ЖАНРЫ

Французский с любовью. Тристан и Изольда / Le roman de Tristan et Iseut

Бакаева С. А.

Шрифт:

Tristan confia le chien `a un jongleur de Galles, sage et rus'e, qui le porta de sa part en Cornouailles. Il parvint `a Tintagel et le remit secr`etement `a Brangien. La reine s’en r'ejouit grandement, donna en r'ecompense dix marcs d’or au jongleur et dit au roi que la reine d’Irlande, sa m`ere, envoyait ce cher pr'esent. Elle fit ouvrer pour le chien, par un orf`evre, une niche pr'ecieusement incrust'ee d’or et de pierreries et, partout o`u elle allait, le portait avec elle, en souvenir de son ami. Et, chaque fois qu’elle le regardait, tristesse, angoisse, regrets s’effacaient de son coeur. Elle ne comprit pas d’abord la merveille : si elle trouvait une telle douceur `a le contempler, c’'etait, pensait-elle, parce qu’il lui venait de Tristan ; c’'etait, sans doute, la pens'ee de son ami qui endormait ainsi sa peine.

Mais un jour elle connut que c’'etait un sortil`ege, et que seul le tintement du grelot charmait son coeur. « Ah ! pensa-t-elle, convient-il que je connaisse le r'econfort, tandis que Tristan est malheureux ? Il aurait pu garder ce chien enchant'e et oublier ainsi toute douleur ; par belle courtoisie, il a mieux aim'e me l’envoyer, me donner sa joie et reprendre sa mis`ere. Mais il ne sied pas qu’il en soit ainsi ; Tristan, je veux souffrir aussi longtemps que tu souffriras ».

Elle prit le grelot magique, le fit tinter une derni`ere fois, le d'etacha doucement ; puis, par la fen^etre ouverte, elle le lanca dans la mer.

XV

Iseut aux blanches mains

Les amants ne pouvaient ni vivre ni mourir l’un sans l’autre. S'epar'es, ce n’'etait pas la vie, ni la mort, mais la vie et la mort `a la fois.

Par les mers, les ^iles et les pays, Tristan voulut fuir sa mis`ere. Il revit son pays de Loonnois, o`u Rohalt le Foi-Tenant recut son fils avec des larmes de tendresse ; mais ne pouvant supporter de vivre dans le repos de sa terre, Tristan s’en fut par les duch'es et les royaumes, cherchant les aventures. Du Loonnois en Frise, de Frise en Gavoie, d’Allemagne en Espagne, il servit maints seigneurs, acheva maintes emprises. Mais, pendant deux ann'ees, nulle nouvelle ne lui vint de la Cornouailles, nul ami, nul message. Alors il crut qu’Iseut s’'etait d'eprise de lui et qu’elle l’oubliait.

Or, il advint qu’un jour, chevauchant avec le seul Gorvenal, il entra sur la terre de Bretagne. Ils travers`erent une plaine d'evast'ee : partout des murs ruin'es, des villages sans habitants, des champs essart'es par le feu, et leurs chevaux foulaient des cendres et des charbons. Sur la lande d'eserte, Tristan songea : « Je suis las et recru. De quoi me servent ces aventures ? Ma dame est au loin, jamais je ne la reverrai. Depuis deux ann'ees, que ne m’a-t-elle fait qu'erir par les pays ? Pas un message d’elle. A Tintagel, le roi l’honore et la sert ; elle vit en joie. Certes le grelot du chien enchant'e accomplit bien son oeuvre ! Elle m’oublie, et peu lui chaut des deuils et des joies d’antan [57] , peu lui chaut du ch'etif qui erre par ce pays d'esol'e. A mon tour, n’oublierai-je jamais celle qui m’oublie ? Jamais ne trouverai-je qui gu'erisse ma mis`ere ? »

57

peu lui chaut des deuils et des joies d’antan – нет дела ей до радостей и печалей былых времен

Pendant deux jours, Tristan et Gorvenal pass`erent les champs et les bourgs sans voir un homme, un coq, un chien. Au troisi`eme jour, `a l’heure de none, ils approch`erent d’une colline o`u se dressait une vieille chapelle, et, tout pr`es, l’habitacle d’un ermite. L’ermite ne portait point de v^etements tiss'es, mais une peau de ch`evre, avec des haillons de laine sur l’'echine. Prostern'e sur le sol, les genoux et les coudes nus, il priait Marie-Madeleine de lui inspirer des pri`eres salutaires. Il souhaita la bienvenue aux arrivants, et tandis que Gorvenal 'etablait les chevaux, il d'esarma Tristan, puis disposa le manger. Il ne leur donna point de mets d'elicats ; mais du pain d’orge p'etri avec de la cendre et de l’eau de source. Apr`es le repas, comme la nuit 'etait tomb'ee, et qu’ils 'etaient assis autour du feu, Tristan demanda quelle 'etait cette terre ruin'ee.

« Beau seigneur, dit l’ermite, c’est la terre de Bretagne, que tient le duc Ho"el. C’'etait nagu`ere un beau pays, riche en prairies et en terres de labour : ici des moulins, l`a des pommiers, l`a des m'etairies.

Mais le comte Riol de Nantes y a fait le d'eg^at [58] ; ses fourrageurs ont partout bout'e le feu, et de partout enlev'e les proies. Ses hommes en sont riches pour longtemps : ainsi va la guerre. – Fr`ere, dit Tristan, pourquoi le comte Riol a-t-il ainsi honni votre seigneur, Ho"el ? – Je vous dirai donc, seigneur, l’occasion de la guerre. Sachez que Riol 'etait le vassal du duc Ho"el. Or, le duc a une fille, belle entre les filles de hauts hommes, et le comte Riol voulait la prendre `a femme. Mais son p`ere refusa de la donner `a un vassal, et le comte Riol a tent'e de l’enlever par la force. Bien des hommes sont morts pour cette querelle ».

58

faire le d'eg^atнаносить ущерб

Tristan demanda : « Le duc Ho"el peut-il encore soutenir sa guerre ? – A grand’peine, seigneur. Pourtant, son dernier ch^ateau, Carhaix, r'esiste encore, car les murailles en sont fortes, et fort est le coeur du fils du duc Ho"el, Kaherdin, le bon chevalier. Mais l’ennemi les presse et les affame : pourront-ils tenir longtemps ? » Tristan demanda `a quelle distance 'etait le ch^ateau de Carhaix. « Sire, `a deux milles seulement ».

Ils se s'epar`erent et dormirent. Au matin, apr`es que l’ermite eut chant'e et qu’ils eurent partag'e le pain d’orge et de cendre, Tristan prit cong'e du prud’homme, et chevaucha vers Carhaix.

Quand il s’arr^eta au pied des murailles closes, il vit une troupe d’hommes debout sur le chemin de ronde, et demanda le duc. Ho"el se trouvait parmi ces hommes avec son fils Kaherdin. Il se fit conna^itre, et Tristan lui dit : « Je suis Tristan, roi de Loonnois, et Marc, le roi de Cornouailles, est mon oncle. J’ai su, seigneur, que vos vassaux vous faisaient tort et je suis venu pour vous offrir mon service. – H'elas ! Sire Tristan, passez votre voie et que Dieu vous r'ecompense ! Comment vous accueillir c'eans ? Nous n’avons plus de vivres ; point de bl'e, rien que des f`eves et de l’orge pour subsister. – Qu’importe ? dit Tristan. J’ai v'ecu dans une for^et, pendant deux ans, d’herbes, de racines et de venaison, et sachez que je trouvais bonne cette vie. Commandez qu’on m’ouvre cette porte ».

Kaherdin dit alors : « Recevez-le, mon p`ere, puisqu’il est de tel courage, afin qu’il prenne sa part de nos biens et de nos maux ».

Ils l’accueillirent avec honneur. Kaherdin fit visiter `a son h^ote les fortes murailles et la tour ma^itresse, bien flanqu'ee de bret`eches palissad'ees o`u s’embusquaient les arbal'etriers. Des cr'eneaux, il lui fit voir dans la plaine, au loin, les tentes et les pavillons plant'es par le duc Riol.

Quand ils furent revenus au seuil du ch^ateau, Kaherdin dit `a Tristan : « Or, bel ami, nous monterons `a la salle o`u sont ma m`ere et ma soeur ». Tous deux se tenant par la main, entr`erent, dans la chambre des femmes. La m`ere et la fille, assises sur une courte-pointe, paraient d’orfroi un paile d’Angleterre et chantaient une chanson de toile : elles disaient comment Belle Doette, assise au vent sous l’'epine blanche, attend et regrette Doon son ami, si lent `a venir. Tristan les salua et elles le salu`erent, puis les deux chevaliers s’assirent aupr`es d’elles. Kaherdin, montrant l’'etole que brodait sa m`ere : « Voyez, dit-il, bel ami Tristan, quelle ouvri`ere est ma dame : comme elle sait `a merveille orner les 'etoles et les chasubles, pour en faire aum^one aux moutiers pauvres ! Et comme les mains de ma soeur font courir les fils d’or sur ce samit blanc ! Par foi, belle soeur, c’est `a droit que vous avez nom Iseut aux Blanches Mains ! »

Alors Tristan, connaissant qu’elle s’appelait Iseut, sourit et la regarda plus doucement. Or, le comte Riol avait dress'e son camp `a trois milles de Carhaix, et, depuis bien des jours, les hommes du duc Ho"el n’osaient plus, pour l’assaillir, franchir les barres. Mais, d`es le lendemain, Tristan, Kaherdin et douze jeunes chevaliers sortirent de Carhaix, les hauberts endoss'es, les heaumes lac'es, et chevauch`erent sous des bois de sapins jusqu’aux approches des tentes ennemies ; puis, s’'elancant de l’aguet, ils enlev`erent par force un charroi du comte Riol. `A partir de ce jour, variant maintes fois ruses et prouesses, ils culbutaient ses tentes mal gard'ees, attaquaient ses convois, navraient et tuaient ses hommes et jamais ils ne rentraient dans Carhaix sans y ramener quelque proie. Par l`a, Tristan et Kaherdin commenc`erent `a se porter foi et tendresse, tant qu’ils se jur`erent amiti'e et compagnonnage. Jamais ils ne fauss`erent cette parole, comme l’histoire vous l’apprendra.

Or, tandis qu’ils revenaient de ces chevauch'ees, parlant de chevalerie et de courtoisie, souvent Kaherdin louait `a son cher compagnon sa soeur Iseut aux Blanches Mains, la simple, la belle.

Un matin, comme l’aube venait de poindre, un guetteur descendit en h^ate de sa tour, et courut par les salles en criant : « Seigneurs, vous avez trop dormi ! Levez-vous, Riol vient faire l’assaillie ! »

Chevaliers et bourgeois s’arm`erent et coururent aux murailles : ils virent dans la plaine briller les heaumes, flotter les pennons de cendal, et tout l’ost de Riol qui s’avancait en bel arroi. Le duc Ho"el et Kaherdin d'eploy`erent aussit^ot devant les portes les premi`eres batailles de chevaliers. Arriv'es `a la port'ee d’un arc, ils broch`erent les chevaux, lances baiss'ees, et les fl`eches tombaient sur eux comme pluie d’avril. Mais Tristan s’armait `a son tour avec ceux que le guetteur avait r'eveill'es les derniers. Il lace ses chausses, passe le bliaut, les houseaux 'etroits et les 'eperons d’or ; il endosse le haubert, fixe le heaume sur la ventaille ; il monte, 'eperonne son cheval jusque dans la plaine et para^it, l’'ecu dress'e contre sa poitrine, en criant : « Carhaix ! » Il 'etait temps : d'ej`a les hommes d’Ho"el reculaient vers les bailes. Alors il fit beau voir la m^el'ee des chevaux abattus et des vassaux navr'es, les coups port'es par les jeunes chevaliers, et l’herbe qui, sous leurs pas, devenait sanglante. En avant de tous, Kaherdin s’'etait fi`erement arr^et'e, en voyant poindre contre lui un hardi baron, le fr`ere du comte Riol. Tous deux se heurt`erent des lances baiss'ees. Le Nantais brisa la sienne sans 'ebranler Kaherdin, qui, d’un coup plus s^ur, 'ecartela l’'ecu de l’adversaire et lui planta son fer bruni dans le c^ot'e jusqu’au gonfanon. Soulev'e de selle, le chevalier vide les arcons et tombe.

Поделиться с друзьями: