ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
Шрифт:

« Un homme, pensa-t-il, qui est assez riche pour poss'eder un tel tableau, doit certainement donner des pourboires. »

Et avant d’avoir rien fait, Bouzille 'etait tout pr^et d'ej`a `a tendre la main.

M. Marquelet, malgr'e son ahurissement, vit le b^atonnier et le reconnut. Il se montra aimable avec cet exposant qui, gracieusement, pr^etait une oeuvre qui allait certainement attirer tout Paris `a Bagatelle.

— Merci, mon cher ma^itre, merci, votre Rembrandt va faire le succ`es de notre exposition.

Puis, r'epondant `a une question de Sunds, il lui dit :

— Parbleu, nous avons r'eserv'e au Rembrandt de Me Faramont la meilleure place. Vous allez pouvoir l’installer sur le panneau de fond, dans le salon d’honneur. Toutefois, je vous conseille d’attendre jusqu’`a demain matin ou alors de l’accrocher ce soir pour 'eviter les accidents. Vous comprenez que nous tenons `a prendre les plus grandes pr'ecautions pour qu’il n’arrive rien `a ce superbe P^echeur `a la ligne.

— Et c’est demain l’inauguration ?

— Demain `a dix heures, dix heures pr'ecises, assura M. Marquelet.

Le b^atonnier se tourna vers Sunds, et lui d'esignant d’un geste le d'esordre qui r'egnait :

— Jamais ce ne sera pr^et.

— N’ayez donc aucune crainte, mon cher ma^itre ! C’est toujours la m^eme chose dans les expositions. Il semble la veille qu’il y a encore pour quinze jours de travail et le lendemain lorsqu’on ouvre, tout est au point.

Le b^atonnier consulta sa montre. Il fit une grimace :

— Sapristi, j’oubliais de m’en aller, je suis attendu chez moi `a cinq heures.

Comme s’il paraissait heureux de le voir partir, Sunds, avec une certaine pr'ecipitation, lui tendit la main.

— Adieu donc, fit-il, `a demain.

— Pourvu qu’il n’arrive rien `a mon tableau, je suis ennuy'e de le quitter avant qu’il ait 'et'e accroch'e.

Le Danois rassura le b^atonnier :

— Je ne bouge pas, fit-il, avant d’avoir install'e moi-m^eme le Rembrandt sur le panneau de fond qui lui est r'eserv'e.

Rassur'e, l’avocat se retira.

Bouzille courut apr`es lui pour lui chercher sa voiture, mais l’avocat 'etait plus rapide que l’ancien chemineau et Bouzille en fut pour sa course :

— Pas de veine, d'eclara-t-il, tout essouffl'e, encore un pourboire qui passe `a l’as.

Indign'e, il revint se m^eler `a la foule des gardiens et des ouvriers qui se h^ataient de finir l’installation.

Les salles d’exposition, peu `a peu, prenaient tournure. Les murs se garnissaient de cadres contenant des tableaux, des gravures. Dans les vitrines on installait des statuettes, des vases, d’int'eressants moulages et M. le Pr'esident des Artistes Internationaux commencait `a se calmer.

`A sept heures du soir tout 'etait termin'e, chacun en se retirant 'eprouvait le besoin, bien l'egitime d’ailleurs, d’aller jeter un coup d’oeil sur le P^echeur `a la ligne de Rembrandt qui faisait un effet magnifique sur le panneau o`u on l’avait plac'e.

Exposants et ouvriers 'etaient tous des artistes. Opinion unanime : l’oeuvre est magnifique, ce sera le clou du salon. On en parlerait.

***

— On en parlerait.

Cette phrase revenait comme une obsession `a l’esprit de Sunds. Il faisait nuit et le palais de Bagatelle 'etait plong'e dans le plus profond silence. Cependant, dans une des caisses remplies de paille que l’on avait repouss'ees dans un des salons ferm'es au public avec tous les autres d'ebarras, un l'eger bruit se produisit. Quelqu’un sortit de cette cachette improvis'ee et fit quelques pas pr'ecautionneux dans la pi`ece. C’'etait Sunds.

Pourquoi le Danois 'etait-il rest'e apr`es la fermeture de Bagatelle ? Comment se faisait-il qu’il ait pu tromper la surveillance des gardiens et demeurer dans le palais alors que tout le monde sans exception aurait d^u en ^etre sorti ?

Si Sunds 'etait l`a, c’'etait qu’il avait 'evidemment combin'e son s'ejour `a l’avance, sa pr'esence 'etait le r'esultat indiscutable d’une pr'em'editation. Sunds y 'etait et ce n’'etait point par hasard qu’il 'etait enferm'e dans le palais de Bagatelle.

Le Danois tira de sa poche une lampe 'electrique dont il projeta autour de lui une lumi`ere sourde. Dans la caisse d’o`u il venait de sortir, Sunds alla prendre la bo^ite `a couleurs que, dans l’apr`es-midi, il avait recommand'e `a Daniel de lui apporter apr`es l’avoir pr'epar'ee, puis, `a pas de loup, quitta la pi`ece dans laquelle il s’'etait cach'e et, traversant les salles d'esertes du palais, s’en vint dans le salon d’honneur. Il 'eclaira de sa lampe le Rembrandt et longuement, le consid'era. L’artiste 'etait tout p^ale alors qu’il regardait l’oeuvre.

— C’est 'egal, murmura-t-il, il faut que j’en aie un fier toupet ! Ah, je suis propre. Quelle fripouille, je me d'ego^ute moi-m^eme et ce n’est pas tant `a l’id'ee de ce que je vais faire que de savoir le risque que je vais courir par ma faute, car cette oeuvre merveilleuse est vraiment unique. Enfin c’est la fortune assur'ee et je suis trop pauvre pour cracher dessus et puis, d’ailleurs, je n’ai pas le choix. L’autre me l’a bien dit, il faut lui ob'eir sans discuter.

Sunds brusquement 'eteignit sa lampe.

— C’est fou, ce que je fais ! Je sais bien qu’il y a des volets pleins le long des fen^etres, mais enfin, il est inutile de faire de la lumi`ere ici. De l’ext'erieur, les gardiens pourraient la voir. D’ailleurs je ne puis rien tenter avant le jour.

Apr`es un instant de r'eflexion, l’artiste continuait son monologue :

— Le jour, en cette saison, se l`eve `a quatre heures du matin, nul ne viendra avant huit heures, j’ai donc le temps d’agir.

Il poussa un soupir et prof'era :

— Ils disaient tous cet apr`es-midi : « On en parlerait, du tableau de Rembrandt. » Ah oui sans doute, on en parlerait. Et plus encore qu’il est possible de l’imaginer.

Apr`es un silence, il ajouta :

— C’est abominable ce que je vais faire, mais il n’y a pas `a dire, aussi, c’est rigolo.

15 – LE VOL DU TABLEAU

— Est-ce que tout est fini, en 'etat, nettoy'e ?

— Oui, monsieur le Pr'esident.

— Et les catalogues illustr'es sont-ils arriv'es ?

Поделиться с друзьями: