ЖАНРЫ

Французский с любовью. Тристан и Изольда / Le roman de Tristan et Iseut

Бакаева С. А.

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Iseut s’'ecrie : « H'elas ! Ch'etive ! Dieu ne veut pas que je vive assez pour voir Tristan, mon ami, une fois encore, une fois seulement ; il veut que je sois noy'ee en cette mer. Tristan, si je vous avais parl'e une fois encore, je me soucierais peu de mourir apr`es. Ami, si je ne viens pas jusqu’`a vous, c’est que Dieu ne le veut pas, et c’est ma pire douleur. Ma mort ne m’est rien : puisque Dieu le veut, je l’accepte ; mais, ami, quand vous le saurez, vous mourrez, je le sais bien. Notre amour est de telle guise que vous ne pouvez mourir sans moi, ni moi sans vous. Je vois votre mort devant moi en m^eme temps que la mienne. H'elas ! Ami, j’ai failli `a mon d'esir : il 'etait de mourir dans vos bras, d’^etre ensevelie dans votre cercueil ; mais nous y avons failli. Je vais mourir seule, et sans vous, dispara^itre dans la mer. Peut-^etre vous ne saurez pas ma mort, vous vivrez encore, attendant toujours que je vienne. Si Dieu le veut, vous gu'erirez m^eme… Ah ! peut-^etre apr`es moi vous aimerez une autre femme, vous aimerez Iseut aux Blanches Mains ! Je ne sais ce qui sera de vous : pour moi, ami, si je vous savais mort, je ne vivrais gu`ere apr`es. Que Dieu nous accorde, ami, ou que je vous gu'erisse, ou que nous mourions tous deux d’une m^eme angoisse ! »

Ainsi g'emit la reine, tant que dura la tourmente. Mais apr`es cinq jours, l’orage s’apaisa. Au plus haut du m^at Kaherdin hissa joyeusement la voile blanche, afin que Tristan reconn^ut de plus loin sa couleur. D'ej`a Kaherdin voit la Bretagne… H'elas ! Presque aussit^ot le calme suivit la temp^ete, la mer devint douce et toute plate, le vent cessa de gonfler la voile, et les mariniers louvoy`erent vainement en amont et en aval, en avant et en arri`ere. Au loin ils apercevaient la c^ote, mais la temp^ete avait emport'e leur barque, en sorte qu’ils ne pouvaient atterrir. `A la troisi`eme nuit, Iseut songea qu’elle tenait en son giron la t^ete d’un grand sanglier qui honnissait sa robe de sang, et connut par l`a qu’elle ne reverrait plus son ami vivant.

Tristan 'etait trop faible d'esormais pour veiller encore sur la falaise de Penmarch, et depuis de longs jours, enferm'e loin du rivage, il pleurait pour Iseut qui ne venait pas. Dolent et las, il se plaint, soupire, s’agite ; peu s’en faut qu’il ne meure de son d'esir. Enfin, le vent fra^ichit et la voile blanche apparut. Alors, Iseut aux Blanches Mains se vengea. Elle vient vers le lit de Tristan et dit : « Ami, Kaherdin arrive. J’ai vu sa nef en mer : elle avance `a grand’peine ; pourtant je l’ai reconnue ; puisse-t-il apporter ce qui doit vous gu'erir! » Tristan tressaille : « Amie belle, vous ^etes s^ure que c’est sa nef ? Or, dites-moi comment est la voile. – Je l’ai bien vue, ils l’ont ouverte et dress'ee tr`es haut, car ils ont peu de vent. Sachez qu’elle est toute noire ».

Tristan se tourna vers la muraille et dit : « Je ne puis retenir ma vie plus longtemps ». Il dit trois fois : « Iseut, amie! ». `A la quatri`eme, il rendit l’^ame. Alors, par la maison, pleur`erent les chevaliers, les compagnons de Tristan. Ils l’^ot`erent de son lit, l’'etendirent sur un riche tapis et recouvrirent son corps d’un linceul. Sur la mer, le vent s’'etait lev'e et frappait la voile en plein milieu. Il poussa la nef jusqu’`a la terre. Iseut la Blonde d'ebarqua. Elle entendit de grandes plaintes par les rues, et les cloches sonner aux moutiers, aux chapelles. Elle demande aux gens du pays pourquoi ces glas, pourquoi ces pleurs. Un vieillard lui dit : « Dame, nous avons une grande douleur. Tristan, le franc, le preux, est mort. Il 'etait large aux besoigneux, secourable aux souffrants. C’est le pire d'esastre qui soit jamais tomb'e sur ce pays ».

Iseut l’entend, elle ne peut dire une parole. Elle monte vers le palais. Elle suit la rue, sa guimpe d'eli'ee. Les Bretons s’'emerveillaient `a la regarder ; jamais ils n’avaient vu femme d’une telle beaut'e. Qui est-elle ? D’o`u vient-elle ? Aupr`es de Tristan, Iseut aux Blanches Mains, affol'ee par le mal qu’elle avait caus'e, poussait de grands cris sur le cadavre. L’autre Iseut entra et lui dit : « Dame, relevez-vous et laissez-moi approcher. J’ai plus de droits `a le pleurer que vous, croyez-m’en. Je l’ai plus aim'e ».

Elle se tourna vers l’orient et pria Dieu. Puis elle d'ecouvrit un peu le corps, s’'etendit pr`es de lui, tout le long de son ami, lui baisa la bouche et la face, et le serra 'etroitement : corps contre corps, bouche contre bouche, elle rend ainsi son ^ame, elle mourut aupr`es de lui pour la douleur de son ami.

Quand le roi Marc apprit la mort des amants, il franchit la mer et, venu en Bretagne, fit ouvrer deux cercueils, l’un de chalc'edoine pour Iseut, l’autre de b'eryl pour Tristan. Il emporta sur sa nef vers Tintagel leurs corps aim'es. Aupr`es d’une chapelle, `a gauche et `a droite de l’abside, il les ensevelit en deux tombeaux. Mais, pendant la nuit, de la tombe de Tristan jaillit une ronce verte et feu"illue, aux forts rameaux, aux fleurs odorantes, qui, s’'elevant par-dessus la chapelle, s’enfonca dans la tombe d’Iseut. Les gens du pays coup`erent la ronce : au lendemain elle rena^it, aussi verte, aussi fleurie, aussi vivace, et plonge encore au lit d’Iseut la Blonde. Par trois fois ils voulurent la d'etruire ; vainement. Enfin, ils rapport`erent la merveille au roi Marc : le roi d'efendit de couper la ronce d'esormais.

Seigneurs, les bons trouv`eres d’antan, B'eroul, et Thomas, et monseigneur Eilhart et ma^itre Gottfried, ont cont'e ce conte pour tous ceux qui aiment, non pour les autres. Ils vous mandent par moi leur salut. Ils saluent ceux qui sont pensifs et ceux qui sont heureux, les m'econtents et les d'esireux, ceux qui sont joyeux et ceux qui sont troubl'es, tous les amants. Puissent-ils trouver ici consolation contre l’inconstance, contre l’injustice, contre le d'epit, contre la peine, contre tous les maux d’amour !

Французско-русский словарь к тексту

Aa

abois m, pl – лай собак, затравивших зверя

absoudre – прощать

accoler – обнимать; соединять; располагать

al'erion m – большой орёл

amble m – иноходь

amendise fустар. возмещение

anneau m – кольцо

appareiller – сниматься с якоря, отплывать

appr^et m – выделка

^apre – суровый

arroi m – свита

assaillir – атаковать; осаждать

assener – нанести (удар и т.п.)

Bb

ban m – публичное заявление, объявление

bander – натягивать (лук); перевязывать

baume m – бальзам

b'equille f – упор, подпорка, костыль; дверная ручка

b'eryl m – берилл

besant m – бизантий (византийская монета)

besogne f – работа, труд; нужда

besogneux – нуждающийся

bl^emir – бледнеть

bliaut m – блио (длинная туника)

bocage m – роща

bondir – подскакивать, прыгнуть; броситься

bouline f – булинь, беседочный узел

bourdon m – посох

bourg m – местечко, городок

boutoir m –клык

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