ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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— J’ai compris. Vous auriez bien tort de bavarder sur cette question, car vous pouvez ^etre tranquilles, ce n’est pas moi qui vous ferai du tort.

Bec-de-Gaz, voyant que l’implacable bandit temporisait, emp^echa la m`ere Toulouche d’insister :

— Mais oui, m`ere Toulouche, dit-il, d’un ton conciliant, tu vois bien que Fant^omas est sinc`ere. Tenons-nous tranquilles pendant deux jours, comme on l’a propos'e. D’ici l`a, le patron est bien assez costaud pour sortir Mirette et les copains de la t^ole, comme il nous en a sortis. Il s’en ira lui-m^eme avec la bonne galette du marquis de Tergall, et d`es lors, on s’arrangera tous ensemble. Pas vrai, Fant^omas ?

Fant^omas avait acquiesc'e, serr'e les mains des deux bandits, puis 'etait revenu `a pas pr'ecipit'es, dans la direction du Palais de Justice.

— Ah les salauds, grommelait-il, ils veulent me faire chanter, je suis dans une situation telle qu’il m’a fallu leur donner l’impression que je c'edais `a leurs menaces. Mais rira bien qui rira le dernier. Ce n’est pas impun'ement que l’on tient t^ete `a Fant^omas. Et je crois que ces pygm'ees ont voulu se mesurer avec le G'eant. Soit. Il leur en co^utera chaud. La vengeance de Fant^omas sera formidable.

Tout en nourrissant ainsi de funestes projets, le faux magistrat arrivait au Palais de Justice, avait p'en'etr'e dans son cabinet.

— Monsieur le juge, d'eclara en se levant, le brave commis-greffier Croupan, ils sont arriv'es, ils sont l`a.

— Ils sont l`a ? qui donc, expliquez-vous, que diable !

— Mais, je croyais que vous le saviez, monsieur Pradier, ce sont les bandits de l’autre jour que l’on a rattrap'es, vous savez bien, ceux qui, la nuit derni`ere, ont fait 'evader Fant^omas, mais qu’on a fort heureusement pu arr^eter.

— Bon, nous allons proc'eder imm'ediatement `a leur interrogatoire.

Quelques instants plus tard, dans le cabinet du juge instructeur, au milieu duquel Fant^omas, s’'etant compos'e un visage impassible, si'egeait avec la dignit'e convenable, deux gendarmes introduisaient ceux qu’ils avaient arr^et'es la nuit pr'ec'edente.

Fant^omas leva les yeux sur les repr'esentants de l’autorit'e, leur d'esignait de la main deux si`eges, pour y faire asseoir leurs prisonniers.

Il parcourut des yeux le proc`es-verbal r'edig'e par l’un des deux gendarmes et, ayant achev'e sa lecture, il commenca son interrogatoire…

— Je r'esume les faits, commenca-t-il :

« Les gendarmes ici pr'esents, qui avaient pour mission d’amener `a Saint-Calais un d'etenu confi'e par la police belge aux autorit'es francaises, ont 'et'e victimes d’un guet-apens, d’une attaque au cours de laquelle ils ont laiss'e 'echapper l’individu confi'e `a leur garde, lequel s’est sauv'e et n’a pu ^etre repris, individu que l’on d'esigne, d’ailleurs, sous le nom de Fant^omas.

« … Par contre, les deux gendarmes ici pr'esents, s’ils n’ont pas pu rattraper leur prisonnier, se sont empar'es des deux complices qui l’ont fait 'evader, et ils ont amen'e lesdits complices `a Saint-Calais. Ce sont ces deux hommes qui se trouvent d'esormais en notre pr'esence, dans notre cabinet de juge d’instruction. »

Ayant achev'e, Fant^omas leva les yeux sur les deux gendarmes et les consid'era ; c’'etait qu’en effet le sinistre bandit avait soudain le pressentiment tr`es net que les visages de ces hommes ne lui 'etaient pas inconnus. Assur'ement, ces gendarmes n’'etaient pas des gendarmes ordinaires. Il avait vu leurs yeux quelque part, dans d’autres circonstances, et cependant qu’il les examinait, Fant^omas avait l’impression que les repr'esentants de la mar'echauss'ee le consid'eraient aussi avec une insistance 'etrange.

Cependant, gr^ace `a la disposition de son bureau, le faux magistrat se trouvait plac'e `a contre-jour, tandis qu’au contraire les gendarmes 'etaient 'eclair'es en plein visage. Fant^omas, d’ailleurs, ne redoutait pas d’^etre reconnu. Il avait une telle habilet'e dans l’art du maquillage que rien du juge Pradier qu’il incarnait en ce moment ne ressemblait de pr`es ou de loin au personnage de Fant^omas qu’il 'etait en r'ealit'e. Les gendarmes, d’ailleurs, ne sourcillaient point.

Soudain, Fant^omas fit un faux mouvement et renversa son encrier.

Le commis-greffier se pr'ecipitait, r'eparant en h^ate le d'esordre que l’'epanchement de l’encre avait d'etermin'e sur le bureau. Fant^omas, une seconde, avait failli manquer de sang-froid. Il avait enfin reconnu les deux gendarmes qui se trouvaient en face de lui. Cela, il en 'etait s^ur. Ces deux gendarmes n’'etaient autres que les deux agents de la S^uret'e L'eon et Michel qui, quelques semaines auparavant, s’'etaient si activement acharn'es `a sa poursuite depuis Bruxelles jusqu’`a Nantes et qu’il n’avait pu d'epister `a partir de Saumur qu’en commettant le crime auquel il devait d'esormais d’occuper la place o`u aurait d^u se trouver le vrai Pradier, son infortun'ee victime.

Fant^omas se demandait avec anxi'et'e pourquoi ces inspecteurs 'etaient d'eguis'es en gendarmes, comment il se faisait que des hommes aussi habiles qu’eux avaient pu se laisser arracher leur prisonnier par des gaillards aussi m'ediocres que B'eb'e et l’'El`eve ? L'eon et Michel n’avaient-ils pas volontairement lib'er'e l’homme qu’on extradait de Louvain et, d`es lors, une fois de plus, le bandit cherchait `a deviner quel pouvait bien ^etre cet homme ?

Tr`es s'erieusement, `a ce moment, Fant^omas, qui sentait que la situation se compliquait de plus en plus, songea `a s’enfuir brusquement. Il avait presque peur, il avait l’impression de se trouver au centre d’un 'enorme filet invisible dont les mailles, peu `a peu, se resserraient autour de lui. Partir, sans doute rien n’'etait plus facile, mais que devenir ? Comment vivre ?

Une heure auparavant, le bandit, harcel'e par les menaces de Bec-de-Gaz et de la Toulouche, leur avait remis les quelques centaines de francs qu’il avait sur lui, il 'etait sans argent. Certes, au greffe, les deux cent cinquante mille francs repris `a Rosa 'etaient `a sa disposition en tant que juge, mais quel pr'etexte invoquer pour se les faire d'elivrer `a l’instant m^eme ? Et, d’autre part, il y avait encore pour lui cinq cent mille francs `a toucher le lendemain, les cinq cent mille francs de la marquise de Tergall. Avec les bijoux rendus par le cadavre de Ribonard, et qu’il pourrait 'egalement retirer du greffe s’il en avait le temps, Fant^omas aurait un million `a sa disposition ; d`es lors, il pourrait fuir, mais il fallait gagner quelques heures, attendre le lendemain. Co^ute que co^ute, il fallait arriver au lendemain. En l’espace d’une seconde, Fant^omas avait envisag'e la situation. Certes, elle 'etait compliqu'ee, presque inextricable, mais d'esesp'er'ee, non. Apr`es tout, il avait l’avantage.

Certes, il ne savait pas `a quelle fin L'eon et Michel s’'etaient d'eguis'es en gendarmes, mais il les avait reconnus, tandis que les inspecteurs de la S^uret'e n’avaient pas d'ecouvert que le juge d’instruction devant lequel ils amenaient leurs pi`etres captures n’'etait autre que Fant^omas. Et Fant^omas, jouant avec plus d’aplomb encore son r^ole de magistrat, commenca l’interrogatoire, sans plus s’inqui'eter d'esormais des policiers :

— Vos nom, pr'enoms, qualit'e, domicile ? demanda-t-il, jetant un regard s'ev`ere sur B'eb'e.

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