ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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— Monsieur le commissaire, dit Juve, j’ai 'et'e invit'e `a venir ici par M. Marquet-Monnier qui est fort intrigu'e par la disparition de son correspondant, M. Backefelder. Il lui a 'et'e d'eclar'e hier par M. le commandant du navire que vous seriez `a m^eme de nous documenter. Je me permets donc d’insister aupr`es de vous pour obtenir tous les renseignements possibles.

— Monsieur, r'epondit le commissaire, je suis `a votre enti`ere disposition.

— Monsieur, n’attendez pas de nous des interrogations, dites plut^ot ce qui s’est pass'e.

— Je ne demande pas mieux, monsieur Juve.

Le commissaire alors se leva, alla `a une armoire ferm'ee `a clef, en tira un gros livre, en feuilleta plusieurs pages. Puis il parla :

— Lorsque j’ai fait transcrire la liste des passagers qui prenaient place, il y a sept jours exactement, `a bord de La Touraine, il m’a 'et'e donn'e d’enregistrer la pr'esence `a bord de la personne suivante ainsi d'esign'ee : « H. W. K. Backefelder, citoyen am'ericain, c'elibataire, quarante-neuf ans, habitant Philadelphie, 74e Avenue, associ'e de la Banque Nationale des 'Etats-Unis, passager de 1re classe, cabine b^abord n° 11. » C’est bien notre homme, n’est-ce pas ?

— C’est en effet, approuva M. Marquet-Monnier, le M. Backefelder que j’attendais et dont la venue m’avait 'et'e annonc'ee par lui-m^eme.

— Bien. M. Backefelder est mont'e `a bord deux heures avant le d'epart de La Touraine. Le fait est incontestable. On vous d'ecrira M. Backefelder comme un homme tr`es robuste, sanguin, compl`etement ras'e, `a la face ronde, un peu repl`ete, aux yeux vifs, aux cheveux blancs coup'es tr`es ras, comme s’ils 'etaient pass'es `a la tondeuse. M. Backefelder parle francais, mais difficilement et avec un fort accent am'ericain. C’est un fumeur acharn'e, qui a perp'etuellement le cigare `a la bouche et dont deux doigts de la main droite sont jaunis, brunis m^eme par la nicotine. M. Backefelder est 'el'egant, soign'e de sa personne, sa mise est correcte, plus que correcte m^eme, recherch'ee. On sent en lui non seulement l’homme d’affaires intelligent, arriv'e, mais encore l’homme du monde. La cabine occup'ee par M. Backefelder se trouve, vous ai-je dit, c^ot'e b^abord. Mon cabinet est 'egalement `a b^abord et cette co"incidence fait que, d’une facon g'en'erale, je connais mieux les voyageurs de b^abord que les autres. J’ai `a plusieurs reprises rencontr'e M. Backefelder, mais sans avoir le moindre rapport avec lui, jusqu’au jour, jusqu’au soir plut^ot, o`u ce passager est venu vers neuf heures frapper `a mon bureau. Nous 'etions `a ce moment `a notre cinqui`eme jour de voyage. Il faisait une mer assez dure, mais il n’y avait pas de roulis ou de tangage exag'er'e, et m^eme les passagers qui n’ont pas le pied marin circulaient sans trop de difficult'e dans les diverses parties du navire. Si je vous donne ces d'etails, c’est que j’estime qu’ils ont leur importance. `A peine 'etait-il entr'e dans mon bureau, que M. Backefelder, tr`es p^ale, m’a d'eclar'e :

« — Monsieur le commissaire, je viens d’^etre victime d’un vol important, on m’a pris dans ma malle pour un million de valeurs en billets de banque francais.

« — Un million, m’'ecriais-je, comme vous y allez ! mais c’est donc une fortune enti`ere que vous transportez ?

« — C’est possible, me r'epondit Backefelder, toujours est-il que ce million a disparu.

« Je trouvais l’attitude de ce passager au calme imperturbable, si 'etonnante, si 'etrange, que je me m'efiais aussit^ot, et, pour mettre la Compagnie `a couvert, j’ai dit `a M. Backefelder :

« — Ce malheur qui vous frappe, monsieur, nous ne saurions en ^etre responsables. La somme importante que vous aviez sur vous, si j’en crois votre d'eclaration, ne nous a 'et'e ni annonc'ee, ni confi'ee, par cons'equent…

« M. Backefelder m’a interrompu d’un geste de la main :

« — Inutile d’insister, monsieur le commissaire, fit-il, je n’ai aucunement l’intention de demander `a votre Compagnie le remboursement de l’argent qui m’a 'et'e vol'e. Je viens uniquement vous mettre au courant de ce qui s’est pass'e et vous demander votre pr'ecieux concours pour m’aider `a d'ecouvrir le voleur.

« — Dans ce cas, lui ai-je r'epondu, je suis tout `a votre disposition.

« M. Backefelder m’a alors racont'e une histoire 'etrange, que je vous r'esume en m’efforcant de traduire aussi exactement que possible, le sens des propos qu’il m’a tenus : …M. Backefelder 'etait parti de New York avec deux liasses de billets de banque francais, repr'esentant chacune une valeur d’un million. Ces liasses 'etaient dissimul'ees dans le double fond d’une malle contenant des v^etements et que M. Backefelder avait fait d'eposer dans sa cabine avec d’autres sacs, d’autres valises. Ce passager, qui avait l’intention de repartir dans une huitaine pour l’Am'erique, n’apportait pas de bagages plus importants et n’avait fait enregistrer aucun autre colis. Or, ce qui 'etonnait M. Backefelder, c’est qu’on lui ai vol'e seulement la moiti'e de l’argent qu’il apportait. Je me suis rendu avec lui dans sa cabine que nous avons inspect'ee minutieusement, mais en vain, nous n’avons trouv'e aucune trace anormale, aucun indice pour nous mettre sur la piste du voleur. Le lendemain, sit^ot mon travail du matin termin'e, je suis all'e frapper `a la cabine de M. Backefelder pour savoir si il y avait du nouveau, mais mes appels sont rest'es sans r'eponse. Inquiet, redoutant quelque malheur, un acc`es de d'esespoir, j’ai fait ouvrir la porte par le serrurier. La cabine 'etait vide, la couchette n’'etait pas d'efaite. M. Backefelder ne devait pas avoir pass'e la nuit chez lui. Redoutant un drame, par pr'ecaution, j’ai fait fermer `a double tour la cabine en question et ordonn'e que l’on recherch^at imm'ediatement le passager. Or, il nous a 'et'e impossible de le retrouver.

— Pourvu, s’'ecria M. Marquet-Monnier, que l’audacieux voleur qui s’est empar'e des billets de banque n’ait pas aggrav'e sa faute en commettant un crime.

— Je ne sais pas, monsieur. Tout est possible.

Juve sugg'era :

— Un accident arrive facilement… Vous parliez tout `a l’heure, monsieur le commissaire, d’une soir'ee de gros temps, quelqu’un d’inexp'eriment'e se promenant la nuit sur un pont peut tr`es bien ^etre pr'ecipit'e `a la mer par un coup de roulis.

Mais le commissaire interrompit le policier :

— Je vous ai pr'ecis'ement signal'e le roulis de tout `a l’heure, avec l’intention bien nette de vous r'epondre lorsque vous envisageriez l’hypoth`ese d’un accident, que la mer, quoique houleuse, n’'etait pas assez mauvaise pour qu’on puisse former une telle supposition. Non. Je m’arr^eterai plut^ot `a l’hypoth`ese d’un crime, `a un suicide. Car il est bien 'evident que monsieur Backefelder apr`es avoir disparu n’a pas reparu.

— Un suicide, murmura Juve, je me demande pourquoi. M. Backefelder avait-il l’air tr`es affect'e par la perte de son argent ?

— Pas beaucoup, monsieur.

— Ah, fit Juve, qui, apr`es avoir r'efl'echi quelques instants, demanda :

— Cette cabine, peut-on la voir, monsieur le commissaire ?

Apr`es une seconde d’h'esitation, l’officier y consentit :

— Vous ^etes inspecteur de la S^uret'e, monsieur Juve, il n’y a, je pense, aucun inconv'enient `a ce que je vous donne cette autorisation. Si jamais on me faisait un reproche.

— J’en prends toute la responsabilit'e, d'eclara Juve.

Accompagn'e du commissaire et de M. Marquet-Monnier, l’inspecteur de la S^uret'e visita la cabine, 'etroite, basse du plafond, mais confortable n'eanmoins, qui avait 'et'e occup'ee par le myst'erieux disparu.

Juve, du premier coup d’oeil, avait avis'e la malle, la fameuse petite malle dans laquelle le voleur – puisque voleur il y avait –, avait fouill'e et de laquelle il avait extrait, aux dires de M. Backefelder, une liasse sur deux de billets de banque.

— Personne, interrogea Juve, n’est entr'e dans cette cabine, derri`ere vous, monsieur le commissaire ?

— Non, personne.

— Avez-vous v'erifi'e, monsieur le commissaire, si la seconde liasse de billets de banque, la liasse respect'ee ou pass'ee inapercue aux yeux du voleur, se trouvait toujours dans la malle ?

— Elle y 'etait, monsieur, lorsque j’ai fait ma perquisition.

— Et qu’en avez-vous fait, monsieur le commissaire ?

— Je l’ai laiss'ee `a sa place. J’ai loquet'e la porte, nul ne pouvait l’ouvrir, sauf cependant, le titulaire de la cabine qui avait sur lui la clef du verrou de s^uret'e.

Juve, cependant, se pencha, renversa la malle, v'erifia l’int'erieur du double fond :

— C’est bien imprudent, monsieur le commissaire, d'eclara-t-il, ce que vous avez fait. Il est regrettable que vous ayez laiss'e ce million en billets de banque dans la cabine inoccup'ee. Car si il 'etait l`a lorsque vous avez referm'e soigneusement la porte, actuellement il n’y est plus.

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