ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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— Allons, murmura le policier, il est inutile de tergiverser avec moi-m^eme, il faut que je monte. Montons.

Mais, tout de m^eme, tandis qu’il gravissait les 'etages, Juve ne marchait pas avec une grande assurance. Son allumette 'eteinte, il n’en n’avait pas frott'e une autre et pourtant, dans l’obscurit'e qui l’environnait, il voyait clair, il voyait des choses fantastiques, hallucinantes, des visions d’horreur, des visions de drame, des visions de sang. Lady Beltham ! C’'etait Lady Beltham, `a n’en pas douter, qui avait sign'e la lettre dont il froissait le papier, dans sa main. Et comment lady Beltham avait-elle pu savoir que Juve habitait momentan'ement en compagnie de l’Am'ericain H. W. K. Backefelder ? Pourquoi avertissait-elle Juve d’avoir `a ne point quitter son compagnon ? Parbleu, si lady Beltham intervenait, si lady Beltham disait `a Juve : « Ne quittez pas Backefelder », c’est que lady Beltham savait, ou croyait savoir, que Fant^omas projetait quelque chose `a l’encontre de l’Am'ericain.

Fant^omas. Il serait donc toujours sur sa route ? Chaque fois que Juve s’efforcerait de mettre son habilet'e ou son audace `a la disposition d’un malheureux `a prot'eger, il trouverait Fant^omas sur son chemin, v'eritable g'enie du mal, triomphant dans ses criminelles tentatives. Et Juve, montant son escalier, se demandait o`u 'etait Fant^omas. Ce qu’il faisait ? ce qu’il m'editait ? `a l’abri de quel masque insoupconn'e, de quelle personnalit'e inconnue il r^evait encore au Crime qui 'etait en quelque sorte sa raison de vivre ? Juve, d’une main qui tremblait un peu, introduisait sa clef dans la serrure.

— Allons donc, pensait le policier, 'eprouvant un secret besoin de se mentir `a lui-m^eme pour rattraper un peu son sang-froid, je m’exag`ere les choses, sans doute. Lady Beltham m’a pr'evenu, `a temps sans aucun doute, je ne vais pas quitter Backefelder. Fant^omas 'echouera dans ses projets et m^eme, qui sait, je r'eussirai peut-^etre `a l’appr'ehender comme dans une v'eritable sourici`ere.

La clef tourna, la serrure grinca, la porte s’ouvrit. Juve p'en'etra non sans un certain sentiment d’angoisse, non sans une appr'ehension secr`ete, dans le vestibule de l’appartement. Il referma sa porte, il tendit l’oreille. Rien. Nul bruit suspect. Il fut sur le point de se railler lui-m^eme pour ses craintes exag'er'ees. Juve avanca de trois pas dans le vestibule.

— Je suis un sot, pensa-t-il.

Puis, il s’arr^eta, il s’immobilisait, les bras en avant, respirant `a pleins poumons, et malgr'e lui, saisi par l’effroi ind'efinissable qui se d'egage on ne sait pourquoi des lieux familiers emplis d’obscurit'e et qui vous semblent soudain receler des myst`eres. Juve 'etait bien trop 'enerv'e pour demeurer longtemps dans l’incertitude.

— Bah, tant pis pour lui, pensa-t-il en se figurant M. Backefelder tranquillement endormi dans son lit et reposant la conscience en paix, je m’en vais l’'eveiller et il ne pourra pas m’en vouloir.

`A haute voix, Juve appela :

— Monsieur Backefelder.

Mais `a la voix du policier, aucun 'echo. Juve en fut surpris, il sursauta, toussa, demeura un instant interdit :

— Ah c`a, il a le sommeil bien dur.

Et il appela plus fort :

— Monsieur Backefelder.

Mais ce fut tout aussi vainement et cependant, il avait cri'e tr`es fort, le plus fort qu’il avait pu.

— Je suis trop loin de sa chambre `a coucher, se dit Juve, et c’est 'evidemment ce qui fait qu’il ne m’entend point ou que sa r'eponse ne parvient pas jusqu’`a moi.

Juve s’efforcant au calme gagnait `a t^atons un porte-parapluie o`u il accrochait son chapeau, sa pelisse, d’un mouvement qu’il voulait lent, et qui, cependant, 'etait saccad'e, nerveux, empreint d’une r'eelle inqui'etude.

— Faisons de la lumi`ere, avant tout.

Juve sortit du vestibule, ouvrit une petite porte qui conduisait `a la cuisine. Backefelder et lui, vivant au restaurant, n’utilisaient pas la pi`ece et l’avaient transform'ee en d'ebarras. Le policier, toujours `a t^atons, chercha une lampe, la trouva, frotta une allumette et il 'eprouva imm'ediatement un grand r'econfort, `a voir clair.

— Backefelder ronfle, se dit Juve, je vais aller 'ecouter `a sa porte, je l’entendrai dormir bien tranquille, et par cons'equent, je serai rassur'e.

Au sortir de la cuisine, Juve retraversa le vestibule, et, passant devant la salle `a manger, ouvrit la porte pour jeter un coup d’oeil `a la pi`ece. Il fut surpris, elle 'etait en d'esordre. Il n’y avait 'evidemment rien d’extraordinaire dans le fait que l’on avait pas enti`erement retir'e le couvert, mais tout de m^eme Juve fut ennuy'e de ne point trouver les choses en leur 'etat normal. D’ordinaire, sit^ot le d^iner achev'e, quand par hasard lui ou Backefelder d^inait rue Bayen, 'etant press'es par quelque course, le domestique qu’ils avaient engag'e s’empressait `a desservir, `a donner un coup de balai, `a rendre `a toutes choses, une apparence d’ordre et de confortable. Ce jour-l`a, il n’en 'etait pas ainsi. Juve voyait la table encore dress'ee. M^eme, dans un coin de la salle `a manger une serviette, la serviette de Backefelder 'evidemment, 'etait tomb'ee, tra^inait l`a `a l’abandon, ce qui 'etait au moins surprenant. Et Juve de son coup d’oeil perspicace notait encore que, sur l’assiette marquant la place o`u s’'etait assis l’Am'ericain, demeurait la moiti'e d’un dessert inachev'e. Qu’est-ce que cela voulait dire ?

— Continuons notre visite, se dit le policier.

Quittant la salle `a manger, Juve traversa le petit salon o`u d’ordinaire lui et l’Am'ericain, apr`es d^iner, allaient fumer un cigare. La pi`ece avait 'et'e meubl'ee `a la h^ate, en raison de l’installation provisoire de H. W. K. Backefelder mais, n'eanmoins, gr^ace `a de bons fauteuils, aux tapis 'epais, qui couraient devant la chemin'ee, elle avait un air d’intimit'e qui rassura imm'ediatement Juve.

— Ici, aucun d'esordre, murmura le policier.

Mais, tout en songeant, Juve renifla :

— Tiens, c’est curieux, il n’a donc pas fum'e aujourd’hui. Je ne sens aucune odeur de tabac et cependant le parfum du tabac anglais qu’il fume demeure d’ordinaire fort longtemps.

Cela, c’'etait une toute petite observation, mais elle venait apr`es beaucoup d’autres, elle s’ajoutait automatiquement, en quelque sorte, aux motifs d’effroi que Juve accumulait sans m^eme en avoir conscience depuis qu’il avait p'en'etr'e dans l’appartement. Et c’est avec une brusquerie qui n’avait plus rien de prudent, avec une imp'etuosit'e qui prouvait `a quel degr'e d’inqui'etude il en 'etait arriv'e, que Juve abandonna le salon-fumoir pour suivre en courant un petit corridor.

— Ah c`a, j’en aurai le coeur net.

Le policier 'etait en moins de rien `a la porte de la chambre o`u devait reposer son compagnon :

— Monsieur Backefelder ? Monsieur Backefelder ?

Par deux fois, il appela encore.

Et le silence persista. Rien ne lui r'epondit.

Juve colla son oreille au vantail de la porte. Le lit 'etait tout contre, le long de la muraille, il allait sans doute percevoir la respiration du dormeur, s’assurer facilement qu’il 'etait l`a. Juve ne percut rien. Il avait eu peur dans le salon, il eut encore plus peur. Ce n’'etait plus le moment de tergiverser, d’agir avec d'elicatesse.

Juve empoigna le bouton de la porte, voulut entrer dans la pi`ece. La porte r'esista. Elle 'etait ferm'ee.

— Ah c`a, mais qu’est-ce que cela veut dire ? Jamais Backefelder n’a ferm'e sa porte `a clef, que je sache.

Juve se recula, il s’adossa `a la porte, les pieds appuy'es contre le mur, il fit un violent effort, pr^et `a faire sauter la porte de ses gonds. Mais la porte 'etait solide. Elle r'esista. Alors, Juve s’impatienta. Tout `a l’heure, l’angoisse l’effleurait seulement et il lui r'esistait, maintenant elle le tenait, il 'etait en sa possession, il 'etait pris par la peur. Juve, abandonnant le proc'ed'e qu’il avait adopt'e un instant, changea de tactique. En d'epit du bruit qu’il causait dans l’immeuble tranquille, `a cette heure avanc'ee de la nuit, il entreprit de d'efoncer `a coups d’'epaule l’un des panneaux de la porte. Et pendant qu’il se meurtrissait les chairs, Juve, les yeux ferm'es, ayant pos'e sa lampe sur le sol `a c^ot'e de lui, croyait voir Fant^omas, lady Beltham, lady Beltham qui connaissait Francois Bernard puisque c’'etait par l’interm'ediaire du terrassier que Juve avait recu la lettre de la ma^itresse du bandit. Il ne fallut pas longtemps `a Juve pour r'eussir. Dou'e d’une vigueur exceptionnelle, habile aussi `a de pareilles entreprises, Juve, en quelques secondes, d'efonca le panneau inf'erieur de la porte. Il p'en'etra dans la chambre de Backefelder.

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