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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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— Non seulement je ne vous aime pas, mais il se peut m^eme que je vous ha"isse.

***

Dans les bureaux de la direction, M. de Vaugreland et ses deux inspecteurs demeuraient pensifs et p^alissants.

Ils ne paraissaient pas autrement convaincus de l’innocence d’Ivan Ivanovitch : la question des 300.000 francs qu’il voulait restituer restait toujours pendante. Il demeurait indiscutable que le commandant russe avait malgr'e tout, trois cent mille francs de trop.

Ils r'efl'echissaient aussi sur l’intervention saugrenue et incompr'ehensible de cette 'etrange jeune fille qui changeait tout au dernier moment.

— P'erouzin ? fit apr`es un silence M. de Vaugreland.

— Monsieur le directeur ?…

— Nalorgne ? poursuivit le directeur…

— Monsieur ? prof'era l’ancien pr^etre…

— Messieurs, conclut enfin M. de Vaugreland, que pensez-vous de tout cela ? Pour moi ce n’est pas clair. Nous sommes en pr'esence d’une affaire que l’on ne d'ebrouillera pas de sit^ot. Il ne faut pourtant pas qu’il y ait un scandale et que la r'eputation du Casino soit compromise. N’avez-vous pas une id'ee ?

— Si, fit P'erouzin, brusquement, et je m’en vais vous la communiquer…

`A ce moment on frappait `a la porte, un garcon de bureau apparut :

— C’est un journaliste, dit-il, un r'edacteur du Phare de Monte-Carlo. Il voulait avoir des renseignements sur ce qui vient de se passer dans le cabinet de M. le directeur…

M. de Vaugreland avait repris sa mine impassible.

— R'epondez-lui, fit-il, que j’ignore ce qu’il d'esire : il ne s’est rien pass'e.

Le reporter n’insista pas, mais il courut au t'el'ephone et demanda :

« Paris »…

6 – LA MAIN DANS L’AIGUILLAGE

M. Dupont de l’Aube, s'enateur, directeur de La Capitale, conversait famili`erement avec M. de Panteloup, son secr'etaire g'en'eral.

Il 'etait cinq heures et demie.

Les premi`eres 'editions venaient de sortir dans Paris et les camelots, courant `a perdre haleine, les hurlaient sur les boulevards.

M. Dupont de l’Aube paraissait fort pr'eoccup'e et `a deux ou trois reprises il avait renvoy'e de son cabinet, dont les vastes fen^etres donnaient sur les boulevards, les garcons de bureau porteurs de cartes de visites, annoncant des visiteurs, la plupart du temps d’ailleurs qu'emandeurs ou solliciteurs.

— 'Ecoutez-moi, de Panteloup, fit M. Dupont de l’Aube, lorsqu’il eut pour la dixi`eme fois 'ecart'e d’un geste rageur et ennuy'e le bristol que lui pr'esentait un domestique, 'ecoutez mon cher, il faut absolument tirer cette affaire au clair. Nous devons `a notre r'eputation d’^etre les premiers et les mieux inform'es. Voyons, que s’est-il donc pass'e ? Racontez-moi cela en d'etail ?

— Mon cher directeur, ce sera tr`es court, car je suis bien peu renseign'e sur cette affaire compliqu'ee et obscure d’un num'ero qui gagne `a la roulette, d’un officier russe qu’on a failli arr^eter, para^it-il, qu’on a rel^ach'e ensuite, et enfin d’un malheureux jeune homme que l’on a trouv'e mort sur la voie du chemin de fer entre Nice et Monte-Carlo.

Mais M. Dupont de l’Aube, pr'ecis, rectifiait :

— Non pas, Panteloup, c’est entre Monte-Carlo et Nice, vous saisissez l’importance de la chose ?

— Vous avez toujours 'et'e l’homme de l’exactitude, mon cher directeur et je vous en f'elicite.

— Alors, Panteloup ?

— Dame je ne sais pas, je ne sais rien de plus. Notre correspondant de Monaco, qui est r'edacteur `a un petit journal local, nous a t'el'ephon'e hier soir qu’on lui opposait, au Casino, un mutisme absolu. Ce correspondant est un brave garcon mais il n’est pas tr`es d'egourdi. Il a pris pour argent comptant la consigne de l’administration.

M. Dupont de l’Aube hocha la t^ete, se gratta le menton :

— Tout ca n’est pas clair, mon cher, et tout cela a besoin d’^etre 'eclairci. Il faut envoyer quelqu’un l`a-bas qui puisse d'ebrouiller cette affaire avec tact, intelligence et discr'etion. Il ne s’agit pas de dire du mal par principe de la maison de jeu, il ne s’agit pas non plus de fermer les yeux s’il s’y passe quelque scandale que l’on veuille dissimuler au public dans l’int'er^et de la cagnotte.

— Mon cher directeur, conclut M. de Panteloup, vous avez absolument raison, soyons impartiaux et document'es, selon la formule qui nous a toujours si bien r'eussi.

— Qui allons-nous envoyer, Panteloup ?

— Parbleu, il n’y a pas `a h'esiter.

Le directeur appuya sur un timbre, passa une fiche au garcon de bureau.

Quelques instants apr`es, par une petite porte dissimul'ee dans le mur du cabinet directorial, entrait un jeune homme `a tournure 'el'egante, `a mine 'eveill'ee, yeux p'etillants, l`evre ombr'ee d’une l'eg`ere moustache blonde.

— Mon cher Fandor, dit M. Dupont de l’Aube, d`es l’entr'ee du nouveau venu, je vous annonce une bonne nouvelle.

— Je suis augment'e ? demanda Fandor.

— Pas encore, mais vous partez, charg'e d’une mission de confiance.

***

J'er^ome Fandor n’'etait autre que le c'el`ebre journaliste qui depuis quelques ann'ees par ses aventures sensationnelles avait int'eress'e et distrait le public parisien. Le jeune journaliste, m^el'e d`es le d'ebut de sa carri`ere aux intrigues les plus compliqu'ees, aux aventures `a la fois les plus tragiques et les plus extravagantes, s’'etait fait dans la presse une situation toute personnelle et tr`es particuli`ere. `A maintes reprises, pendant des mois entiers, il avait disparu de La Capitale, abandonnant son journal avec la plus parfaite d'esinvolture d`es qu’il s’agissait de se livrer `a une enqu^ete polici`ere ou de s’attacher `a 'eclaircir un myst`ere donn'e. Lorsqu’il revenait, on l’accueillait toujours comme l’enfant prodigue et `a maintes reprises M. Dupont de l’Aube, qui le grondait `a chaque retour, pour la forme, ne manquait jamais de lui dire ensuite : « Mon brave J'er^ome Fandor, c’est ici pour vous le toit paternel, quoi qu’il arrive, quoi qu’il advienne, vous aurez toujours votre place gard'ee `a La Capitale. »

Et c’'etait l`a une promesse qui avait son importance pour J'er^ome Fandor, car si le journaliste avait err'e de par le monde, avait vu bien des choses, fait bien des m'etiers, il ne s’'etait jamais enrichi `a son m'etier de reporter. Bien au contraire, d`es qu’il avait des 'economies il les dilapidait sans compter pour les besoins de la cause et lorsque, par aventure, il ne se passait rien qui f^ut susceptible d’int'eresser son humeur aventureuse, il 'etait fort heureux de trouver `a La Capitale, la modeste, mais suffisante mensualit'e qui lui permettait d’attendre le lendemain.

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