Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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La femme interpell'ee, secou'ee, ne r'esistait pas, se laissait aller.
Bec-de-Gaz, machinalement, lui prit le menton, releva sa t^ete, la regarda les yeux dans les yeux. Ses yeux 'etaient rouges et vagues.
— Bon Dieu, grogna Bec-de-Gaz, elle est saoule comme une bourrique. Y a rien `a foutre, pour la sortir de l`a.
Cependant, la femme essayait de remuer. En vain. D’une voix p^ateuse et p'enible elle protestait :
— Saoule que tu dis, Bec-de-Gaz, c’est pas vrai, et d’abord je d'efends qu’on dise que je suis saoule.
— Ca va, fit Bec-de-Gaz conciliant, car il ne respectait qu’une chose : l’ivresse.
Mais Fleur-de-Rogue l’avait attrap'e par le bas de son pantalon tout effiloch'e et l’emp^echait de retourner `a ses occupations.
— C’est pas que je suis saoule, reprenait la femme, mais j’ai du chagrin, et j’ai bu pour m’'etourdir. Comprends-tu, Bec-de-Gaz, qu’ils ont d'emoli Ribonard, mon homme. Il est crev'e. Encore un. D'ecid'ement j’ai pas de chance.
— Un homme, conclut Bec-de-Gaz, ca se remplace. Faut pas te faire de bile.
Mais la pierreuse secoua la t^ete, sans souci de ses cheveux d'enou'es qui trempaient dans le baquet d’eau sale.
— C’est toujours `a moi qu’il arrive des histoires de ce genre-l`a. T’as bien connu Jean-Marie, dis voir, Bec-de-Gaz ?
— Probable, fit l’'evad'e, Jean-Marie, l’aide du bourreau ?
— Oui, approuva Fleur-de-Rogue, eh ben, c’'etait mon amant, mon premier, il est mort, c’est la « Veuve » qui l’a zigouill'e, et dire qu’il n’avait rien fait pour ca.
— Ca, reconnut Bec-de-Gaz, toujours conciliant, on peut dire que c’est vrai. Y a des gens qu’ont de la chance, d’autres qui n’en ont pas. Jean-Marie avait la poisse, il a 'et'e fad'e. Qu’est-ce que tu veux y faire ?
— Apr`es Jean-Marie, j’ai pris Ribonard. On s’aimait bien tous les deux. Celui-l`a c’'etait un homme dans le genre de mon premier, un costaud qui connaissait pas la peur. Voil`a-t-y pas qu’il est mort, lui aussi, et crev'e comme un chien, avec le cr^ane d'efonc'e par une cloche. Ah, c’est des trucs `a la manque, qu’est-ce que je vais devenir ?
— Bah, tu en trouveras ben un troisi`eme.
— `A quoi bon. S^ur qu’il cr`evera, lui aussi, c’est s^ur comme je te le dis, et pis les hommes vont dire que je leur porte la guigne. Ah, c’est bien fini, j’ai plus qu’`a me d'etruire.
Soudain le p`ere Grelot 'ecarta la toile qui s'eparait cette sorte d’office de la grande salle de bal.
— Bec-de-Gaz, murmura-t-il, rapplique voil`a B'eb'e.
Bec-de-Gaz accourait. Depuis quelques jours, on n’avait pas vu l’apache. Ribonard avait racont'e dans l’entourage de Bec-de-Gaz l’extraordinaire entretien que B'eb'e et lui avaient eu quelques jours auparavant avec le Ma^itre.
Le bruit avait couru que Fant^omas allait avoir des monceaux d’or en sa possession, qu’un partage ne tarderait pas `a avoir lieu.
— Eh ben, quoi de neuf ?
B'eb'e prit un air narquois :
— Du neuf ? y en a probablement. Mais qu’est-ce que t’attends, Bec-de-Gaz, pour me verser une chopine ? Il fait plut^ot humide dehors, et un verre de rouge n’a jamais fait de mal `a un honn^ete homme.
Le p`ere Grelot, qui profitait de l’occasion pour se faire servir `a boire, interrogeait curieusement :
— Dis voir. B'eb'e, connais-tu des d'etails sur le coup de Ribonard ? Il a 'et'e zigouill'e, pas vrai ?
— ’Turellement, on y a fait son affaire, et c’est ben de sa faute aussi. Il a voulu monter le coup `a Fant^omas, et c’est pas des combines dans le genre de celle-l`a qui peuvent r'eussir. Faut pas le regretter, c’'etait en somme, un faux fr`ere, il avait gar'e `a c^ot'e tous les bijoux de Chamb'erieux. Ca lui apprendra.
— Les bijoux ? interrogea Bec-de-Gaz, qu’est-ce qu’ils sont devenus ?
— Ca, reconnut B'eb'e en baissant la t^ete, c’est ce qu’il y a de plus toquard dans cette affaire. Lorsque Ribonard est claqu'e, c’est arriv'e `a un si mauvais moment que les bijoux sont tomb'es de ses poches juste devant le nez du « curieux » de la localit'e. Oui, le juge d’instruction n’a eu qu’`a 'etendre les mains pour les ramasser, et je vous prie de croire qu’il n’a pas perdu son temps avant de le faire.
— O`u c’est, demanda le p`ere Grelot, qu’il les a donc foutus ?
— Dans la t^ole des jugeurs probablement, r'epondit B'eb'e. Ils ont des coffres-forts blind'es et des armoires secr`etes dans leurs boutiques. Ce serait un foin du diable, maintenant pour les rattraper.
— Tu comptes donc aller les reprendre ?
— Probable.
Mais comme le p`ere Grelot lui demandait encore :
— Iras-tu tout seul ?
B'eb'e, modestement, avoua :
— Tout seul, non. Je n’ai pas le trac et je sais vous descendre un pante tout comme n’importe qui, mais dans c’t’affaire-l`a, je marcherai avec un copain.
— Je suis ton homme, sugg'era Grelot, tu sais que je sais travailler.
— J’ai mieux que ca.
— Qui donc ? demand`erent ensemble, le professeur de vols et l’apache Bec-de-Gaz.
B'eb'e, `a ce moment, regardait un coin obscur de la salle et semblait examiner minutieusement un personnage qui, tournant le dos, 'etait accroupi derri`ere un amoncellement de barriques et dont on ne voyait que l’extr'emit'e des membres.
— Je marche, fit-il tout bas, avec Lui.
Et B'eb'e d'esignait du doigt l’individu dissimul'e dans cette sorte de cachette, il avait dit : « Lui » avec une telle emphase que ses deux interlocuteurs se regard`erent. Quel pouvait ^etre ce personnage dont B'eb'e paraissait tant respecter la personnalit'e et en qui, cependant audacieux et capable, il semblait avoir une si grande confiance ?
Les apaches ne devaient pas tarder `a le savoir. B'eb'e leur murmura `a l’oreille :
— C’est Fant^omas. Fant^omas est l`a.