La main coup?e (Отрезанная рука)
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Fandor, lorsqu’il 'etait descendu de la baleini`ere dans laquelle Ivan Ivanovitch avec sa brutalit'e toute ouralienne l’avait embarqu'e de force, avait eu la surprise de retrouver en arrivant `a terre, en la personne du commandant, un homme d’une politesse exquise, d’une obs'equiosit'e presque exag'er'ee.
L’officier s’'etait excus'e d’avoir impos'e au journaliste cette promenade et cela dans des termes tels qu’il semblait difficile de lui en garder rancune. Il avait all'egu'e un malentendu, une m'eprise.
Certes, Fandor n’'etait pas dupe de ce pr'etexte. Mais il n’osait trop rien dire et au surplus, l’officier lui annoncait qu’il allait le conduire imm'ediatement aupr`es de cette personne qu’il avait poursuivie, aupr`es de cette 'enigmatique Denise, celle-ci 'etant d'esireuse, assurait l’officier, de faire sa connaissance.
Fandor, ce soir-l`a, avait pass'e de surprises en surprises.
`A peine s’'etaient-ils approch'es de la maison des H'eberlauf, que son compagnon et lui 'etaient tomb'es dans une embuscade, avaient d^u se d'efendre contre de myst'erieux bandits.
L’officier s’'etait battu comme un lion : sur les rapides indications de Fandor, il avait m^eme port'e secours `a Juve, puis aussit^ot il avait disparu, s’enfuyant, non pas avec la pr'ecipitation d’un coupable, mais avec la discr'etion d’un homme qui veut 'eviter les effusions de sympathie et fuir les remerciements.
Juve avait cru qu’il s’agissait de tout le contraire, qu’Ivan Ivanovitch 'etait un des plus acharn'es de ses agresseurs mais Fandor savait que son ami s’'etait tromp'e.
Naturellement, la bataille et les 'ev'enements qui s’en 'etaient suivis avaient emp^ech'e Fandor de se rendre au rendez-vous de la jeune fille. Mais il avait d'ecid'e que ce n’'etait que partie remise, il s’y rendait. Le journaliste cependant 'etait perplexe. Quel allait ^etre le r'esultat de sa d'emarche ? Fandor n’'etait pas homme `a h'esiter. Apr`es avoir sonn'e `a la grille du jardin de la maison H'eberlauf, ayant remarqu'e que l’un des battants 'etait entrouvert, il avait suivi l’all'ee qui conduisait `a l’entr'ee de la maison et attendit sur le perron.
Un valet de chambre vint ouvrir :
— Que d'esirez-vous, monsieur ?
— Je voudrais parler `a M lleDenise.
Le domestique consid'era un instant le visiteur, puis, en serviteur bien styl'e, ne voulant engager personne, il d'eclara :
— Je ne sais pas si mademoiselle est visible. Si monsieur veut me remettre sa carte.
Fandor avait d’abord eu l’id'ee de se pr'esenter sous un faux nom, d’invoquer un pr'etexte quelconque pour approcher la jeune fille, mais vite il r'epugnait `a cette supercherie.
Fandor avait 'et'e introduit dans le salon du rez-de-chauss'ee, un salon assez vaste, confortablement meubl'e.
La porte s’ouvrit `a nouveau. Le domestique apparut. Le coeur de Fandor se serra. Quelle 'etait la r'eponse ?
— Si monsieur veut me suivre, dit le domestique, mademoiselle va recevoir monsieur.
Fandor aurait embrass'e cet homme pour la bonne nouvelle.
Toutefois, il ne montra rien de ses sentiments et derri`ere le valet de chambre monta au premier 'etage. On l’introduisit encore dans un autre salon, plus petit que le pr'ec'edent, plong'e dans une p'enombre discr`ete, gr^ace aux stores 'epais baiss'es sur les fen^etres.
Le journaliste attendit de courts instants, puis une porte s’ouvrit.
Quelqu’un apparut.
C’'etait Denise, M lleDenise, `a la silhouette blonde, fine, gracieuse.
Fandor qui lui tournait le dos `a ce moment se retourna tout d’une pi`ece en entendant le froufroutement soyeux de la jupe.
Mais lorsqu’il vit son interlocutrice, lorsqu’il se trouva en pr'esence de la jeune et jolie personne dont, trois jours auparavant, il n’avait apercu que le bout de la robe rose, il faillit d'efaillir.
Il se sentit devenir bl^eme, et fut incapable d’esquisser le moindre mouvement.
Ses l`evres balbuti`erent, puis soudain il g'emit plut^ot qu’il ne dit :
— H'el`ene !
La fille de Fant^omas.
Celle que J'er^ome Fandor avait arrach'ee `a son p`ere, celle que le monstre avait poursuivie sans que l’on p^ut jamais savoir exactement quel sentiment animait l’insaisissable bandit `a l’'egard de son enfant ?
Apr`es le Natal, Fandor avait revu la fille de Fant^omas `a Paris et cela dans des situations si invraisemblables et pendant des instants si courts, si rapides, qu’il n’avait pas eu le temps de s’expliquer avec la jeune fille.
— Je vous 'ecoute, monsieur, dit la fille de Fant^omas, d’une voix qu’elle s’efforcait de rendre calme, mais sa physionomie soulignait le ton de sa voix et ses yeux lancaient des 'eclairs.
Vraiment la fille de Fant^omas 'etait superbe `a voir ainsi.
— H'el`ene, mademoiselle, vous aviez d'esir'e me voir l’autre soir…, peut-^etre ^etes-vous au courant des 'ev'enements qui m’ont emp^ech'e de me rendre `a votre appel…
— Je ne sais rien, que voulez-vous ?
La jeune fille se tenait toute droite, fr'emissante `a l’entr'ee du salon. Elle n’avait pas invit'e Fandor `a s’asseoir.
La fille de Fant^omas reprit :
— Si j’ai manifest'e l’intention de vous recevoir, monsieur, c’est contre ma volont'e, je n’aurais pas d^u, je ne dois pas vous voir, vous m’^etes odieux. J'er^ome Fandor, vous avez voulu venir, vous avez tenu `a me rencontrer, eh bien, 'ecoutez : s’il est un ^etre abject et mis'erable, l^ache et faux, s’il est un homme qui oublie ce qu’on a fait pour lui et qui rend le mal pour le bien, bassement, hypocritement, c’est vous.
— H'el`ene, hurla Fandor, qui avait bl^emi sous l’insulte.
Mais la jeune fille poursuivit, autoritaire et rude :
— C’est comme cela. Je vous ai tir'e d’affaire autrefois, jadis, lorsque nous 'etions au Natal. Oh, ce n’est pas pour l’unique d'esir de faire le bien, je l’avoue `a ma honte, c’est parce que je vous aimais. Je vous aimais, oui sans doute. En 'echange, vous m’avez traqu'ee, poursuivie, j’ai 'et'e la victime de votre complice, car comment d'esigner autrement un homme tel que Juve qui, au m'epris de l’honneur et de toutes les lois sacr'ees de l’intimit'e, s’empare de documents, de pi`eces et de titres qui ne lui appartiennent pas ?