ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
Шрифт:

Le jeune apache n’'etait aucunement 'emu de se trouver en pr'esence de ce juge dont il ne redoutait rien (car B'eb'e avait une confiance aveugle dans le sinistre bandit qui incarnait pour lui la divinit'e du crime). Et B'eb'e, fier de montrer `a Fant^omas qu’il savait, `a l’occasion, se conduire en homme intelligent, r'epondit, avec un profond respect, comme s’il se f^ut agi d’un v'eritable magistrat :

— Monsieur le juge m’excusera, mais j’ai jamais eu de parents, et on ne me conna^it pas sous un autre nom que celui de B'eb'e. Vous pouvez mettre ca sur votre papier. Quant `a mon ^age, il doit varier entre huit et soixante-quinze ans.

Fant^omas, poursuivant la com'edie, s’adressa aux gendarmes :

— Vous n’avez pas d’autres renseignements sur l’identit'e de cet individu ?

Michel r'epondit :

— Ma foi, non, monsieur le juge d’instruction, il doit dissimuler son nom, et nous ne le connaissons pas.

L’interrogatoire se poursuivit, tr`es pr'ecis en apparence, mais en fait, tr`es vague. Fant^omas menait adroitement son enqu^ete, ne faisant dire `a B'eb'e et `a l’'El`eve que des choses sans importance. Il br^ulait toutefois de leur poser une question : Qu’'etait devenu le myst'erieux prisonnier qu’ils avaient fait s’'evader de la gare de Connerr'e ? Il 'etait douteux qu’ils eussent r'eussi `a le tuer comme Fant^omas l’avait recommand'e, mais peut-^etre savaient-ils quel 'etait cet homme, et pouvaient-ils fournir `a Fant^omas, tout en ayant l’air de r'epondre au juge d’instruction, des renseignements int'eressants.

— B'eb'e, interrogea le faux juge, l’acte que vous avez commis ne me para^it gu`ere excusable. Connaissiez-vous donc le prisonnier qu’emmenaient les gendarmes, que vous avez os'e vous porter `a son secours et que vous avez entrepris de lui faciliter sa fuite ? R'epondez sinc`erement et il vous sera tenu compte de vos aveux.

— M’sieu le juge, r'epondit B'eb'e en affectant un air hypocrite, mais en clignant de l’oeil du c^ot'e de Fant^omas pour bien lui faire comprendre qu’il fallait faire attention `a ce qu’il allait dire, monsieur le juge, je vas vous parler en toute sinc'erit'e. Voil`a l’histoire. Depuis quelques jours, on attendait un copain qui devait finir de tirer son temps `a la prison de Chartres et on se disait : Il va revenir dans la r'egion parce qu’il sait que nous y sommes. Pr'ecis'ement, hier soir, on 'etait aux environs de Connerr'e et on parlait de lui lorsque tout d’un coup l’'El`eve me dit comme ca : « Regarde donc, B'eb'e, on dirait que c’est Julot. » « Julot ? que je lui r'eponds, et o`u donc ? » L’'El`eve, alors, monsieur le juge, me d'esigne un groupe de trois personnes et je reconnais en effet l’une d’elles qui ressemblait `a notre ami Julot. Pr'ecis'ement, cet homme 'etait en train de se d'ebattre entre deux individus qui le maintenaient. Nous autres, sans r'efl'echir plus loin, quand on a vu qu’ils 'etaient deux contre un, on s’est port'e au secours de l’isol'e, d’autant plus qu’on croyait que c’'etait Julot. Or, voil`a t’y pas qu’une bataille est intervenue. Ces choses-l`a, ca arrive sans qu’on s’en rende compte. On n’a pas r'esist'e longtemps, l’'El`eve et moi, car on s’est apercu tout d’un coup que les deux adversaires qui tombaient sur nous, ou si vous aimez mieux, sur qui on 'etait tomb'e, c’'etaient messieurs les gendarmes. Ils nous ont d’ailleurs arr^et'es, et voil`a toute l’affaire.

— Bien. 'Etait-ce votre ami Julot qui se trouvait entre les mains des gendarmes ?

— Mais non, s’'ecria B'eb'e, mais non, monsieur le juge, et c’est ca le plus emb^etant, ou le plus rigolo de toute l’affaire. C’est qu’en somme nous sommes venus nous m^eler d’une histoire qui ne nous regardait pas. Car le prisonnier de MM. les gendarmes n’'etait pas notre ami. Il s’est sauv'e sans qu’on ait de nouvelles de lui. Sans m^eme que, par politesse, il soit venu nous donner un coup de main pour nous aider `a nous d'ebarrasser de MM. les gendarmes.

— En somme, le prisonnier s’est enfui, et, par son attitude, il semble qu’il ait 'et'e tr`es heureux de vous voir pinc'es `a sa place.

— C’est pr'ecis'ement comme vous dites.

Fant^omas interrogeait encore, le regardant dans les yeux :

— Et vous ne le connaissez pas du tout cet homme ? Cet 'evad'e ? Vous n’avez aucune id'ee de qui cela peut ^etre ?

Fant^omas s’apercut que B'eb'e avait bien quelque chose `a r'epondre, mais qu’il h'esitait `a le faire, ne sachant pas si cette r'eponse, le juge Pradier pouvait l’entendre, ainsi que les gendarmes et le greffier, ou s’il valait mieux la r'eserver `a Fant^omas tout seul. Le faux juge comprit l’interrogation muette de son complice.

L’ayant regard'e fixement, il abaissa ensuite lentement les paupi`eres, pour lui dire qu’il pouvait parler.

Puis il d'eclara `a haute voix :

— B'eb'e, si vous savez quelque chose, dites-le, la justice vous tiendra compte de votre sinc'erit'e.

— Eh bien, d'eclara brutalement l’apache, j’aime autant ne pas vous le cacher plus longtemps, monsieur le juge, j’ai comme une vague id'ee que le prisonnier de ces messieurs, c’'etait une personne que j’ai d'ej`a vue ici, `a Saint-Calais, un jeune homme `a la petite moustache blonde, qui 'ecrit dans les journaux, j’ai m^eme entendu dire qu’il s’appelait J'er^ome Fandor.

Fant^omas ne tressaillit pas, mais il sentit soudain une sueur froide qui perlait `a son front.

Certes, il n’avait qu’`a s’en prendre `a lui-m^eme s’il trouvait que B'eb'e avait trop parl'e, car c’'etait lui qui l’avait invit'e `a le faire.

Fant^omas ne regrettait pas cette r'ev'elation de son complice, mais il sentait que d'esormais il allait ^etre oblig'e d’interroger les faux gendarmes et de les contraindre `a d'eclarer pourquoi ils emmenaient dans la nuit sombre le journaliste J'er^ome Fandor.

Qu’allait-il r'esulter de cette enqu^ete ?

Fant^omas, qui tout en 'ecoutant parler B'eb'e, ne perdait pas de vue L'eon et Michel, constatait qu’au nom de Fandor les deux hommes avaient tressailli, manifest'e une certaine g^ene. Fant^omas, une seconde, h'esita. Malgr'e toute sa perspicacit'e et sa pr'esence d’esprit, il se demanda ce qu’il convenait de faire, comment orienter son instruction. La situation 'etait d'esormais pour lui confondante, inextricable.

Depuis trois heures d'ej`a l’enqu^ete durait, trois heures pendant lesquelles Fant^omas 'etait demeur'e face `a face avec L'eon et Michel. Il avait jusque-l`a b'en'efici'e de la p'enombre, restant toujours obstin'ement assis `a contre-jour, mais la nuit arrivait. On allait allumer les lampes. L’obscurit'e dont profitait jusqu’alors Fant^omas allait dispara^itre. Peut-^etre les faux gendarmes finiraient-ils par s’apercevoir qu’ils 'etaient en face de celui qu’ils poursuivaient : du terrible et du cruel bandit.

Tandis que Fant^omas r'efl'echissait, se demandant ce qu’il allait faire, la porte de son cabinet s’entreb^ailla, le procureur g'en'eral passa la t^ete :

— Je vous demande pardon, fit-il, je croyais que vous aviez termin'e.

Le faux Pradier saisit l’occasion au vol :

— J’ai termin'e en effet, monsieur le procureur g'en'eral.

Puis il ajouta, en consid'erant son entourage :

— L’instruction est achev'ee pour aujourd’hui. Gendarmes, faites 'ecrouer les pr'evenus `a la prison de Saint-Calais. Vous regagnerez ensuite votre brigade. L’instruction est close pour ce soir.

Encore une fois, Fant^omas ne compromettait rien, il gagnait du temps. La journ'ee 'etait termin'ee et il restait encore une matin'ee pour se tirer d'efinitivement d’affaire.

— Je suis ma^itre du terrain, se disait le bandit. Demain, j’aurai une fortune, demain je serai enfin vraiment libre. Encore cette fois, l’avenir m’appartient.

28 – UN 'ETRANGE PRISONNIER

— Avancez, prisonnier.

Juve, docilement, sans para^itre se soucier des regards curieux que lui lancaient les voyageurs stationnant sur le quai de la gare du Mans, avanca de quelques pas, toujours escort'e des deux gendarmes qui avaient charge de le conduire au Parquet de Saint-Calais.

La veille au soir, le policier, non sans une certaine inqui'etude, avait vu son ins'eparable ami J'er^ome Fandor descendre en gare de Connerr'e, accompagn'e de L'eon et de Michel.

— Que diable va-t-il faire l`a ? avait pens'e Juve… Pourquoi descendent-ils ici ? R'eguli`erement, je dois aller passer la nuit `a la prison du Mans, et n’arriver que demain `a Saint-Calais. Fandor fait une imb'ecillit'e en descendant en cours de route. Il devrait rester avec moi jusqu’`a l’arriv'ee de mon train au Mans.

Поделиться с друзьями: