ЖАНРЫ

Французский с любовью. Тристан и Изольда / Le roman de Tristan et Iseut

Бакаева С. А.

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Il accourut, le bossu maudit, et Denoalen l’accola. 'Ecoutez quelle trahison il enseigna au roi : « Sire, commande `a ton neveu que demain, d`es l’aube, au galop, il chevauche vers Carduel pour porter au roi Arthur un bref sur parchemin [40] , bien scell'e de cire. Roi, Tristan couche pr`es de ton lit. Sors de ta chambre `a l’heure du premier sommeil, et, je te le jure par Dieu et par la loi de Rome, s’il aime Iseut de fol amour, il voudra venir lui parler avant son d'epart : mais, s’il y vient sans que je le sache et sans que tu le voies, alors tue-moi. Pour le reste, laisse-moi mener l’aventure `a ma guise et garde-toi seulement de parler `a Tristan de ce message avant l’heure du coucher. – Oui, r'epondit Marc, qu’il en soit fait ainsi ! ».

40

un bref sur parcheminпослание на пергаменте

Alors le nain fit une laide f'elonie. Il entra chez un boulanger et lui prit pour quatre deniers de fleur de farine qu’il cacha dans le giron de sa robe. Ah ! qui se f^ut jamais avis'e de telle tra^itrise ? La nuit venue, quand le roi eut prit son repas et que ses hommes furent endormis par la vaste salle voisine de sa chambre, Tristan s’en vint, comme il avait coutume, au coucher du roi Marc. « Beau neveu, faites ma volont'e [41] : vous chevaucherez vers le roi Arthur jusqu’`a Carduel, et vous lui ferez d'eplier ce bref. Saluez-le de ma part et ne s'ejournez qu’un jour aupr`es de lui. – Roi, je le porterai demain. – Oui, demain, avant que le jour se l`eve ».

41

faites ma volont'e – исполни мою волю

Voil`a Tristan en grand 'emoi. De son lit au lit de Marc il y avait bien la longueur d’une lance. Un d'esir furieux le prit de parler `a la reine, et il se promit en son coeur que, vers l’aube, si Marc dormait, il se rapprocherait d’elle. Ah ! Dieu ! la folle pens'ee ! Le nain couchait, comme il avait coutume, dans la chambre du roi. Quand il crut que tous dormaient, il se leva et r'epandit entre le lit de Tristan et celui de la reine la fleur de farine : si l’un des deux amants allait rejoindre l’autre, la farine garderait la forme de ses pas. Mais, comme il l’'eparpillait, Tristan, qui restait 'eveill'e, le vit. « Qu’est-ce `a dire ? ce nain n’a pas coutume de me servir pour mon bien ; mais il sera d'ecu : bien fou qui lui laisserait prendre l’empreinte de ses pas ! ».

`A mi-nuit, le roi se leva et sortit, suivi du nain bossu. Il faisait noir dans la chambre : ni cierge allum'e, ni lampe. Tristan se dressa debout sur son lit. Dieu ! pourquoi eut-il cette pens'ee ? Il joint les pieds, estime la distance, bondit et retombe sur le lit du roi. H'elas ! la veille, dans la for^et, le boutoir d’un grand sanglier l’avait navr'e `a la jambe, et, pour son malheur, la blessure n’'etait point band'ee. Dans l’effort de ce bond, elle s’ouvre, saigne, mais Tristan ne voit pas le sang qui fuit et rougit les draps.

Et dehors, `a la lune, le nain, par son art de sortil`ege, connut que les amants 'etaient r'eunis. Il en trembla de joie et dit au roi : « Va, et maintenant, si tu ne les surprends pas ensemble, fais-moi pendre ! » Ils viennent donc vers la chambre, le roi, le nain et les quatre f'elons. Mais Tristan les a entendus : il se rel`eve, s’'elance, atteint son lit… H'elas ! au passage, le sang a malement coul'e de la blessure sur la farine.

Voici le roi, les barons, et le nain, qui porte une lumi`ere. Tristan et Iseut feignaient de dormir ; ils 'etaient rest'es seuls dans la chambre, avec Perinis, qui couchait aux pieds de Tristan et ne bougeait pas. Mais le roi voit sur le lit les draps tout vermeils et, sur le sol, la fleur de farine tremp'ee de sang frais.

Alors les quatre barons, qui ha"issaient Tristan pour sa prouesse, le maintiennent sur son lit, et menacent la reine et la raillent, la narguent et lui promettent bonne justice. Ils d'ecouvrent la blessure qui saigne : « Tristan, dit le roi, nul d'ementi ne vaudrait d'esormais ; vous mourrez demain ».

Il lui crie : « Accordez-moi merci, seigneur ! Au nom du Dieu qui souffrit la passion, seigneur, piti'e pour nous !

– Seigneur, venge-toi ! r'epondent les f'elons.

– Bel oncle, ce n’est pas pour moi que je vous implore ; que m’importe de mourir ? Certes, n’'etait la crainte de vous courroucer, je vendrais cher cet affront aux couards qui, sans votre sauvegarde, n’auraient os'e toucher mon corps de leurs mains ; mais, par respect et pour l’amour de vous, je me livre `a votre merci ; faites de moi selon votre plaisir. Me voici, seigneur, mais piti'e pour la reine ! ».

Et Tristan s’incline et s’humilie `a ses pieds. « Piti'e pour la reine, car s’il est un homme, en ta maison, assez hardi pour soutenir ce mensonge que je l’ai aim'ee d’amour coupable, il me trouvera debout devant lui en champ clos. Sire, gr^ace pour elle, au nom du seigneur Dieu ! ». Mais les trois barons l’ont li'e de cordes, lui et la reine. Ah ! s’il avait su qu’il ne serait pas admis `a prouver son innocence en combat singulier, on l’e^ut d'emembr'e vif avant qu’il e^ut souffert d’^etre li'e vilement. Mais il se fiait en Dieu et savait qu’en champ clos nul n’oserait brandir une arme contre lui. Et, certes, il se fiait justement en Dieu. Quand il jurait qu’il n’avait jamais aim'e la reine d’amour coupable, les f'elons riaient de l’insolente imposture.

Mais je vous appelle, seigneurs, vous qui savez la v'erit'e du philtre bu sur la mer et qui comprenez, disait-il mensonge ? Ce n’est pas le fait qui prouve le crime, mais le jugement. Les hommes voient le fait, mais Dieu voit les coeurs, et, seul, il est vrai juge. Il a donc institu'e que tout homme accus'e pourrait soutenir son droit par bataille, et lui-m^eme combat avec l’innocent. C’est pourquoi Tristan r'eclamait justice et bataille et se garda de manquer en rien au roi Marc. Mais s’il avait pu pr'evoir ce qui advint, il aurait tu'e les f'elons. Ah ! Dieu ! pourquoi ne les tua-t-il pas ?

VIII

Le saut de la chapelle

Par la cit'e, dans la nuit noire, la nouvelle court : Tristan et la reine ont 'et'e saisis ; le roi veut les tuer. Riches bourgeois et petites gens, tous pleurent.

« H'elas ! nous devons bien pleurer ! Tristan, hardi baron, mourrez-vous donc par si laide tra^itrise ? Et vous, reine franche, reine honor'ee, en quelle terre na^itra jamais fille de roi si belle, si ch`ere ? C’est donc l`a, nain bossu, l’oeuvre de tes devinailles ? Qu’il ne voie jamais la face de Dieu, celui qui, t’ayant trouv'e, n’enfoncera pas son 'epieu dans ton corps ! Tristan, bel ami cher, quand le Morholt, venu pour ravir nos enfants, prit terre sur ce rivage, nul de nos barons n’osa s’armer contre lui, et tous se taisaient, pareils `a des muets. Mais vous, Tristan, vous avez fait le combat pour nous tous, hommes de Cornouailles, et vous avez tu'e le Morholt ; et lui vous navra d’un 'epieu dont vous avez manqu'e mourir pour nous. Aujourd’hui, en souvenir de ces choses, devrions-nous consentir `a votre mort ? ».

Les plaintes, les cris, montent par la cit'e ; tous courent au palais. Mais tel est le courroux du roi qu’il n’y a si fort ni si fier baron qui ose risquer une seule parole pour le fl'echir.

Le jour approche, la nuit s’en va. Avant le soleil lev'e, Marc chevauche hors de la ville, au lieu o`u il avait coutume de tenir ses plaids et de juger. Il commande qu’on creuse une fosse en terre et qu’on y amasse des sarments noueux et tranchants et des 'epines blanches et noires, arrach'ees avec leurs racines. `A l’heure de prime [42] , il fait crier un ban par le pays pour convoquer aussit^ot les hommes de Cornouailles. Ils s’assemblent `a grand bruit : nul qui ne pleure, hormis [43] le nain de Tintagel.

42

A l’heure de primeустар. в шесть часов утра (первый канонический час)

43

hormis – кроме, за исключением

Alors le roi leur parla ainsi : « Seigneurs, j’ai fait dresser ce b^ucher d’'epines pour Tristan et pour la reine, car ils ont forfait ». Mais tous lui cri`erent : « Jugement, roi ! Le jugement d’abord, l’escondit et le plaid ! Les tuer sans jugement, c’est honte et crime, Roi, r'epit et merci pour eux ! ».

Marc r'epondit en sa col`ere : « Non, ni r'epit, ni merci, ni plaid, ni jugement ! Par ce Seigneur qui cr'ea le monde, si nul m’ose encore requ'erir de telle chose, il br^ulera le premier sur ce brasier ! ».

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