ЖАНРЫ

Французский с любовью. Тристан и Изольда / Le roman de Tristan et Iseut

Бакаева С. А.

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Au cri que poussa son fr`ere, le duc Riol s’'elanca contre Kaherdin, le frein abandonn'e. Mais Tristan lui barra le passage. Quand ils se heurt`erent, la lance de Tristan se rompit dans ses mains, et celle de Riol, rencontrant le poitrail du cheval ennemi, p'en'etra dans les chairs et l’'etendit mort sur le pr'e. Tristan, aussit^ot relev'e, l’'ep'ee fourbie `a la main : « Couard, dit-il, la male mort `a qui laisse le ma^itre pour navrer le cheval ! Tu ne sortiras pas vivant de ce pr'e ! – Je crois que vous mentez ! » r'epondit Riol en poussant sur lui son destrier.

Mais Tristan esquiva l’atteinte, et, levant le bras, fit lourdement tomber sa lame sur le heaume de Riol, dont il embarra le cercle et emporta le nasal. La lance glissa de l’'epaule du chevalier au flanc du cheval, qui chancela et s’abattit `a son tour. Riol parvint `a s’en d'ebarrasser et se redressa ; `a pied tous deux, l’'ecu trou'e, fendu, le haubert d'emaill'e, ils se requi`erent et s’assaillent ; enfin Tristan frappe Riol sur l’escarboucle de son heaume. Le cercle c`ede, et le coup 'etait si fortement ass'en'e que le baron tombe sur les genoux et sur les mains. « Rel`eve-toi, si tu peux, vassal, lui cria Tristan ; `a la male heure es-tu venu dans ce champ : il te faut mourir ! »

Riol se remet en pieds, mais Tristan l’abat encore d’un coup qui fendit le heaume, trancha la coiffe et d'ecouvrit le cr^ane. Riol implora merci, demanda la vie sauve, et Tristan recut son 'ep'ee. Il la prit `a temps, car de toutes parts les Nantais 'etaient venus `a la rescousse de leur seigneur. Mais d'ej`a leur seigneur 'etait recr'eant. Riol promit de se rendre en la prison du duc Ho"el, de lui jurer de nouveau hommage et foi, de restaurer les bourgs et les villages br^ul'es. Par son ordre, la bataille s’apaisa, et son ost s’'eloigna.

Quand les vainqueurs furent rentr'es dans Carhaix, Kaherdin dit `a son p`ere : « Sire, mandez Tristan, et retenez-le ; il n’est pas de meilleur chevalier et votre pays a besoin d’un baron de telle prouesse ». Ayant pris le conseil de ses hommes, le duc Ho"el appela Tristan : « Ami, je ne saurais trop vous aimer, car vous m’avez conserv'e cette terre. Je veux donc m’acquitter envers vous. Ma fille, Iseut aux Blanches Mains, est n'ee de ducs, de rois et de reines. Prenez-la, je vous la donne. – Sire, je la prends », dit Tristan.

Ah ! Seigneurs, pourquoi dit-il cette parole ? Mais, pour cette parole, il mourut. Jour est pris, terme fix'e. Le duc vient avec ses amis. Tristan avec les siens. Le chapelain chante la messe. Devant tous, `a la porte du moutier selon la loi de sainte 'Eglise, Tristan 'epouse Iseut aux Blanches Mains. Les noces furent grandes et riches. Mais, la nuit venue, tandis que les hommes de Tristan le d'epouillaient de ses v^etements, il advint que, en retirant la manche trop 'etroite de son bliaut, ils enlev`erent et firent choir de son doigt son anneau de jaspe vert, l’anneau d’Iseut la Blonde. Il sonne clair sur les dalles.

Tristan regarde et le voit. Alors son ancien amour se r'eveille, et Tristan conna^it son forfait. Il lui ressouvint du jour o`u Iseut la Blonde lui avait donn'e cet anneau : c’'etait dans la for^et o`u, pour lui, elle avait men'e l’^apre vie. Et, couch'e aupr`es de l’autre Iseut, il revit la hutte du Morois. Par quelle forsennerie avait-il en son coeur accus'e son amie de trahison ? Non, elle souffrait pour lui toute mis`ere, et lui seul l’avait trahie. Mais il prenait aussi en compassion Iseut sa femme, la simple, la belle. Les deux Iseut l’avaient aim'e `a la male heure. `A toutes les deux il avait menti sa foi.

Pourtant, Iseut aux Blanches Mains s’'etonnait de l’entendre soupirer, 'etendu `a ses c^ot'es. Elle lui dit enfin, un peu honteuse : « Cher seigneur, vous ai-je offens'e en quelque chose ? Pourquoi ne me donnez-vous pas un seul baiser ? Dites-le moi, que je connaisse mon tort, et je vous en ferai belle amendise, si je puis. – Amie, dit Tristan, ne vous courroucez pas, mais j’ai fait un voeu. Nagu`ere, en un autre pays, j’ai combattu un dragon, et j’allais p'erir, quand je me suis souvenu de la M`ere de Dieu : je lui ai promis que, d'elivr'e du monstre par sa courtoisie, si jamais je prenais femme, tout un an je m’abstiendrais de l’accoler et de l’embrasser… – Or donc, dit Iseut aux Blanches Mains, je le souffrirai bonnement ».

Mais quand les servantes, au matin, lui ajust`erent la guimpe des femmes 'epous'ees, elle sourit tristement, et songea qu’elle n’avait gu`ere droit `a cette parure.

XVI

Kaherdin

`A quelques jours de l`a, le duc Ho"el, son s'en'echal et tous ses veneurs, Tristan, Iseut aux Blanches Mains et Kaherdin sortirent ensemble du ch^ateau pour chasser en for^et. Sur une route 'etroite, Tristan chevauchait `a la gauche de Kaherdin, qui de sa main droite retenait par les r^enes le palefroi d’Iseut aux Blanches Mains.

Or, le palefroi buta dans une flaque d’eau. Son sabot fit rejaillir l’eau si fort jusque sous les v^etements d’Iseut qu’elle en fut toute mouill'ee et sentit la froidure plus haut que son genou. Elle jeta un cri l'eger, et d’un coup d’'eperon enleva son cheval en riant d’un rire si haut et si clair que Kaherdin, poignant apr`es elle et l’ayant rejointe, lui demanda : « Belle soeur, pourquoi riez-vous ? – Pour un penser qui me vint, beau fr`ere. Quand cette eau a jailli vers moi, je lui ai dit : « Eau, tu es plus hardie que ne fut jamais le hardi Tristan ! » C’est de quoi j’ai ri. Mais d'ej`a j’ai trop parl'e, fr`ere, et m’en repens ».

Kaherdin, 'etonn'e, la pressa si vivement qu’elle lui dit enfin la v'erit'e de ses noces. Alors Tristan les rejoignit et tous trois chevauch`erent en silence jusqu’`a la maison de chasse. L`a Kaherdin appela Tristan `a parlement, et lui dit : « Sire Tristan, ma soeur m’a avou'e la v'erit'e de ses noces. Je vous tenais `a pair et `a compagnon. Mais vous avez fauss'e votre foi et honni ma parent'e. D'esormais, si vous ne me faites droit, sachez que je vous d'efie ». Tristan lui r'epondit : « Oui, je suis venu parmi vous pour votre malheur. Mais apprends ma mis`ere, beau doux ami, fr`ere et compagnon, et peut-^etre ton coeur s’apaisera. Sache que j’ai une autre Iseut, plus belle que toutes les femmes, qui a souffert et qui souffre encore pour moi, maintes peines. Certes ta soeur m’aime et m’honore ; mais, pour l’amour de moi, l’autre Iseut traite `a plus d’honneur encore que ta soeur ne me traite, un chien que je lui ai donn'e. Viens ; quittons cette chasse, suis-moi o`u je te m`enerai ; je te dirai la mis`ere de ma vie ».

Tristan tourna bride [59] et brocha son cheval. Kaherdin poussa le sien sur ses traces. Sans une parole, ils coururent jusqu’au plus profond de la for^et. L`a, Tristan d'evoila sa vie `a Kaherdin. Il dit comment sur la mer il avait bu l’amour et la mort ; il dit la tra^itrise des barons et du nain, la reine men'ee au b^ucher, livr'ee aux l'epreux, et leurs amours dans la for^et sauvage ; comment il l’avait rendue au roi Marc, et comment, l’ayant fuie, il avait voulu aimer Iseut aux Blanches Mains ; comment il savait d'esormais qu’il ne pouvait vivre ni mourir sans la reine. Kaherdin se tait et s’'etonne. Il sent sa col`ere qui, malgr'e lui, s’apaise.

59

tourna brideповернул назад

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