ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Fandor, sans h'esiter, bousculant tout le monde sur son passage, arriva `a ce moment pr'ecis, arracha la pelisse des mains du ma^itre d’h^otel et tranquillement aida Juve `a s’en rev^etir.

Fandor avait agi avec une folle imp'etuosit'e. Nul n’avait eu le temps de s’opposer `a sa manoeuvre, pas plus C'elestin Labourette, qui dans l’'etat de gaiet'e o`u il se trouvait ne reconnaissait m^eme pas son cocher, que le ma^itre d’h^otel, que B'eb'e, surpris, qui laissa 'echapper un ah stup'efait, pas plus que Juve qui, `a cent lieues de songer `a Fandor, fouillait maintenant dans sa poche et tendait quarante sous au jeune homme en livr'ee qui venait de l’aider, et qu’il avait pris, naturellement, pour un employ'e du Crocodile.

Fandor comprit en une seconde que son intervention n’avait pas 'et'e remarqu'ee. Il empocha le pourboire de Juve, sans sourciller, dit « merci monsieur » avec beaucoup de coeur. Puis, soutenant M. Labourette, il entreprit d’aider son patron `a descendre l’escalier, o`u, m'edus'e, le chasseur n’osait plus rien dire.

— Je suis peut-^etre un imb'ecile, pensait Fandor, mais je suis bien persuad'e qu’en me donnant ces quarante sous, Juve n’a pas fait une folle d'epense.

Et, comme C'elestin Labourette titubait, Fandor, rappel'e au devoir de son 'etat, le houspilla de belle facon :

— Marchez donc droit, monsieur. Sapristi, il y a des dames qui vous regardent.

12 – `A LA FOIRE AUX JAMBONS

— Un taxi-auto ? jamais de la vie, Fandor. Un fiacre attel'e c’est tr`es suffisant. Il faut faire des 'economies. D’ailleurs nous ne sommes pas press'es, bien au contraire, car il est de bonne heure et nous avons `a causer.

Juve et Fandor, sortant vers huit heures du soir d’un restaurant de la rue Royale, avaient h'el'e un fiacre qui passait. L’autom'edon s’arr^eta, chargea ses deux clients, mais grommela lorsque Juve lui donna l’adresse :

— Place de la Nation.

Le cocher, fouettant son cheval qui n’en avancait pas plus vite pour cela, haussa les 'epaules :

— Toujours des courses `a faire crever les b^etes, grogna-t-il dans sa barbe.

Puis, ayant abaiss'e le drapeau de son taxim`etre, il s’engagea sur les boulevards.

Le policier et le journaliste fumant de gros cigares en personnes qui viennent de bien d^iner, n’avaient d’ailleurs pr^et'e aucune attention `a ce petit man`ege du cocher et Fandor, d’un air gouailleur, interrogeait Juve :

— Maintenant que nous sommes seuls, dit-il, sans voisins de table susceptibles d’'ecouter nos conversations, allez-vous m’expliquer par suite de quel hasard extraordinaire vous avez pu d^iner avec moi ce soir, par suite aussi de quel ph'enom`ene vous consentez `a m’accompagner `a la foire aux jambons ? Nous allons avoir l’air de deux 'etudiants en goguette.

—De deux 'etudiants, sourit Juve, toi, peut-^etre, Fandor, mais moi, un vieux bonhomme de mon esp`ece…

— Ca va bien, ca va bien, Juve, c’est `a peine si la quarantaine a sonn'e pour vous, vous ^etes vigoureux, robuste comme un homme de trente ans.

— Flatteur.

— Juve, n’essayez pas de d'etourner la conversation, ma parole je n’en crois pas mes yeux. Vous n’avez ni menottes aux poignets, ni entraves aux pieds, ni cha^ine autour des reins, vous ^etes donc libre ?

— Qu’est-ce que cela signifie, Fandor ? je ne sors pas de prison, que je sache.

— Oh, c’est tout comme. Voil`a pr`es d’une semaine que vous ^etes sinon en prison, car votre retraite est volontaire, mais du moins clo^itr'e comme un moine en t^ete `a t^ete avec ce myst'erieux Am'ericain que vous ^etes all'e chercher au Havre. M'editez-vous quelque conspiration tous les deux ? Ou pr'eparez-vous une descente en Am'erique ?

— Hum, pas exactement. Nous ne vivons pas clo^itr'es. Bien au contraire, mon cher Fandor, je sors tr`es fr'equemment avec mon ami Back, je fais la noce, je bois des alcools.

Fandor poursuivait d’une voix interrogative :

— Vous allez dans les bo^ites de nuit `a Montmartre.

— Pas pour mon plaisir, je t’assure, mais Back tient `a 'epuiser toutes les ressources de la Ville-Lumi`ere. Je ne le quitte pas d’une semelle.

— Ce soir vous avez pu vous en d'ebarrasser ? Mais pendant votre absence, vous n’avez pas peur qu’il disparaisse ? Ne va-t-on pas vous l’enlever ?

— Non, d'eclara Juve, et d’ailleurs, peu m’importe. D'esormais, je sais ce que je voulais savoir.

— Ah, racontez-moi c`a ?

— Ma foi, dit Juve, je veux bien.

Le policier dit alors au journaliste les circonstances 'etranges dans lesquelles il avait 'et'e amen'e `a faire au Havre la connaissance de l’Am'ericain Backefelder ; il lui avouait les soupcons qu’il avait nourri.

— En somme, vous vous surveilliez l’un et l’autre, vous 'etiez comme ce gendarme qui, en pr'esence d’un malfaiteur, r'epond `a son chef, lequel lui ordonne d’amener le bandit : — Je ne demande pas mieux, chef, mais le prisonnier ne veut pas me l^acher.

— C’est `a peu pr`es cela. `A l’heure actuelle je suis rassur'e et convaincu de l’innocence de Backefelder. Jour pour jour, heure pour heure, comme il l’avait annonc'e, le million qu’il faisait venir d’Am'erique est arriv'e et demain matin, Backefelder rembourse la somme totale `a la banque Marquet-Monnier.

— Donc cet homme est innocent, il a r'eellement 'et'e soulag'e d’un million `a bord de La Touraine ?

— C’est mon opinion.

— Et ce tiers inconnu, qui est-ce ?

— Fandor, poser la question, ce n’est pas la r'esoudre. Je n’ai pas encore effectu'e des recherches bien pr'ecises. Je vais m’employer `a d'ecouvrir le coupable.

— Moi, dit Fandor, j’ai une id'ee.

— Laquelle ?

— Oh, c’est bien simple. Le vol dont a 'et'e victime votre Am'ericain me fait l’effet d’^etre un vol audacieux, t'em'eraire m^eme et tr`es habilement effectu'e. Je ne vous parlerai pas de… Car si j’ai la conviction que notre effroyable ennemi est toujours pour quelque chose dans les myst`eres qui nous entourent, je crois qu’il doit faire agir, dans bien des cas, plus qu’il n’agit.

— Mais alors ?

— Alors ce vol aurait 'et'e commis par un complice.

— D’accord, mais lequel ?

— B'eb'e. Ce n’est pas que j’en sois certain, mais j’en ai comme un pressentiment. Par le plus grand des hasards, derni`erement, j’ai apercu B'eb'e. Ce d'elicieux cherchait une situation sociale, une place de domestique. `A ma grande surprise, je l’ai vu exhiber des certificat et une lettre de la Compagnie Transatlantique assurait que l’individu en question, dont je n’ai pas pu voir le nom v'eritable, avait 'et'e employ'e en qualit'e de steward `a bord de La Touraine. Or, n’est-ce pas sur ce navire que se trouvait votre Backefelder ?

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