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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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Fandor ne broncha pas, et maintenant la barre de sa main gauche, afin de continuer `a orienter le bateau vers la terre, il d'eclara froidement :

— Je voulais pr'ecis'ement vous d'ecider `a ne pas retourner `a votre bord.

— Pourquoi ? C’est impossible.

— Il le faut pourtant.

— J’ai des ordres que je ne puis enfreindre.

Paroles singuli`eres qui surprenaient Fandor.

— Des ordres, interrogea-t-il, je vous croyais commandant et ma^itre `a bord de votre navire, ma^itre absolu, apr`es Dieu ?

— Je le suis en effet.

— Alors ?

Ivan Ivanovitch se mordit la l`evre.

Peut-^etre avait-il trop parl'e ; en tout cas, il venait d’'eveiller un soupcon dans l’esprit de Fandor.

'Etait-ce bien Ivan Ivanovitch que le journaliste avait en face de lui ? 'etait-ce le v'eritable commandant du navire ?

La question qu’il se posait depuis quelques heures d'ej`a, car plus il y songeait et moins il pouvait croire `a la duplicit'e de Juve, 'etait la suivante : « L’officier russe avait-il un complice ? un sosie ? un double ? n’'etaient-ils pas deux ? »

Si Fandor, au Casino, s’'etait trouv'e en pr'esence du v'eritable officier, n’'etait-il pas d'esormais face `a face avec un faux commandant ?

Oh, le journaliste n’h'esita pas une seconde.

Avant que son passager e^ut pu faire un geste il prit son revolver et le braqua sur lui.

— Pas un mouvement, pas un geste, dit-il ou vous ^etes mort.

— Fandor, s’'ecria l’officier.

— Ou vous ^etes mort, r'ep'eta le journaliste.

Cependant que le malheureux commandant n’osait remuer, n’osait faire un mouvement, convaincu qu’il 'etait tomb'e dans un guet-apens, ou que son interlocuteur 'etait subitement devenu fou, J'er^ome Fandor pr'ecisa :

— Vous pouvez vous rassurer, d’ailleurs, mon commandant ; je ne vous veux pour le moment, aucun mal, mais j’estime indispensable de m’assurer de votre personne afin de savoir exactement o`u elle se trouvera pendant un laps de temps `a d'eterminer ult'erieurement. Je ne suis pas f^ach'e non plus de vous rendre la monnaie de votre pi`ece et de vous procurer le plaisir d’une promenade semblable `a celle que vous m’avez si aimablement offerte il y a quelques jours. J’ajoute enfin qu’il me pla^it assez de contrecarrer le projet qui semble vous tenir le plus au coeur.

— Que voulez-vous dire ? haleta l’officier, qui malgr'e la col`ere qui grondait en lui n’osait faire un mouvement, maintenu qu’il 'etait immobile sous la menace du revolver et sentant que par derri`ere lui le complice de son agresseur – car c’'etait une v'eritable agression – l’homme qui tenait les avirons 'etait pr^et `a se pr'ecipiter sur sa personne.

Fandor, toujours sur ses gardes, pr'ecisa encore :

— Je suis fort satisfait, disait-il, de vous emp^echer de remonter `a bord de votre navire. Cela non pas par pur d'esir de vous contrarier, mais pour vous voir enfreindre les ordres qui vous ont 'et'e donn'es et que vous semblez si d'esireux d’ex'ecuter.

— Monsieur Fandor, g'emit l’officier, vous ne pouvez pas vous rendre compte de l’effroyable position dans laquelle vous me mettez en m’emp^echant de rejoindre mon bord, vous m’imposez la situation la plus terrible qui soit au monde.

— Le Skobeleffne court, j’esp`ere, aucun danger et peu importe au gouvernement russe, en fin de compte, que vous soyez ou non sur votre navire avant la fin de cette nuit.

— Qu’en savez-vous ? demanda le Russe.

— Je sais, poursuivit Fandor qui avait de la m'emoire, qu’il y a quelques heures au Casino, tenez, pr'ecis'ement, lorsque nous causions dans la galerie Sud, avant la mort de ce pauvre Meynan, vous m’avez d'eclar'e que peut-^etre vous iriez ce soir coucher `a l’h^otel et qu’en tout cas rien ne vous obligeait `a regagner votre bateau avant l’apr`es-midi de demain.

Ivan Ivanovitch, de plus en plus troubl'e baissa la t^ete. Apr`es un silence, il balbutia :

— Les circonstances ont modifi'e mes plans, les choses ont chang'e depuis…

— Allons donc, cria Fandor, ayez un peu de courage, expliquez-vous franchement, dites la v'erit'e, la v'erit'e vraie : qui ^etes-vous ?

Fandor esp'erait du fond du coeur qu’`a la question ainsi pos'ee, il obtiendrait enfin une r'eponse d'efinitive et cat'egorique.

L’officier qui avait commenc'e `a d'eclarer qu’il ne mentait pas, s’'etait interrompu brusquement lorsque Fandor lui avait demand'e :

— Qui ^etes-vous ?

L’officier regarda alors le journaliste avec un air de si profonde stup'efaction, un 'etonnement si sinc`ere que Fandor, `a regret d’ailleurs dut abandonner la derni`ere hypoth`ese qu’il avait formul'ee, `a savoir que le personnage qu’il avait devant lui n’'etait pas Ivan Ivanovitch.

Les yeux du journaliste, d’ailleurs, s’'etaient habitu'es `a l’obscurit'e, il n’y avait pas le moindre doute possible, c’'etait bien l’officier russe qui se trouvait devant lui.

Mais alors, que signifiait ce myst`ere ? et quels 'etaient les sous-entendus que contenaient ses d'eclarations perp'etuellement tronqu'ees ?

Cependant l’embarcation raclait le fond et Bouzille se servant d’un aviron comme d’une gaffe accostait doucement :

— Eh bien, fit-il en poussant un soupir de satisfaction, nous voil`a revenus `a la c^ote, m^eme que nous avons gagn'e cinq cents m`etres et que l’on est tout pr`es de chez moi.

Cette remarque dicta sa ligne de conduite `a Fandor.

— Commandant, fit Fandor, je vous demande un peu de patience. Vous 'etiez mon prisonnier sur mer. Vous l’^etes encore ici, promettez-moi d’ob'eir, c’est dans notre int'er^et mutuel que j’agis.

Le Russe, `a ce moment, jugea l’instant propice : il sauta `a terre, d’un coup de poing violent renversa Fandor au fond de la barque cependant que le revolver du journaliste roulait sur un rocher.

— Nom de Dieu, s’'ecria Fandor qui ne s’attendait point `a cette brusque attaque et se d'esesp'erait surtout, non pas tant d’avoir 'et'e surpris que de voir l’officier lui 'echapper.

Mais le journaliste en raisonnant ainsi oubliait Bouzille.

Le brave chemineau avait compris les intentions du commandant. Celui-ci voulait en effet remonter dans la barque, en chasser Fandor, au besoin le jeter `a l’eau si c’'etait n'ecessaire, puis il se serait 'elanc'e tout seul en pleine mer pour regagner co^ute que co^ute son navire conform'ement `a son imp'erieux d'esir, conform'ement aux ordres, aux ordres myst'erieux.

Bouzille eut une heureuse inspiration.

Il prit une corde d'ependant de son filet de p^eche, il la lanca comme un lasso et avec une extraordinaire habilet'e, en l’espace d’une seconde, ligota l’officier.

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