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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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Que faisait l`a, Bouzille ?

Mais Juve et Fandor avaient mille autres choses `a se dire. Ils venaient d’'echapper `a des dangers terribles. Quel pouvait ^etre l’organisateur de cette agression ?

Juve, sans pr'eambule, tout en 'etreignant les mains de Fandor, formula sa pens'ee : le visage de l’homme `a la barbe noire qu’il avait apercu lui revint `a l’esprit comme un obs'edant souvenir. Il hurla :

— Fandor, je sais qui c’est. C’est Ivan Ivanovitch, c’est le Russe qui nous en veut ; tout `a l’heure il a failli me tuer.

Mais, `a la grande stup'efaction du policier, son ami Fandor protesta de la facon la plus 'energique :

— Juve, Juve, ne dites pas cela. C’est tout le contraire. Si je suis l`a, si vous ^etes sain et sauf, c’est parce qu’Ivan Ivanovitch s’est battu comme un lion contre les bandits qui nous attaquaient.

11 – « MENDIANT RICHE »

— Et Bouzille, Juve, qu’allons-nous en faire ?

— Bouzille ? Parbleu, nous allons t^acher de le faire parler.

— Bouzille, expliqua Juve, vous comprenez toute la gravit'e des 'ev'enements ? Vous saisissez dans quelle funeste situation vous vous trouvez en ce moment ?

— Oui, je saisis tout cela, monsieur Juve, et surtout que je vais attraper des rhumatismes si vous ne me permettez pas de m’en aller au plus vite. L’air du soir ne me vaut rien.

— Tr^eve de stupidit'es, Bouzille, laissez de c^ot'e l’air du soir. Savez-vous que votre affaire est bonne ? Je viens de vous prendre sur le fait : attaque `a main arm'ee. Eh, eh, Bouzille, il me semble qu’autrefois, nous nous contentions de peccadilles. Qu’est-ce qui vous a donc pris de vous associer `a de v'eritables bandits ?

— Peuh, fit Bouzille, l’herbe tendre, le diable me poussant, Monsieur Juve, faut pas ^etre trop s'ev`ere, les temps sont durs pour le pauvre monde, et j’ai beau ^etre mendiant riche…

— Mendiant riche ?

— Ma foi, Juve, expliquait Fandor, j’avais oubli'e, de vous raconter tous les projets de mon ami Bouzille. Un jour il m’a confi'e qu’il en avait assez de travailler, qu’il entendait prendre « ses retraites ouvri`eres », je vous cite ses propres expressions, et qu’en cons'equence, il allait se rendre `a Monaco, pour s’y 'etablir mendiant, parce qu’il estimait que c’'etait une excellente chose que de mendier dans un pays cossu o`u, fatalement, l’on devait devenir rapidement mendiant riche. En somme, Bouzille a tenu parole.

— Mais oui, monsieur Juve, c’est tr`es exactement comme vous le dit M. Fandor. C’est toujours eu 'egard `a mes rhumatismes que je suis venu m’installer ici. Il fait trop froid `a Paris. Le m'edecin me conseille la C^ote d’Azur. Seulement, s^ur que je vais crever si vous me laissez l`a sur l’herbe humide, au lieu de m’emmener gentiment.

— En prison, Bouzille ?

— Mais non, monsieur Juve. J’ai fait mon temps, que diable, j’en ai bouff'e plus que ma part, de la prison. Vous pouvez bien ^etre indulgent. D’abord, venez donc plut^ot boire un verre chez moi.

— O`u diable habitez-vous ?

— Pour le savoir, monsieur Juve, le mieux c’est d’y venir et apr`es cela, dame, comme je vous aurai hospitalis'e, faudra bien que vous me laissiez en paix et que vous me laissiez aussi continuer mes petites industries. Apr`es tout, c’est des bricoles, ce que vous me reprochez ?

— Marchez devant, alors, nous allons vous suivre. Mais pas de b^etises, Bouzille ? Si jamais vous vouliez jouer la fille de l’air…

— C’est entendu, monsieur Juve, vous, vous battriez le rappel.

***

Bouzille, de son pas trottinant, s’en allait maintenant au long de la grand-route, dans la direction de la falaise.

Juve et Fandor suivaient, et tous deux, une fois encore, n’'etaient gu`ere rassur'es.

— Eh bien, Fandor ?

— Eh bien quoi, Juve ?

— Sais-tu que cet Ivan Ivanovitch m’a l’air d’un curieux individu, pour ne pas dire d’une crapule finie.

— Ivan Ivanovitch ? ah ca ! vous n’^etes donc pas convaincu, Juve ? lui, une crapule ? Quand il a fait le coup de feu avec nous ?

— Avec nous ? Contre nous, veux-tu dire ? Il m’a rat'e de pr`es, le bougre. Un peu plus, j’'etais bel et bien dans sa ligne de tir.

— Ivan Ivanovitch a tir'e sur vous, Juve ? Mais, mon excellent ami, vous d'eraisonnez compl`etement. J’'etais tout le temps, au cours de l’affaire, `a c^ot'e d’Ivan Ivanovitch, ce n’est pas sur vous qu’il tirait, bon sang, c’'etait sur nos agresseurs.

— Sur nos agresseurs ? Ouiche, tu vas bien, Fandor. Sa balle m’a fr^ol'e et j’ai parfaitement vu qu’il me visait.

— Mais jamais de la vie.

— Je t’en donne ma parole.

— Juve, vous vous trompez.

— Fandor tu es dans la plus compl`ete erreur. Ivan Ivanovitch est une crapule.

… Ils auraient peut-^etre continu'e longtemps `a discuter la nature de l’intervention du commandant du Skobeleffs’ils n’avaient 'et'e interrompus par Bouzille.

Bouzille, d’un geste large, venait de se d'ecouvrir et s’'etant arr^et'e, ordonnait avec une pompeuse dignit'e :

— Si ces messieurs veulent entrer dans mon humble chez moi, qu’ils soient les bienvenus. Toute la maison de Bouzille est `a la disposition de ses amis, Juve et Fandor.

On ne pouvait en v'erit'e, mieux dire.

Malheureusement, si Bouzille usait `a l’'egard de Fandor et de Juve d’une urbanit'e compl`ete, les deux amis devaient convenir qu’un peu d’obscurit'e subsistait dans ses discours…

Bouzille les priait d’entrer « chez lui », mais quelle 'etait la demeure de Bouzille ?

`A sa suite, Fandor et Juve 'etaient sortis de Monaco, se dirigeant vers la campagne. Maintenant, ils venaient d’atteindre une sorte de petite carri`ere abandonn'ee, creus'ee `a m^eme la falaise, et de quelque c^ot'e que les deux amis pussent se retourner, ils n’apercevaient, en v'erit'e, aucune maison, aucune demeure, pas m^eme une cabane.

— Bouzille, d'eclara Fandor d’un ton s'erieux, c’est tr`es gentil de plaisanter, mais il ne faudrait pourtant pas vous amuser `a vous moquer de nous. O`u habitez-vous ? En plein champ ?

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