Чтение онлайн

ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
Шрифт:

— Chez vous ? interrompit l’homme, ^etes-vous donc le directeur ?

— Je suis le directeur, affirma M. de Vaugreland.

L’extraordinaire visiteur se croisa les bras sur la poitrine, regarda autour de lui, hocha la t^ete comme s’il se f^ut parl'e `a lui-m^eme, et l^acha na"ivement :

— Eh bien, si cela est vrai, c’est plus extraordinaire que tout.

M. de Vaugreland, toujours debout devant cet intrus, demeurait sans r'epondre, attendant une explication. Cependant, il avait reconnu la personnalit'e qui se trouvait devant lui : Ivan Ivanovitch, commandant du cuirass'e russe Skobeleff, qui quelques jours auparavant, avait mouill'e en rade de Monaco.

Que pouvait bien lui vouloir ce robuste marin, dont la face de brave homme, dont le visage embroussaill'e de barbe hirsute semblait tortur'e par une incompr'ehensible et singuli`ere 'emotion ?

Ivan Ivanovitch soufflait comme un boeuf. Ses v^etements 'etaient en d'esordre. De grosses gouttes de sueur perlaient `a son front et comme il n'egligeait de les 'eponger, elles tombaient dans les poils de sa barbe saupoudr'ee de cendre de tabac.

M. de Vaugreland interrogea doucement :

— Il me semble, mon commandant, vous avoir d'ej`a entendu tout `a l’heure. N’est-ce pas vous qui faisiez ce bruit dans les couloirs de l’administration ? Je vous serais oblig'e de bien vouloir m’expliquer pourquoi ?

L’officier russe, d’un formidable coup de poing sur le bureau, coupa la parole du directeur :

— Je me demande, monsieur, hurla-t-il, ce que signifie cette plaisanterie, et si l’on se fiche de moi ?

— Que voulez-vous dire, monsieur ?

— Je veux dire, monsieur, que voil`a plus d’une demi-heure que je cherche `a voir le directeur avec lequel je me suis entretenu hier soir et que l’on me met en pr'esence de divers personnages que je ne reconnais pas.

— Il n’y a qu’un seul directeur, r'epliqua hautainement M. de Vaugreland ; il n’y a qu’une seule personne qui soit autoris'ee `a prendre ici cette qualit'e, monsieur, c’est moi, or, je n’ai pas eu l’honneur de vous rencontrer la nuit pass'ee.

— Si ce n’est pas vous, reprit l’officier russe, c’est quelqu’un d’autre. C’est un directeur.

— Non, monsieur…

— Si, monsieur, c’est un directeur, pour cette bonne raison qu’il dispose d’une puissance morale et m^eme mat'erielle que j’ai d’ailleurs eu l’occasion d’appr'ecier. Voulez-vous me mettre en pr'esence de cette personne ?

De plus en plus intrigu'e, M. de Vaugreland commencait `a croire que le Russe se moquait de lui.

— Voyons, mon commandant, dit le directeur, je ne doute pas qu’il ne s’agisse d’un malentendu dont nous sommes, vous et moi, les victimes. Faites, je vous en prie, un retour sur vous-m^eme. Efforcez-vous de m’indiquer nettement les motifs qui vous am`enent ici. Dites-moi ce dont il s’agit et je t^acherai de vous rendre service.

Ivan Ivanovitch resta quelques instants sans r'epondre, puis son visage s’'eclaira :

— Parbleu, grommela-t-il, si ce n’est pas le directeur que j’ai vu, ce doit ^etre le caissier.

Il poursuivit :

— Monsieur de Vaugreland, – permettez-moi de vous appeler par votre nom – car je me perds dans tous les titres, rien ne ressemblant plus `a un directeur qu’un autre directeur… Donc, monsieur de Vaugreland, voulez-vous me faire mettre en pr'esence du caissier qui se trouvait de service hier soir, vers onze heures et demie ou minuit dans le bureau que j’apercois par cette porte entreb^aill'ee ?

Et Ivan Ivanovitch d'esignait du doigt une petite pi`ece exigu"e, mais coquette, qui communiquait avec le bureau directorial.

M. de Vaugreland, de plus en plus r'esign'e `a ne pas comprendre, consultait un registre : Il fit signe et dit `a un huissier :

— Descendez dans les salons et priez, si possible, M. Louis Meynan de monter.

— M. Louis Meynan, ajouta-t-il, en se tournant vers l’officier, est l’employ'e de la caisse qui 'etait l`a hier soir `a onze heures et demie.

Il ajoutait encore :

— Pour quel motif d'esirez-vous le voir ?

— Je le dirai en sa pr'esence.

M. Louis Meynan monta quelques instants plus tard. Ivan sauta sur l’employ'e :

Il l’examina d’un regard curieux, d’un oeil inquisiteur, mais au bout de quelques secondes, il haussa les 'epaules, l^acha un juron :

— Ca n’est pas lui.

L’officier s’arr^eta devant M. de Vaugreland :

— Vous ^etes le directeur, n’est-ce pas ? vous ^etes bien le directeur ?

— Je vous l’ai d'ej`a dit, monsieur, r'epondit M. de Vaugreland.

— C’est bien, poursuivit le Russe, alors, 'ecoutez : Vous savez peut-^etre que, la nuit derni`ere, apr`es avoir perdu pas mal d’argent, je suis mont'e dans vos bureaux ; je n’ai rencontr'e personne au premier abord, mais finalement je me suis trouv'e en pr'esence d’un monsieur qui m’a d'eclar'e « ^etre le directeur ». Je lui ai dit, hum… ce que j’avais `a lui dire. Il est inutile, n’est-ce pas, que je revienne sur ces incidents ? par son rapport, votre subordonn'e, – car c’'etait 'evidemment l’un de vos subordonn'es, a d^u vous mettre au courant de ce qui s’'etait pass'e.

« Donc l’argent que vous avez bien voulu m’avancer, – j’ai recu ce matin trois cent mille francs du Casino, – je vous le rapporte, voici les billets, prenez-les, monsieur, comptez.

L’officier russe achevait cette d'eclaration en fouillant dans la poche gauche de son smoking. Il en tira une liasse de billets de banque qu’il tendit au caissier. Mais celui-ci refusait de les prendre, interrogeait du regard M. de Vaugreland, son chef.

Celui-ci demanda `a son employ'e :

— Est-ce vous, monsieur Louis Meynan, qui avez pr^et'e cette somme au commandant ?

— Pas le moins du monde, r'epliqua l’employ'e en souriant, je suis d’ailleurs arriv'e au bureau hier soir `a onze heures trois quarts, je n’ai vu personne, je n’ai 'et'e l’objet d’aucune requ^ete de ce genre.

M. de Vaugreland poursuivit :

— Nous ne savons pas du tout ce que vous voulez dire, monsieur. L’employ'e ici pr'esent ne vous conna^it pas, nos livres de compte ne font mention d’aucun pr^et, d’aucun versement, et vous-m^eme d'eclarez ne pouvoir reconna^itre la personne de l’administration qui vous aurait pr^et'e cette somme. Je vous disais tout `a l’heure qu’il y avait malentendu, j’ajoute qu’il doit y avoir erreur ou confusion de votre part.

Поделиться с друзьями: