ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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— Bien le bonjour, messieurs, dit le chef des deux nouveaux gendarmes.

Puis il se retourna vers le prisonnier qu’il amenait :

— Allons, monte, toi.

Et comme l’individu s’'etait ex'ecut'e, il ordonna encore :

— Mets-toi dans le fond. Et ne bouge pas, nom de Dieu.

Les deux prisonniers, d`es lors, 'etaient l’un en face de l’autre, les quatre gendarmes se faisaient des gr^aces, en s’aidant `a caser leur sabre dans le filet, en se d'ebarrassant de leur k'epi, en d'ebouclant leur ceinturon.

Le train d'emarrait qu’ils avaient d'ej`a fait connaissance, qu’ils 'echangeaient des r'eflexions sur la s'ev'erit'e relative des mar'echaux des logis qui 'etaient leurs chefs respectifs. Or, tandis que les quatre gendarmes en confiance, heureux d’'echanger des potins de m'etier, nouaient entre eux des relations empreintes de la plus grande cordialit'e, Juve, bien qu’il e^ut l’air d’avoir les yeux ferm'es, examinait `a la d'erob'ee le prisonnier qui venait de s’asseoir en face de lui, et son naturel reprenant le dessus, il sentait en ce moment tous ses instincts de policier s’'eveiller en lui.

Tandis que le train, petit `a petit, prenait de la vitesse, tandis qu’il forcait son allure, ayant fini de traverser les voies resserr'ees qui sont les voies d’acc`es `a la gare Montparnasse, Juve songeait :

— Quel ^age peut-il avoir ? Peuh, de vingt-cinq `a trente ans, c’est de la graine de prison, du b'etail de bagne, de la chair `a guillotine.

Et de fait, il semblait bien `a premi`ere vue que l’apache qui venait de s’asseoir dans le coin oppos'e `a celui qu’occupait Juve f^ut l’un de ces jeunes voyous qui n’attendent pas le nombre des ann'ees pour tenter de r'eussir quelque gros coup qui classe les ma^itres dans l’esprit du milieu. V^etu d’un complet `a carreaux effiloch'e, graisseux, dont le col remont'e ne laissait appara^itre aucun linge, chauss'e de bottines `a boutons, dont la plupart manquaient, dont le cuir comportait de multiples crevasses, coiff'e d’une casquette de jockey rabattue sur le visage, il offrait le spectacle lamentable du vice crapuleux et mis'erable.

— Moi, songeait Juve, avec un sourire amus'e, on me ram`ene de Belgique et par cons'equent il est tout naturel, 'etant donn'e la haute personnalit'e que j’incarne en passant pour Fant^omas, que l’on me fasse l’honneur d’un transport par voie ferr'ee, mais lui, s’il n’avait qu’une peccadille `a expier, on l’enverrait par la route, de brigade en brigade. Pour que les deux gendarmes l’escortant prennent ainsi place dans le train, il faut que ce soit un coupable d’importance.

Juve, ayant suffisamment examin'e son voisin, passa `a l’observation toute naturelle des deux gendarmes qui l’accompagnaient, et qui, maintenant, discutaient fort avec ses deux propres gardiens.

Or, Juve les voyait mal. Les deux nouveaux militaires en effet ayant trouv'e les deux premiers coins oppos'es `a ceux qu’occupaient les prisonniers pris par les deux gendarmes de Juve, s’'etaient install'es sur les banquettes entre les prisonniers et leurs coll`egues.

Comme ils discutaient, ils tournaient tout naturellement le dos `a Juve qui ne pouvait voir d’eux que leurs uniformes vraisemblablement neufs et, en tout cas, superbes, aveuglants de boutons de cuivre astiqu'es.

Juve, ne pouvant apercevoir le visage des deux pandores, machinalement 'ecoutait leur conversation. Les quatre gendarmes 'echangeaient des confidences, relativement `a leurs prisonniers :

— Nous, disait le brigadier qui avait charge de Juve, nous, c’est un costaud qu’on accompagne jusqu’`a Connerr'e, c’est le fameux Fant^omas.

— H'e, h'e, r'epondait l’un des gendarmes qui convoyaient l’autre prisonnier, para^it alors que ca va chauffer `a Saint-Calais. Car nous, l’apache qu’on y conduit – car on va aussi `a Connerr'e, – c’est comme qui dirait un complice aussi `a Fant^omas. Mais un petit complice, un tout petit complice en somme, et la preuve c’est que Fant^omas, vous le voyez, ne le conna^it pas.

Le train roulait toujours. Juve, commencant `a trouver monotone d’observer alternativement le repos indiff'erent de l’individu qu’il avait en face de lui, et l’agitation des gendarmes, toujours occup'es `a causer, finissait tout tranquillement par d'ecider de fermer les yeux, de s’endormir, de prendre un peu de repos.

— Apr`es tout, songeait l’excellent policier, la journ'ee de demain va ^etre rude, il n’est pas mauvais que je m’y pr'epare en m’accordant un bon somme.

Juve se rencogna donc, s’'etendit, commencant `a s’assoupir, et cela d’autant plus b'eatement qu’`a la m^eme minute les quatre gendarmes, profitant de ce que le train filant `a toute allure, ils ne pouvaient redouter aucune tentative d’'evasion de la part de leurs prisonniers, venaient d’abaisser le rideau bleu tamisant la lumi`ere de la veilleuse. Eux aussi allaient dormir.

Or, quelques minutes plus tard, comme Juve, 'ereint'e par le long voyage qu’il avait fait depuis Louvain, s’assoupissait, il eut nettement l’impression qu’il r^evait et, chose curieuse, il avait en m^eme temps conscience de son r^eve. C’'etait une sensation si bizarre, si surprenante, que brusquement le policier se r'eveilla.

— Ah c`a, songea-t-il, voil`a que j’ai le cauchemar, il m’a sembl'e qu’on m’appelait, et qu’on m’appelait par mon nom.

Juve ouvrait les yeux, regardait d’un regard 'etonn'e l’aspect paisible du wagon. `A coup s^ur, il venait d’^etre victime d’un songe, car tout le monde dormait, les quatre gendarmes ronflaient `a l’unisson, le prisonnier qui faisait face `a Juve respirait r'eguli`erement, lui aussi endormi, sans nul doute.

— Je deviens somnambule, murmura Juve en b^aillant. Encore un signe de vieillesse.

Et Juve referma les yeux. Or, le policier n’'etait pas encore rendormi qu’il entendait distinctement, bien que tr`es faiblement, une voix murmurer :

— Juve, r'eveillez-vous donc, marmotte que vous faites. Imb'ecile que vous ^etes, r'eveillez-vous donc, Juve.

De saisissement, Juve faillit sursauter. Par bonheur, il songea que la prudence est une vertu, et il demeura immobile.

La voix reprenait d’ailleurs :

— Juve, vous n’avez pas besoin de faire des yeux ronds et de para^itre compl`etement abasourdi, Juve, 'ecoutez-moi donc, sapristi.

Cette fois, le policier comprit qu’il ne r^evait pas.

— Ah c`a ! qu’est-ce qui m’adresse la parole ? Qui est l`a ?

— Moi.

— Qui ?

— Moi.

— Qui, encore ?

— Fandor.

— O`u es-tu, Fandor ?

— En face de vous.

Et alors, avec un imperceptible sourire, Juve comprit que le prisonnier, l’infect voyou que deux gendarmes avaient amen'e dans son compartiment, n’'etait autre en effet que son intr'epide ami J'er^ome Fandor.

`A la facon d’un dormeur qui s’installe tout tranquillement pour passer la nuit le plus confortablement possible, Fandor venait en effet de se retourner un peu ; il mettait sa casquette sur son visage, tournait la t^ete, les gendarmes ne pouvaient plus voir sa physionomie. En revanche, Juve, maintenant, reconnaissait parfaitement le visage de son ami.

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