ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Des rires fusaient. Juve ouvrait la bouche quand deux petites femmes ensemble lui demand`erent :

— Tu n’as pas une cigarette pour nous, dis, monsieur ?

On ne refuse pas une cigarette aux clientes du Crocodile. Juve mit la main `a la poche, cherchant son 'etui, soudain, il tressaillit :

— Ah, par exemple.

— Ah, c’est rien farce.

La femme qui venait de l’aborder attira une compagne qui passait dans l’all'ee, s’'eventant d'edaigneusement avec une carte de vin de champagne :

— Viens voir, Ad`ele, sais-tu qui c’est ce monsieur-l`a ?

Mais elle n’acheva pas. Ad`ele avait sursaut'e `a son tour :

— Non, mais c’est vous, monsieur Juve ?

— Tu le connais ?

— Si je le connais.

— C’est ton amant ?

— Ah bien, zut alors, pour s^ur que non. N’est-ce pas, m’sieu Juve ?

Juve n’en revenait pas. La femme qui l’avait abord'e en premier lieu, c’'etait Chonchon, la petite danseuse `a qui il avait 'et'e pr'esent'e `a l’Alcazar du Mans par J'er^ome Fandor alors qu’ils d'ebrouillaient la myst'erieuse affaire du marquis de Tergall. Quant `a la copine que Chonchon venait d’appeler, c’'etait tout bonnement Ad`ele, l’ancienne femme de chambre de Rita d’Anr'emont.

— Eh bien vrai, m’sieu Juve, continuait Ad`ele, je ne pensais pas vous trouver ici. Et alors qu’est-ce que vous offrez ?

Juve fit apporter des verres, on allait trinquer. Mais il 'etait impossible d’^etre dix minutes tranquille. Chonchon et sa compagne n’avaient pas go^ut'e le vin moussant dans les verres qu’un n`egre gigantesque vint empoigner les deux femmes par les 'epaules :

— Moi voulait danser, bamboula, allez, vin'e vin'e.

Il appartenait `a l’'etablissement. Il 'etait charg'e de cr'eer du mouvement, de l’agitation, de la ga^it'e, les femmes 'etaient un peu sous ses ordres :

— Attendez-moi, dit Ad`ele, je reviens.

Backefelder, lui, se tournait vers Juve, un rien de m'efiance dans les yeux :

— Allo, faisait l’Anglais flegmatique, vous connaissez ces femmes ici, monsieur Juve ?

Juve allait expliquer comment il connaissait en effet Chonchon et Ad`ele mais Backefelder un peu gris, lui aussi, peut-^etre, n’y pensait d'ej`a plus et s’'etait joint au choeur des clients en train de chanter une rengaine am'ericaine.

Juve, deux minutes plus tard, eut une 'etrange attitude : Il avait mis ses deux coudes sur la table, il se tenait la t^ete entre les mains, il fixait de toute la puissance de son regard, en d'epit des couples tournoyants qui passaient devant lui, l’extr'emit'e de la salle oppos'ee `a sa table :

— Mon Dieu, avait murmur'e Juve, est-ce que je ne me trompe pas ? c’est lui, pourquoi leur parle-t-il ?

Mais Juve avait bu beaucoup de champagne.

***

Au sous-sol de la salle du cabaret proprement dit, sur un palier coupant en deux le petit escalier qui conduisait `a la rue, derri`ere le vestiaire. L`a, venaient d’arriver le ma^itre d’h^otel, Chonchon et Ad`ele.

— Dis voir, qu’est-ce que tu as ? qu’est-ce qui te prend ? criait Ad`ele, pourquoi que tu veux qu’on s’en aille ?

Le ma^itre d’h^otel qui tournait le dos `a son interlocutrice et tapait du bout de ses doigts un pas redoubl'e sur les carreaux de la fen^etre, r'epondit agac'e :

— Ca ne te regarde pas Ad`ele, je te dis de partir avec Chonchon et voil`a tout. Ca me regarde, moi, et je n’ai pas d’explication `a te donner.

Mais Chonchon, elle aussi protestait :

— C’est qu’on a des copains. Justement on a retrouv'e un chic bonhomme qui s’appelle Juve. Et puis tu le connais, parbleu.

Le ma^itre d’h^otel se retourna. Brusquement son visage apparut dans l’'eclairage violent des ampoules 'electriques sans qu’il fut possible de s’y tromper : le ma^itre d’h^otel, ras'e, correct, moul'e dans un habit d’excellente coupe 'etait l’apache B'eb'e.

— Si je le connais Juve ? fit B'eb'e, ah malheur, je ne le connais que trop ce curieux-l`a, et faut tout de m^eme que vous soyez gourdes toutes les deux, Chonchon et Ad`ele pour ne pas deviner, du moment que vous l’avez reconnu pourquoi j’vous dis de gicler.

Mais quelqu’un venait.

— Qui va l`a ? cria B'eb'e.

— Vous d'erangez pas, c’est moi.

Traversant le vestiaire, une mince jeune fille passait, portant une corbeille remplie de petits bouquets de fleurs.

— La Gu^epe, dit Chonchon, pas besoin de se g^ener.

Et, revenant `a sa pr'eoccupation de la minute, Chonchon revint `a la charge :

— Alors, dis B'eb'e, c’est parce que Juve est l`a que tu veux qu’on s’cavale. Il viendrait pas pour toi des fois ?

— C’est possible qu’il vienne pour moi, encore que ca ne soit pas certain. Mais ce que je sais bien, mes petites chattes c’est que si jamais il veut m’embarquer, si seulement il fait mine de me reconna^itre il y aura du vilain ici.

Et B'eb'e, sans en dire plus long t^ata la poche de son pantalon, o`u Ton devinait, grand ouvert, un de ces longs couteaux `a cran d’arr^et, qu’affectionnent les sp'ecialistes.

***

Si le Crocodile est l’'etablissement « chic » par excellence ou du moins l’'etablissement joyeux de la place Pigalle, il n’est pas `a beaucoup pr`es le seul cabaret de nuit install'e en pareil lieu et faisant de minuit `a six heures du matin d’excellentes affaires. Tout autour du rond-point, les facades flambent, les affiches lumineuses s’allument et s’'eteignent, un va et vient de voitures demeure bruyant et joyeux. Pas de repos `a Montmartre.

Quand C'elestin Labourette 'etait descendu de son tilbury pr'ehistorique, haut perch'e sur deux roues immenses, `a la porte du Crocodile, il n’avait pas manqu'e, jetant ses r^enes `a son cocher Fandor, d’expliquer le plus bonassement du monde :

— Et puis, tiens, J'er^ome, ce n’est pas la peine que tu poireautes en t’emb^etant dans la rue pendant que je vais faire la f^ete l`a-haut. Voil`a cent sous pour toi, va-t-en m’attendre au L'ezard en face, bois `a ma sant'e, je te rejoindrai quand j’aurai fait mon plein.

Fandor, depuis qu’il 'etait en place, s’amusait follement. En C'elestin Labourette, il avait trouv'e un patron charmant, brave homme, amusant au possible. `A la v'erit'e, peut-^etre J'er^ome Fandor bougonnait-il par moments en lui-m^eme lorsqu’il 'etait astreint `a des besognes serviles auxquelles il n’'etait pas habitu'e, mais certainement aussi il savait profiter des c^ot'es piquants de sa situation et rire de son m'etier de serviteur bon `a tout bon `a rien.

C'elestin Labourette n’'etait pas exigeant. Pourvu que les chevaux fussent bien soign'es, les chiens promen'es, pourvu qu’un coup de balai rappropri^at de temps `a autre son int'erieur, il se d'eclarait satisfait.

Et Fandor en 'etait `a regretter presque de quitter un jour ce patron bienveillant.

C'elestin Labourette venait d’entrer au Crocodile. Fandor amus'e des cent sous qu’il venait de recevoir `a la minute, se conformant aux instructions recues, allait ranger sa voiture le long du trottoir oppos'e au Crocodile, pr`es du cabaret du L'ezard, une chope mal fam'ee o`u d'elib'er'ement, il alla s’installer, commandant un demi de brune, une salade de cervelas, une omelette nature et un de ces g^ateaux que Montmartre est seul `a fabriquer et qui s’appelle on ne sait pourquoi un « Puits d’amour ».

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