La main coup?e (Отрезанная рука)
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Juve, soudain, se mit `a courir, ayant fait signe `a Fandor de le suivre.
— Acr'e, acr'e, hurla Juve, les cognes. Sauve qui peut.
La d'ebandade commenca.
Sur les talons de Juve, tous les apaches, tous les louches individus d'etalaient, persuad'es, de bonne foi, que le policier 'etait un des leurs et qu’il venait de donner l’alarme.
— Que diable combinez-vous donc ? demanda Fandor qui courait `a c^ot'e de Juve, sans rien comprendre au plan du policier.
— Tu vas voir. Laisse-les passer.
Juve, vraiment, avait merveilleusement pr'epar'e son affaire. Il se laissa d'epasser par les fuyards, puis soudain, il pr'ecipita sa course, rejoignit Mario Isolino, l’agrippa par le bras :
— Arr^ete-toi donc, lui dit Juve, tu vois bien que je fais cela pour te tirer des pattes du Bedeau qui allait t’'etriper.
Et comme interdit, Mario s’arr^etait en effet, tandis que les apaches continuaient `a s’enfuir, le malheureux bonneteur eut encore la surprise d’entendre Juve changer de ton.
— Imb'ecile, hurla le policier, tu ne m’as donc pas reconnu ? Je suis Juve, le policier Juve. Et c’est toi que j’arr^ete ! Non, pas un mot ou je te br^ule.
Et Juve, tout en parlant, venait de passer les menottes a Mario.
12 – NE CHANGEZ PAS DE MAIN
— Juve.
— Fandor.
— Il fait jour, quelle heure est-il ?
— Je n’en sais rien.
Juve, toutefois, tira avec lassitude un bras de dessous ses couvertures. Il regarda sa montre pos'ee sur le gu'eridon `a c^ot'e de son lit et rejeta aussit^ot ses draps pour s’'elancer :
— Sacrebleu, s’'ecria-t-il, cinq heures.
— Comment cinq heures ? interrogeait Fandor d’une voix p^ateuse et toute ensommeill'ee, il n’est pas cinq heures du matin ?
— Mais non, grand paresseux, il est cinq heures du soir. Nous avons dormi comme des marmottes.
— Parbleu, Juve, poursuivit Fandor en 'etouffant un b^aillement, avouez que nous en avions joliment besoin.
Depuis quarante-huit heures, Juve et Fandor, en effet, menaient une existence `a la fois mouvement'ee, ahurissante et fatigante au point de terrasser les hommes les plus entra^in'es. Heureusement que le policier et le journaliste comptaient au nombre de ces derniers.
Quelques heures auparavant, avant l’aube, ils 'etaient enfin rentr'es `a leur h^otel, la modeste auberge de la Bonne Chance, tra^inant derri`ere eux un compagnon de plus, l’infortun'e bonneteur, Mario Isolino, qu’ils avaient cueilli `a la sortie du bar interlope et entra^in'e avec eux.
Juve et Fandor avaient install'e leur prisonnier dans un petit cabinet attenant `a leur chambre. Puis, se d'ev^etant en h^ate, ils s’'etaient jet'es sur leur lit et tout d’une traite avaient dormi d’un sommeil de personne ext'enu'ee.
Ils s’'etaient r'eveill'es `a cinq heures du soir, enchant'es de se retrouver.
Puis, instinctivement, ils se recueillirent, repassant dans leur m'emoire les derniers 'ev'enements.
De la pi`ece voisine s’'echappait un sourd g'emissement :
— Pardieu, s’'ecria Juve, c’est notre Italien qui s’'eveille aussi. J’imagine qu’il a d^u dormir aussi profond'ement que nous.
— Quand on pense qu’il y a des gens pour soutenir qu’on ne repose bien qu’`a condition d’avoir la conscience tranquille, dit Fandor.
Les deux amis se sourirent puis, en h^ate, ils all`erent ouvrir la porte ferm'ee `a cl'e du cabinet attenant `a leur chambre. C’'etait une pi`ece 'etroite et longue, sorte de d'ebarras uniquement 'eclair'e au plafond par un vitrage grill'e. Sur le sol, un matelas de rechange et sur ce matelas, tout habill'e, le bonneteur italien.
Plus fatigu'e encore que Juve et Fandor, il persistait `a dormir d’un sommeil agit'e, fr'equemment coup'e d’aspirations violentes, de soupirs, de gestes nerveux.
Le malheureux personnage avait encore les menottes et les deux jambes ligot'ees. Juve avait cru devoir prendre cette pr'ecaution pour 'eviter toutes les vell'eit'es de fuite. Le policier et le journaliste contempl`erent quelques instants le bonneteur dans son sommeil. Juve haussa les 'epaules.
— Qu’allons-nous faire de lui ? demanda-t-il.
— Bah, r'epliqua Fandor, il faut s’en d'ebarrasser d’une facon ou d’une autre. Ce gaillard-l`a ne nous int'eresse pas autrement pour ce qui nous occupe.
— Je te trouve dr^ole, objecta Juve en faisant une grimace, pour toi les bandits, les voleurs et les criminels n’ont aucun int'er^et du moment qu’il ne s’agit ni de Fant^omas ni de son entourage direct. Tu as peut-^etre raison du point de vue du journaliste, mais moi qui suis policier, je dois me pr'eoccuper de ces gaillards-l`a.
« Et au surplus, poursuivit Juve, qui nous dit que cet individu ne tient pas de pr`es ou de loin `a la bande que para^it diriger notre insaisissable ennemi ?
Fandor allait r'epondre lorsque Mario Isolino s’'eveilla. Il eut un regard apeur'e de b^ete traqu'ee lorsqu’il apercut devant lui les deux hommes qui le surveillaient.
Il s’accroupit `a demi, s’efforca de joindre ses deux mains dans une attitude suppliante et dans son jargon il balbutia :
— Io vous demande bien pardon, monsieur Juve, de toutes les aventoures d’hier au soir, mais io vous joure que io suis innocent. Peut-^etre un petit vol par-ci par-l`a, c’est tout le bout du monde.
Juve grommela :
— Vous vous expliquerez avec la justice, moi je n’ai pas `a prendre parti.
D’une voix plaintive et chantante, l’Italien insista encore en faveur de sa gr^ace, se d'esesp'erant `a l’id'ee qu’il allait compara^itre devant un tribunal.
— Io souis perdou, disait-il, si io vois les jouges et cela m’'emoutionne.
— Votre r'eputation, sans doute, n’a rien `a perdre et d’ailleurs nous ne serons pas f^ach'es de conna^itre, par l’interm'ediaire du juge d’instruction, l’existence que vous avez men'ee jusqu’`a pr'esent.