ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
Шрифт:

— Bien entendu, B'eb'e, t’occupe pas des d'etails. Jaspine-moi plut^ot c’que t’as fini par d'ecider.

On arrivait en gare de Connerr'e.

Il 'etait `a peu pr`es onze heures et demie, rares 'etaient les voyageurs qui attendaient le rapide de Paris.

Or, tandis que les rares personnes qui pensaient prendre le rapide de Paris faisaient les cent pas, luttant p'eniblement contre le froid et la pluie sur le quai, deux nommes, `a une centaine de m`etres de la gare, venaient d’enjamber la haie longeant la voie et se dirigeaient, ainsi que l’avait propos'e l’un d’eux, vers un wagon de marchandises qui allait leur servir `a la fois `a se dissimuler et `a se mettre `a l’abri.

Ces deux hommes n’'etaient autres que B'eb'e et l’'El`eve, les deux envoy'es de Fant^omas, charg'es de faire 'evader, puis de tuer Juve, Juve arrivant entre les deux gendarmes de la prison de Louvain.

Comment 'etaient-ils l`a ?

— Jaspine-moi donc ton plan, r'ep'etait l’'El`eve, qui, tout comme son compagnon B'eb'e, venait de s’'etendre `a m^eme le ballast, sous le wagon de marchandises d’une voie de garage.

B'eb'e ne se fit pas prier. Il 'etait d’ailleurs tr`es fier de la facon dont il avait combin'e l’ex'ecution des ordres de Fant^omas.

— Mon vieux, r'epondait-il, j’m’en vas te cracher la chose en deux secs et raide comme balle encore. Tu vas voir si c’est du fumier de moineau, et si on est `a la hauteur, quand y s’agit d’travailler.

— Vas-y, jaspine.

— Mon vieux, sit^ot l^ach'e par Fant^omas, par ce vieux copain de juge d’instruction, je me suis dit : « Faut que je me rancarde ». Bon 'ecoute voir comme j’ai 'et'e malin. Y avait `a Saint-Calais le journaleux J'er^ome Fandor. J’ m’abouche avec lui, je lui paie une fine, il m’en paye une autre. Bref, mon vieux, sans avoir l’air de rien, j’obtiens tous les renseignements que je voulais. « Fant^omas, qu’il m’a dit, va arriver ici venant de Paris. Il arrivera soit par le train de onze heures, soit au train de onze heures trente. » S’il arrive par l’express d’onze heures, ma foi, mon poteau, les gendarmes le feront descendre. Il prendra la correspondance du train de Saint-Calais et nous n’aurons qu’`a nous d'ebrouiller pour le faire filer et le zigouiller, entre Connerr'e et Saint-Calais. S’il arrive, au contraire, par le train de onze heures trente, c’est-`a-dire s’il n’est pas dans le train de onze heures, comme il n’y aura plus de correspondance pour Saint-Calais, les gendarmes le conduiront jusqu’au Mans, o`u il passera la nuit. D’o`u demain matin, on le dirige sur Saint-Calais. Dans ce cas, mon vieux poteau, faudra que nous l’'evadions, soit ce soir avant qu’il arrive au Mans, soit demain, dans le trajet du Mans `a Saint-Calais. T’as compris ?

— C’est bon. T’es bien renseign'e, seulement on ne sait pas avec tout ca si ca sera bien commode pour le tirer des gendarmes.

— Oh ca va bien, pour ce qui est de le faire 'evader, c’est pas la mer `a boire, mon vieux, puisqu’on se fout d’^etre arr^et'es, 'etant donn'e qu’on sera conduits devant Fant^omas, pardon, devant m’sieur Pradier, et que ca sera comme qui dirait une arrestation pour la frime.

Du train de onze heures, nul prisonnier, nul gendarme n’'etait descendu. Il 'etait maintenant onze heures vingt. B'eb'e, qui sommeillait toujours 'etendu `a c^ot'e de l’'El`eve, sous le wagon de marchandises, r'eveilla son copain :

— H'e l’'El`eve, faudrait voir `a radiner maintenant vers la station. Puisqu’y avait personne dans le train de onze heures, nous sommes s^urs de le trouver dans le onze heures trente, on a pus que dix minutes, faut se grouiller, mon vieux.

En effet l’'El`eve et B'eb'e r'eussissaient tout juste `a parvenir sur les quais de la gare de Connerr'e, 'etant oblig'es de faire un long d'etour pour ne point ^etre remarqu'es des employ'es de la station, car le rapide de onze heures trente apparaissait au loin. Il entrait en gare. Il s’arr^etait, crachant la vapeur, sifflant, s’'epoumonant, et soudain emplissant de vie et de mouvement la petite station, quelques minutes auparavant d'eserte et silencieuse.

— Magne-toi, hurla B'eb'e `a l’'El`eve, tout en courant le long du convoi. Faut qu’on zyeute le wagon ousque sont les gendarmes. Histoire de monter dans le compartiment d’apr`es. On fera le coup en pleine marche, en passant `a contre-voie.

Les deux apaches coururent `a perdre haleine, le long du rapide, et puis soudain. B'eb'e empoigna l’'El`eve, le jeta de force presque dans un coin d’ombre de la gare.

— H'e pas de blague, zyeute-moi ca. V’l`a les pandores qui se gourent.

Du doigt, B'eb'e d'esignait `a l’'El`eve, qui ne comprenait plus rien `a l’aventure, deux gendarmes occup'es `a faire descendre un prisonnier d’un wagon de seconde classe.

— Tiens, mon poteau, continuait B'eb'e, c’est du nanan pour nous, tu comprends l’histoire, les gendarmes se gourent, mon vieux, que j’te dis, ils font descendre leur Fant^omas ici, en s’imaginant qu’il y a encore une correspondance pour Saint-Calais. Mon vieux, quand le rapide va ^etre parti, ils vont ^etre en carafe dans le patelin, et si jamais ils ont l’id'ee de s’en aller `a pied, tu parles qu’on aura des facilit'es pour r'eussir notre combine.

B'eb'e avait-il devin'e juste ?

Tandis que l’'El`eve, qui avait l’esprit lent, r'efl'echissait aux paroles de son complice, tandis qu’il serrait dans sa poche, d’une main qui tremblait un peu, la crosse d’un revolver tout neuf, cadeau du juge Charles Pradier, le rapide, apr`es s’^etre immobilis'e quelques instants dans la gare de Connerr'e, d'emarrait, s’enfuyait `a nouveau.

Et alors, tout comme l’avait pr'evu B'eb'e, les deux gendarmes empoign`erent chacun par un bras leur prisonnier, sortirent de la gare et d’un pas m'ethodique, grave, lent, s’'eloign`erent sur la route d'eserte qui va de Connerr'e `a Saint-Calais.

— 'Evidemment, murmurait B'eb'e `a l’oreille de l’'El`eve, 'evidemment, mon vieux, ces types savent qu’ils ont manqu'e la correspondance. Ils s’appr^etent `a rejoindre `a pinces leur destination. Cavalons sur leurs chausses. Tu parles qu’on va rigoler.

On devait rigoler, en effet.

Une demi-heure plus tard, B'eb'e et l’'El`eve, usant de ruses savantes, ayant suivi les deux gendarmes et le prisonnier, se concertaient du regard :

— V’l`a l’instant, v’l`a le moment, dit B'eb'e.

De fait, l’endroit 'etait d'esert ; gendarmes, prisonnier et apaches se trouv`erent en plein champ le long d’une route obscure. On voyait mal, car la nuit 'etait noire, le ciel bas et il pleuvait `a torrents.

— Marche, dit B'eb'e.

— Allons, dit l’'El`eve.

Les deux apaches, de plus en plus, s’'etaient rapproch'es, et tout `a coup les deux gendarmes se retournaient :

— Tu y es, B'eb'e ?

— J’y suis.

Avant que les dignes serviteurs de l’ordre eussent eu le temps de se reconna^itre, l’'El`eve et B'eb'e s’'etaient 'elanc'es, leur sautaient `a la gorge :

— `A bas les gendarmes.

— Mort aux flics.

Certes, `a ce moment, les deux lieutenants de Fant^omas ne doutaient pas de la victoire. Tombant `a l’improviste sur les deux pandores, ils allaient, pensaient-ils, les r'eduire `a l’impuissance en moins de rien.

Ils se trompaient.

`A peine les deux crapules s’'etaient-elles 'elanc'ees en effet, le couteau `a la main, pr^ets `a un massacre qui plaisait `a leurs instincts sanguinaires, que les deux gendarmes, d'ej`a, se retournaient, sur la d'efensive.

Поделиться с друзьями: