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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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— H'el`ene, si vous parlez de vos papiers, d'eclara Fandor, d'esesp'er'e par cette sc`ene horrible, si Juve les a pris c’est pour les prot'eger, pour vous prot'eger contre votre mis'erable p`ere. H'el`ene, laissez-moi parler `a mon tour, nous avons voulu et nous voulons encore vous sauver de votre p`ere, vous sauver de vous-m^eme.

— Vraiment.

— H'el`ene, d'eclara Fandor, nous sommes les uns et les autres victimes d’odieux malentendus, d’erreurs abominables. Voici longtemps, des mois entiers que je cherche `a vous rejoindre. Les aventures effroyables auxquelles nous avons 'et'e m^el'es, vous et moi, ont seules emp^ech'e que je mette mon projet `a ex'ecution. Reconnaissez, H'el`ene, que chaque fois que j’ai voulu vous joindre vous avez disparu. Je ne parle pas du Natal, j’'evoque des souvenirs de Paris. H'el`ene, rappelez-vous la p'eniche de l’^ile des Cygnes.

— Fandor, souvenez-vous aussi du fiacre de nuit.

— Souvenez-vous, de la police correctionnelle.

Puis comme la jeune fille s’arr^etait interdite, Fandor, plus pressant encore, insinuait doucement presque `a voix basse :

— Souvenez-vous d’avant-hier, H'el`ene, de l’apr`es-midi au Casino de Monte-Carlo. Avez-vous donc oubli'e la jeune fille en rose venue enfermer d’un tour de cl'e dans le cabinet du directeur, Juve et Fandor qui causaient avec lui ?

La fille de Fant^omas qui semblait toute 'emue de l’'evocation de ces 'ev'enements tressaillit aux derniers mots de Fandor :

— H'elas, h'elas, murmura-t-elle.

Puis incapable de r'esister plus longtemps, elle se laissa tomber dans un fauteuil, la t^ete entre ses mains :

`A quoi songeait la fille de Fant^omas ?

Dissimulait-elle des larmes d’'emotion ? cachait-elle au contraire, derri`ere ses doigts fusel'es, des regards 'etincelants de col`ere ?

Fandor, respectueux de son silence, tr`es 'emu lui-m^eme n’osait l’interroger :

Au bout de quelques temps, ce fut la jeune fille qui reprit :

— Fandor, Fandor, oublions le pass'e. Rayons de notre m'emoire tout ce qu’il peut avoir d’agr'eable ou de troublant. Certes nous sommes peut-^etre les victimes du sort, mais notre r^ole `a l’un comme l’autre n’est pas de nous pourchasser.

La jeune fille se leva. Elle alla `a Fandor les deux mains tendues, la physionomie inspir'ee. Elle sollicita, mettant toute l’intensit'e de son d'esir dans l’'etincellement de ses grands yeux :

— Il faut que vous laissiez Fant^omas, que vous ne vous occupiez plus de lui. Il faut renoncer `a le poursuivre, il faut que Juve…

Fandor hocha la t^ete, recula d’un bond :

— H'el`ene, que me demandez-vous l`a ? Est-il possible que vous songiez un seul instant `a d'efendre ce monstre.

— Ce monstre, c’est mon p`ere, fit la jeune fille en baissant la t^ete.

— L’aimez-vous donc ?

— Non, je le hais, mais c’est mon p`ere.

Fandor ne r'epondit pas directement `a la jeune fille. Il revint sur les 'ev'enements plus r'ecents. Et adroitement il interrogea :

— H'el`ene, lui demanda-t-il, pourquoi cette fuite myst'erieuse l’autre jour dans les jardins du Casino ? Pourquoi nous avoir enferm'es, car vous saviez, n’est-ce pas, que nous 'etions l`a ? Je crois comprendre, mais c’est votre p`ere, c’est Fant^omas qui dirige votre bras. Le monstre se dissimule pr`es de nous. Vous agissez sur ses ordres et les myst'erieuses attitudes que vous observez sont autant de supercheries destin'ees `a le sauver, `a nous 'ecarter de sa route. Prenez garde, H'el`ene, c’est jouer un jeu dangereux.

La jeune fille ne parut pas effray'ee de cette menace. Elle hocha doucement la t^ete, expliqua :

— Si j’ai agi de la sorte, ce n’est pas pour sauver mon p`ere, c’est pour prot'eger un innocent, Ivan Ivanovitch.

— Nous y voil`a, pensa Fandor, qui anxieusement, saisissant la balle au bond, se d'ecida `a plaider le faux pour savoir le vrai.

— Ivan Ivanovitch, fit-il, l’assassin de Norbert du Rand, l’agresseur de Juve l’autre nuit ?

Mais H'el`ene, dont le visage exprimait une profonde stup'efaction, courut au journaliste, et lui mettant les mains sur les 'epaules, d’un geste `a la fois naturel et familier, rectifia :

— Ivan Ivanovitch, l’assassin de Norbert du Rand, c’est insens'e, c’est fou, l’officier russe est innocent. C’est le plus honn^ete homme du monde, vous devriez le savoir.

— H'elas, vous avez raison, je le sais comme vous. Mais alors quel est l’auteur de tous ces crimes ? Et la mort inexplicable du d'eput'e Laurans ? Si le meurtrier n’est pas Ivan Ivanovitch, ce ne peut ^etre que Fant^omas.

— Taisez-vous, dit H'el`ene, je ne sais pas, je ne sais rien, je ne puis rien dire.

Fandor insista :

— Vous ne voulez rien dire. Il le faudra bien pourtant. Il le faut, H'el`ene, il faut que nous allions parler `a Juve, il faut que nous 'eclaircissions tout de suite, tous les deux, tous les trois, ces effroyables myst`eres.

`A ces derni`eres paroles, la fille de Fant^omas s’'etait ressaisie, elle avait recul'e `a l’extr'emit'e du salon, toute p^ale, et ses grands yeux se cernaient d’un cercle noir, tant son 'emotion 'etait grande.

Mais cette jeune fille ne se laissait pas d'emonter.

— Fandor, dit-elle un peu plus tard, vous ne m’avez pas comprise, mais peu importe. Nous ne nous verrons plus d'esormais avant longtemps. Jamais, entendez-vous, jamais je ne recevrai un ordre de qui que ce soit. Jamais je n’irai voir Juve avec vous, jamais je ne parlerai `a cet homme, et jamais, au grand jamais, je ne trahirai mon p`ere. H'elas, je vous conseillais tout `a l’heure de cesser de le poursuivre, de renoncer `a vous acharner sur ses traces, car peut-^etre qu’avec le temps, seule et libre d’agir, j’aurais pu d'eterminer Fant^omas `a s’amender, mais vous refusez ?

— H'el`ene, g'emit Fandor dont la conscience 'etait `a la torture, H'el`ene, puis-je faire autrement ? vous qui ^etes droite, noble, sinc`ere, ne m'epriseriez-vous pas J'er^ome Fandor et Juve si l’un ou l’autre acc'edait `a votre d'esir ?

— J'er^ome Fandor, reprit sur le m^eme ton, de sa voix grave et convaincante, la fille de Fant^omas, puis-je faire autrement ? et que penseriez-vous d’une fille, d’un enfant qui trahirait son p`ere ?

Il y eut un silence : ces deux ^etres si sinc`eres, si touchants l’un et l’autre, courbaient le front sous les coups brutaux de la Destin'ee.

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