La main coup?e (Отрезанная рука)
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Ce mouvement durait un quart de seconde.
Juve et Fandor le remarqu`erent, mais `a ce moment m^eme un double cri d’horreur s’'echappait de leurs poitrines, r'ep'et'e une seconde ensuite par tous les t'emoins du fait invraisemblable qui venait de se produire, en l’espace d’un 'eclair. Une premi`ere main, une main blanche, sortie, semblait-il, de dessous une p`elerine noire, s’'etait abattue sur l’or, suivie d’une autre qui 'etait celle du bonneteur Mario Isolino. L’Italien, pouss'e par la passion du jeu, incapable de r'esister, d'esob'eissant aux ordres de Juve, s’'etait laiss'e aller `a miser. Et c’est alors que le myst`ere ahurissant se r'ev'elait.
De la p`elerine d’o`u 'etait sortie la main blanche, on ne voyait plus rien. Mais Mario Isolino venait de pousser un hurlement : on avait vu sur le tas d’or une main blanche, une main coup'ee au ras du poignet, une main seule, sans bras, une main morte.
Juve et Fandor se pr'ecipit`erent.
Ils regard`erent autour d’eux, fouill`erent fi'evreusement l’assistance, cherchant `a retrouver la p`elerine sous laquelle cette main s’'etait un instant dissimul'ee.
La p`elerine avait disparu.
— Encore le Russe, grommela Juve.
Les inspecteurs des jeux avaient surgi comme par enchantement. Par leurs soins, la table num'ero sept 'etait imm'ediatement 'evacu'ee, on 'ecartait le public, on formait avec des gardiens un cercle infranchissable autour du tapis vert.
En outre, M. Amizou, le commissaire de police, mettait la main au collet de l’infortun'e Mario Isolino, auquel on voulait 'evidemment demander des explications. Juve bondit aupr`es du commissaire, Fandor en fit autant.
En l’espace de quelques instants on avait entra^in'e l’Italien hors de la salle de jeu, l’or 'etait rentr'e dans les caisses du croupier, un inspecteur s’'etait empar'e de la main morte et l’avait dissimul'ee au fond de son chapeau.
— Allons. Rien ne va plus. Les jeux sont faits.
Tout recommencait comme si rien ne s’'etait pass'e.
Cependant, au « local » provisoire o`u l’on conduit normalement les escrocs et les grecs, salle vide et sans fen^etre, les int'eress'es venaient de se retrouver. Mario Isolino, bouscul'e, soufflait `a grand bruit.
M. Amizou, le commissaire, l’interrogea brutalement :
— Vos nom, pr'enoms, domicile ? Que s’est-il pass'e tout `a l’heure ? D’o`u vient cette main de mort ?
Le magistrat mit sous les yeux de l’Italien les doigts livides. Maria Isolino ne comprenait absolument rien `a ce qui venait de se passer.
— Ah, que io regrette. Quel grand malhour. Santa Madona, sauvez-moi, se contenta-t-il de psalmodier.
Juve avait reconnu du premier coup d’oeil la main tragique. La main morte 'etait celle que, la veille, M. de Vaugreland avait trouv'ee dans son tiroir et que vraisemblablement il avait d^u remettre au commissaire de police. Comment cette main se trouvait-elle l`a ?
M. Amizou voyant qu’il ne servait `a rien d’interroger, fit fouiller le bonneteur, Mario Isolino se pr^eta volontiers `a cette v'erification, convaincu, d’ailleurs, semblait-il, qu’elle n’aurait pour lui aucune f^acheuse cons'equence. Or, le pauvre Italien avait des bijoux plein les poches.
Le commissaire poussa une exclamation de triomphe, cependant que Fandor, qui se pr'ecipitait pour voir, ne put se retenir de crier :
— Par exemple, ce sont les bijoux vol'es hier `a Daisy Kissmi.
— Il va falloir les rendre tout de suite `a leur propri'etaire, d'eclara le commissaire, d`es qu’elle les aura reconnus. En attendant, conduisez-moi ce gaillard en prison.
— Gr^ace, implora le malheureux.
On n’en entendit pas plus.
Par une porte d'erob'ee, un escalier de service, `a l’abri des regards indiscrets, invisible, ignor'e de tout le monde, le bonneteur fut conduit `a une voiture stationnant `a un endroit isol'e du Casino. Elle conduisit le bonneteur au fort Saint-Antoine.
Dix minutes plus tard, Mario Isolino, entre les quatre murs de sa cellule, r'efl'echissait tout `a loisir sur les vicissitudes de l’existence.
***
— Eh bien, miss Daisy, que pensez-vous de cette trouvaille ?
Fandor s’adressait ainsi `a la demi-mondaine qui, juch'ee sur un haut tabouret du bar plac'e `a l’entr'ee de l’Atrium, d'egustait son quatri`eme cocktail de la soir'ee.
Conform'ement `a son habitude, Daisy 'etait agr'eablement ivre `a cette heure. On l’avait appel'ee dans les bureaux de l’administration, on l’avait pri'ee de d'ecrire minutieusement les bijoux qui lui avaient 'et'e d'erob'es. La jeune femme s’'etait pr^et'ee de bonne gr^ace `a cette requ^ete, puis soudain, `a sa grande surprise, le commissaire de police lui avait dit :
— Voici vos bijoux, madame, je vous prie de bien vouloir signer ce recu.
Daisy Kissmi s’ex'ecuta, rentra en possession de son bien, qu’elle fourra n'egligemment dans son sac `a main, puis elle retourna au bar. C’est l`a que Fandor l’avait rejointe.
`A pr'esent, le journaliste interrogeait la demi-mondaine.
— Vous devez ^etre joliment heureuse d’avoir retrouv'e vos bibelots ? Ce sont peut-^etre des souvenirs de famille ?
— Mais non, je ne suis pas contente. Ce 'etait oune bien grande malheur pour moi qu’on ait retrouv'e ces choses.
— Et pourquoi donc ?
L’Anglaise qui oscillait d'ej`a sur son tabouret pencha ses l`evres `a l’oreille de Fandor :
— Comprenez donc. Toutes ces pierreries elles 'etaient fausses. Du simple verre mont'e sur de l’argent doubl'e. Je n’avais jamais mes vraies pierreries quand je faisais la noce, et comme mes pierreries ils sont assur'es par la Compagnie d’assurance, je comptais toucher la grosse somme d’argent puisqu’elles avaient 'et'e vol'ees.
13 – UN AMATEUR
Qui f^ut entr'e par hasard dans la chambre de Juve et Fandor, `a l’auberge de la Bonne Chance, e^ut 'evidemment recul'e de stup'efaction en consid'erant le travail auquel se livraient nos deux amis.
Juve assis devant une petite table recouverte d’un linge blanc, Fandor appuy'e au dossier de la chaise de Juve, tous deux regardaient des mains de morts, sur lesquelles de grosses mouches `a viande venaient se poser en bourdonnant.
— Juve, disait Fandor avec une grimace de d'ego^ut, c’est une chose 'epouvantable que cette enqu^ete `a laquelle nous nous livrons. Ma parole, vous feriez mieux, j’imagine, de porter ces d'ebris `a la morgue de Monte-Carlo. Je ne comprends pas ce que vous pouvez esp'erer d'ecouvrir en les examinant comme vous le faites ?