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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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— Vous voyez ces pitons ? `A coup s^ur, c’est l’assassin qui les a mis. Maintenant supposez ceci : l’assassin connaissait l’existence des fils 'electriques. Il savait que s’il marchait sur le sol de cette pi`ece, d’abord il laisserait des traces de pas sur le sable, et ensuite il heurterait les fils tendus au travers. C’est ce qu’il ne fallait pas. Comment a-t-il donc proc'ed'e ? Voil`a o`u son ing'eniosit'e se r'ev`ele. De la porte de la galerie Nord `a la porte de la galerie Sud, il a attach'e une corde, corde qui passait au-dessus des fils 'electriques et le plus pr`es possible du plafond. Supposez maintenant qu’en entrant dans la pi`ece il fasse un r'etablissement, s’'el`eve sur la corde, s’y tienne suspendu, renvers'e, et, pour avancer, qu’il appuie les pieds au plafond. Cela suffit `a expliquer comment il n’a pas fr^ol'e les fils 'electriques, comment il n’y a pas de traces de pas sur le sable de la pi`ece, comment enfin il a pu n’^etre pas apercu de Louis Meynan alors qu’il l’attendait embusqu'e dans sa position acrobatique. Et cela parce que Louis Meynan en entrant dans la pi`ece baissait les yeux et bien 'evidemment ne songeait en aucune facon `a regarder au plafond o`u nul n’a coutume de chercher des assassins.

— Ma parole, monsieur Juve, dit Vaugreland, qui r'esuma d’un mot la situation, il n’y aurait qu’un homme capable d’avoir tent'e ce que vous venez de dire et il est inutile de le nommer.

***

… Tandis que les policiers, le directeur, n’osaient s’approcher du cadavre de Louis Meynan qui demeurait rigide, gardant dans l’immobilit'e de la mort le secret redoutable de son assassinat, Juve tirait Fandor `a l’'ecart.

Le policier, qui tout `a l’heure avait fait preuve d’un sang-froid extraordinaire, maintenant, ne pouvait plus se contenir.

Juve tremblait violemment. Juve `a son tour, pour une fois 'etait `a bout d’'energie, 'epuis'e, physiquement aussi bien que moralement :

— Fandor ?

— Juve ?

— Dis-moi, les minutes sont pr'ecieuses. Pourquoi as-tu ouvert cette porte, toi ?

— Je me suis pr'ecipit'e quand j’ai entendu appeler au secours.

— Comme moi. Au moment o`u j’ai vu Ivan Ivanovitch reculer.

— Au moment o`u vous avez vu Ivan Ivanovitch ?

Fandor venait de couper la parole `a Juve et r'ep'eta ces mots avec un tel accent d’effarement que le policier en demeura interdit.

— Sans doute, reprit-il enfin, et consid'erant le journaliste avec une mine stup'efaite. Au moment o`u j’ai vu devant moi Ivan Ivanovitch ouvrir la porte de la galerie Nord, dans laquelle je me trouvais et o`u il venait de p'en'etrer.

— Ah ca, Juve, qu’est-ce que vous dites ? Vous n’avez pas pu voir Ivan Ivanovitch dans la galerie Nord.

— Comment je n’ai pas pu voir Ivan Ivanovitch et pourquoi ?

— Pourquoi ? Mais parce qu’il 'etait avec moi dans la galerie Sud.

— Voyons, Fandor, nous sommes tous les deux victimes d’une erreur, d’un malentendu. Tu comprends bien ce que je t’ai dit ? J’ai vu Ivanovitch, je l’ai vu, de mes yeux vu dans la galerie Nord, ouvrant la porte…

— Non, non, non, cria Fandor, jamais Juve, ne me dites pas que vous avez vu cela. Vous n’avez pas vu Ivan Ivanovitch. Vous n’avez pas pu le voir pour la bonne, pour l’excellente raison qu’il 'etait avec moi, `a la porte Sud qu’il s’est pr'ecipit'e avec moi `a la porte Sud au moment o`u l’on a cri'e au secours. Vous vous ^etes tromp'e.

— Il 'etait avec toi ? dans la galerie Sud ? fais attention ? c’est grave ? Tu ne t’abuses pas ? tu ne plaisantes pas ? Dans la galerie Sud ? Mais non, tu te trompes, dans la Galerie Nord.

Les deux amis affirmaient avec une telle pr'ecision, un fait pourtant contradictoire qu’ils finirent par se regarder, g^en'es.

Qui des deux se trompait ?

Fandor brusquement prit Juve par le bras.

— Venez, fit-il. Et entra^inant le policier, il le conduisit dans la galerie Sud.

— Ivan Ivanovitch et moi, d'eclara Fandor, nous 'etions l`a, tenez, contre cette fen^etre, au moment o`u l’on a cri'e au secours. Et m^eme voil`a un bout de cigarette russe que mon voisin a jet'e.

Mais, avec la m^eme brusquerie que Fandor avait mise `a l’entra^iner, Juve attira Fandor.

— Viens.

Juve conduisit le journaliste dans la galerie Nord. Il lui montra pr`es de la porte les traces de pas qu’avait laiss'es Ivan Ivanovitch venant du jardin o`u il pleuvait en passant devant lui.

— L`a, d'eclara Juve, tu vois bien, Fandor, que je n’ait pas r^ev'e ? il a pass'e ici. Ivan Ivanovitch a bien pass'e par la galerie Nord.

— Par la galerie Sud.

Encore une minute, Juve et Fandor se consid'er`erent interdits, n’osant ajouter un mot.

Ce fut Fandor qui, avec un geste d’affolement, essaya de sortir de l’'epouvantable myst`ere.

Dans la foule, toujours 'enorme, qui se pressait dans la galerie Nord, Fandor venait d’apercevoir l’officier russe :

— Ivan Ivanovitch ? hurla le journaliste par piti'e, deux mots ?

Le ton du jeune homme 'etait si boulevers'e que le commandant du Skobeleffse pr'ecipita `a son appel.

— Qu’y a-t-il ?

Mais avant que Fandor ait eu le temps de l’interroger, Juve intervenait :

— Mon commandant, questionna Juve, o`u 'etiez-vous tout `a l’heure ? comment ^etes-vous venu ici ?

— Comment, o`u j’'etais ? je ne vous comprends pas, monsieur ?

— N’importe ! Je vous en supplie. R'epondez-moi.

— Mais votre ami a d^u vous le dire.

— Comment ? Pourquoi ?

— Dame, j’'etais avec lui.

— Vous 'etiez avec Fandor ?

— Mais oui.

— Vous n’^etes pas venu par la galerie Nord ?

— Non, je n’ai pas quitt'e la galerie Sud.

L’officier semblait de plus en plus 'etonn'e.

— Juve, vous le voyez bien ? Ce n’est pas moi qui le lui ai fait dire ? C’est vous qui vous ^etes tromp'e.

Mais Juve secoua lentement la t^ete. Se tromper ?

Croire qu’il s’'etait tromp'e ?

Non, Juve ne pouvait pas l’admettre.

Cela, c’'etait impossible. Ce n’'etait pas `a lui qu’il fallait imputer pareille m'eprise. Il avait bien vu Ivan Ivanovitch dans la galerie Nord et, quoi qu’en dise Fandor et quoi qu’en dise Ivan Ivanovitch lui-m^eme, il 'etait certain que c’'etait dans la galerie Nord que l’officier se trouvait. Que croire, alors ? Que soupconner ?

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