ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Bouzille, en bon badaud, s’int'eressait aux parades, 'ecarquillait les yeux lorsque arriva une dame v^etue d’une robe scintillante. Elle riait aux 'eclats lorsque le clown recevait des coups de pied dans le derri`ere ou que le singe savant tournait la manivelle d’un orgue de Barbarie.

— Ah c’est rien farce, criait Bouzille qui ne marchandait pas son admiration.

Mais la m`ere Toulouche avait son id'ee :

— Comprends donc ce que je te dis, Bouzille, toi qui n’as pas de casier, tu devrais demander l’autorisation de monter une affaire comme ca dans les foires. Moi, je tiendrais la caisse, toi, tu ferais le boniment. S^ur que la combine serait bonne.

— Possible, mais je ne la ferai pas avec toi, la m`ere Toulouche.

— Pourquoi donc ?

— Tiens, parbleu, parce qu’avec toi je serais s^urement de la revue, tu me roulerais.

— Si on peut dire.

— Et comment que tu me rouleras ! Je te connais, je me connais, c’est fait d’avance.

Il 'etait d'ej`a dix heures du soir et Juve et Fandor, dissimul'es dans la foule, avaient `a peu pr`es rep'er'e tout leur monde.

— Venez Juve, dit Fandor, je viens d’apercevoir deux femmes qui nous int'eressent de facon toute particuli`ere. C’est Chonchon et puis Ad`ele. Vous savez bien, la femme de chambre.

— Je sais, fit Juve, celle qui depuis l’affaire de la Villa Sa"id fr'equente les 'etablissements de nuit.

— Si elles sont l`a, continua Fandor, j’imagine qu’un certain B'eb'e dont elles sont 'egalement 'eprises l’une et l’autre ne doit pas ^etre bien loin.

— Dans ce cas, continua Juve, suis-les. Moi, j’ai autre chose `a faire.

Le policier, d’un geste imperceptible, d'esignait une ombre qui passait solitaire, non point au milieu de la foule bruyante et 'epaisse, mais dans la petite all'ee obscure que les forains r'eservent entre le derri`ere de leurs baraques et la ligne de leurs roulottes :

— J’'etais fort ennuy'e tout `a l’heure de l’avoir perdu de vue, d'esormais, je ne le quitte pas d’un pouce.

— Mais c’est Bernard le terrassier.

— En effet.

— C’est inutile de vous acharner contre lui, cet homme-l`a est innocent, il n’a jamais rien fait.

— Possible, dit Juve, mais il fera quelque chose. Quoi ? je n’en sais rien, et c’est ce que je saurai, mais ce quelque chose qu’il m'edite, je l’emp^echerai de le r'ealiser. Va de ton c^ot'e, Fandor, moi du mien.

Le journaliste haussa les 'epaules. Fandor savait que lorsque Juve avait une id'ee dans la t^ete, il lui 'etait impossible de l’en faire d'emordre.

— `A bient^ot, d'eclara-t-il, en s’'elancant dans la foule `a la poursuite des deux amoureuses de B'eb'e.

Juve n’avait m^eme pas attendu l’adieu de Fandor pour se glisser sur les traces de Bernard.

Le policier vit le terrassier rejoindre `a la station du m'etro Marie Bernard avec les trois a^in'es de ses enfants. Juve fut d'epit'e.

— Ils vont rentrer chez eux tranquillement, se dit-il, Fandor avait peut-^etre raison.

Mais soudain, le policier tressaillit d’aise :

— Oh, oh, murmura-t-il, j’ai peut-^etre bien fait de rester l`a. Que se passe-t-il ?

Bernard, apr`es avoir longuement fouill'e dans sa poche, remit une pi`ece blanche `a sa femme, embrassa distraitement ses enfants, puis, tandis que la marmaille et la m`ere de famille descendaient l’escalier du m'etro, Bernard, tournant les talons, s’engagea au milieu de la chauss'ee large et d'eserte et chemina la t^ete basse, l’air pr'eoccup'e. Bernard s’'ecartait de la foule, de la f^ete et quelques instants apr`es, il tournait `a droite dans une ruelle qui s’orientait dans la direction des fortifications, avec Juve sur les talons.

Une demi-heure plus tard, toujours derri`ere Bernard, Juve sortit du train de ceinture, `a la gare de la porte Maillot. Oh, cette fois le coeur lui battait `a rompre, car 'evidemment, ce que Juve attendait depuis si longtemps d'ej`a allait se r'ealiser. Que venait faire dans ce quartier le myst'erieux terrassier ? C’'etait simple. Non loin de la porte Maillot se trouve la Villa Sa"id et dans la Villa Sa"id, l’h^otel occup'e par Rita d’Anr'emont, la rencontre des deux compatriotes, des deux enfants du Limousin allait-elle se produire enfin ? et chez la ma^itresse de S'ebastien ? Quel 'etait le drame auquel Juve allait sans doute assister, mais qu’il allait en m^eme temps pr'evenir par sa pr'esence ? Mais Bernard, au lieu de se diriger vers l’avenue Malakoff, s’engageait dans le boulevard Pereire. Le chemin que prenait Bernard n’'etait autre que celui que Juve aurait suivi s’il s’'etait agi pour lui d’aller de la gare de la porte Maillot `a l’appartement de la rue Bayen, que, depuis quelques jours il occupait avec l’Am'ericain. Mais Juve ne pensait pas qu’il pouvait s’agir d’autre chose que d’une co"incidence et cela dura jusqu’au moment o`u, parvenu `a l’angle du boulevard Pereire et pr'ecis'ement de la rue Bayen, le terrassier s’engagea dans cette derni`ere rue.

— Oh, oh, fit Juve, par exemple, voil`a qui devient extraordinaire.

Mais la surprise du policier devait s’accro^itre encore. Au bout de quelques instants, Bernard qui n’avait cess'e de regarder les num'eros des maisons s’arr^etait devant la porte de celle o`u logeait r'eellement Juve et Backefelder. Cet arr^et ne dura qu’une seconde. Le terrassier se baissa, glissa quelque chose sous la porte, puis, brusquement se mit `a courir et disparaissait `a l’angle d’une rue voisine avant m^eme que Juve ait eu le temps de faire le moindre mouvement, car il demeurait interloqu'e.

Le policier sonna `a sa porte. Le concierge au bout de quelques secondes tira le cordon, d`es lors Juve p'en'etra sous la vo^ute, apercut le document que quelques instants auparavant le terrassier avait gliss'e sous la porte de l’immeuble.

Juve alluma sa lampe 'electrique : C’'etait une lettre `a son adresse, `a son nom. On avait 'ecrit sur l’enveloppe, d’une 'ecriture pench'ee, r'eguli`ere, d’une 'ecriture de femme :

« Monsieur Juve. Tr`es press'e. »

Juve d'eplia et lut :

M'efiez-vous. Ne quittez pas Backefelder un instant sans quoi les pires malheurs s’abattront sur vous.

Juve 'eprouva un coup violent au coeur. Depuis six heures du soir n’avait-il pas quitt'e Backefelder ? Son 'emotion s’accroissait encore du fait que la myst'erieuse recommandation 'etait sign'ee : Lady Beltham.

13 – LE MORCEAU D’'ETOFFE

Ce n’'etait point une maison luxueuse que la maison de la rue Bayen. Juve avait d^u frotter une allumette pour lire la lettre extraordinaire que Francois Bernard avait gliss'ee sous la porte.

Maintenant, il demeurait immobile, le pied sur les premi`eres marches de l’escalier, r'efl'echissant `a l’avertissement qu’il venait de d'ecouvrir et se demandant avec une anxi'et'e grandissante s’il n’allait pas trouver chez lui, dans l’appartement qu’il occupait avec Backefelder, un terrible spectacle.

Le policier pourtant, 'etait rappel'e au sentiment de la r'ealit'e par le bruit que faisaient d’autres locataires rentrant eux aussi dans l’immeuble et carillonnant pour se faire ouvrir la porte d’entr'ee.

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