prit un secret plaisir `a torturer sa victime. Il lui laissa le temps de se remettre. Il lui laissa happer tranquillement une large bouff'ee d’air, et c’'etait seulement quand l’homme paraissait reprendre conscience de lui-m^eme, que Fant^omas, qui venait de ramasser son revolver, l’appuya sur la tempe de l’adversaire.
— Allons, as-tu entendu ? Je suis Fant^omas, et c’est Fant^omas qui va te tuer.
Ah, certes, le malheureux avait compris. Sur sa face d'ecompos'ee, sur sa face, o`u l’'epouvante pouss'ee `a son paroxysme posait son masque, un rictus douloureux passa :
— Fant^omas ? Vous ^etes Fant^omas ?
C’'etait un r^ale indistinct qui s’'echappait des l`evres exsangues de l’homme qui allait mourir.
— Parfaitement, je suis Fant^omas. Fant^omas 'echapp'e de prison, Fant^omas sauv'e.
Brusquement, le bandit s’interrompit :
— Et puis, en voil`a assez, fit-il, avec une intonation volontairement faubourienne, je te donne une seconde pour te repentir, pour te repentir de tes p'ech'es d’abord, pour te repentir, aussi de cette sottise que tu as faite en t’occupant de ce qui ne te regardait pas. Allons, mon camarade, c’est fait ? Oui ? Adieu.
Dominant une seconde le fracas produit par le roulement du train, la d'etonation s`eche du revolver.
La tempe trou'ee, la cervelle jaillissant, l’homme, la victime de Fant^omas, mourut, sans un cri.
Alors, Fant^omas se releva.
Cyniquement, il se frotta les mains.
— C’est une bonne chose de faite, songeait le bandit. Cet individu 'etait bavard, curieux. C’'etait un g^eneur. Il 'etait de trop. J’ai eu raison de le supprimer.
Fant^omas, toutefois, avait trop l’habitude du meurtre, il 'etait trop accoutum'e `a joncher sa route de cadavres pour perdre son temps `a se r'ejouir du crime qu’il venait de commettre.