Французский с любовью. Тристан и Изольда / Le roman de Tristan et Iseut
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Pourtant, le roi faisait crier par la Cornouailles la nouvelle qu’`a trois jours de l`a, au Gu'e Aventureux, il ferait accord avec la reine. Dames et chevaliers se rendirent en foule `a cette assembl'ee ; tous d'esiraient revoir la reine Iseut, tous l’aimaient, sauf les trois f'elons qui survivaient encore. Mais de ces trois, l’un mourra par l’'ep'ee, l’autre p'erira transperc'e par une fl`eche, l’autre noy'e ; et, quant au forestier, Perinis, le Franc, le Blond, l’assommera `a coups de son b^aton, dans le bois. Ainsi Dieu, qui hait toute d'emesure, vengera les amants de leurs ennemis !
Au jour marqu'e pour l’assembl'ee, au Gu'e Aventureux, la prairie brillait au loin, toute tendue et par'ee des riches tentes des barons. Dans la for^et, Tristan chevauchait avec Iseut, et, par crainte d’une emb^uche, il avait rev^etu son haubert sous ses haillons. Soudain, tous deux apparurent au seuil de la for^et et virent au loin, parmi ses barons, le roi Marc.
« Amie, dit Tristan, voici le roi votre seigneur, ses chevaliers et ses soudoyers ; ils viennent vers nous ; dans un instant nous ne pourrons plus nous parler. Par le Dieu puissant et glorieux, je vous conjure : si jamais je vous adresse un message, faites ce que je vous manderai ! – Ami Tristan, d`es que j’aurai revu l’anneau de jaspe vert, ni tour, ni mur, ni fort ch^ateau ne m’emp^echeront de faire la volont'e de mon ami. – Iseut, Dieu t’en sache gr'e ! [53] »
53
Dieu t'en sache gr'e ! – да вознаградит тебя Господь!
Leurs deux chevaux marchaient c^ote `a c^ote : il l’attira vers lui et la pressa entre ses bras. « Ami, dit Iseut, entends ma derni`ere pri`ere : tu vas quitter ce pays ; attends du moins quelques jours ; cache-toi, tant que tu saches comment me traite le roi, dans sa col`ere ou sa bont'e!… Je suis seule : qui me d'efendra des f'elons ? J’ai peur ! Le forestier Orri t’h'ebergera secr`etement ; glisse-toi la nuit jusqu’au cellier ruin'e : j’y enverrai Perinis pour te dire si nul me maltraite. – Amie, nul n’osera. Je resterai cach'e chez Orri : quiconque te fera outrage, qu’il se garde de moi comme de l’Ennemi ! »
Les deux troupes s’'etaient assez rapproch'ees pour 'echanger leurs saluts. `A une port'ee d’arc en avant des siens, le roi chevauchait hardiment ; avec lui, Dinas de Lidan. Quand les barons l’eurent rejoint, Tristan, tenant par les r^enes le palefroi d’Iseut, salua le roi et dit : « Roi, je te rends Iseut la Blonde. Devant les hommes de ta terre, je te requiers de m’admettre `a me d'efendre en ta cour. Jamais je n’ai 'et'e jug'e. Fais que je me justifie par bataille : vaincu, br^ule-moi dans le soufre ; vainqueur, retiens-moi pr`es de toi ; ou, si tu ne veux pas me retenir, je m’en irai vers un pays lointain ».
Nul n’accepta le d'efi de Tristan. Alors, Marc prit, `a son tour, le palefroi d’Iseut par les r^enes, et, la confiant `a Dinas, se mit `a l’'ecart pour prendre conseil.
Joyeux, Dinas fit `a la reine maint honneur et mainte courtoisie. Il lui ^ota sa chape d’'ecarlate somptueuse, et son corps apparut gracieux sous la tunique fine et le grand bliaut de soie. Et la reine sourit au souvenir du vieil ermite, qui n’avait pas 'epargn'e ses deniers. Sa robe est riche, ses membres d'elicats, ses yeux vairs, ses cheveux clairs comme des rayons de soleil.
Quand les f'elons la virent belle et honor'ee comme jadis, irrit'es, ils chevauch`erent vers le roi. `A ce moment, un baron, Andr'e de Nicole, s’efforcait de le persuader : « Sire, disait-il, retiens Tristan pr`es de toi ; tu seras, gr^ace `a lui, un roi plus redout'e ».
Et, peu `a peu, il assouplissait le coeur de Marc. Mais les f'elons vinrent `a l’encontre et dirent : « Roi, 'ecoute le conseil que nous te donnons en loyaut'e. On a m'edit de la reine ; `a tort, nous l’accordons ; mais si Tristan et elle rentrent ensemble `a ta cour, on en parlera de nouveau. Laisse plut^ot Tristan s’'eloigner quelque temps ; un jour, sans doute, tu le rappelleras ».
Marc fit ainsi : il fit mander `a Tristan par ses barons de s’'eloigner sans d'elai. Alors, Tristan vint vers la reine et lui dit adieu. Ils se regard`erent. La reine eut honte `a cause de l’assembl'ee et rougit. Mais le roi fut 'emu de piti'e, et, parlant `a son neveu pour la premi`ere fois : « O`u iras-tu, sous ces haillons ? Prends dans mon tr'esor ce que tu voudras, or, argent, vair et gris. – Roi, dit Tristan, je n’y prendrai ni un denier, ni une maille. Comme je pourrai, j’irai servir `a grand’joie le riche roi de Frise ».
Il tourna bride et descendit vers la mer. Iseut le suivit du regard, et, si longtemps qu’elle put l’apercevoir au loin, ne se d'etourna point.
`A la nouvelle de l’accord, grands et petits, hommes, femmes et enfants accoururent en foule hors la ville `a la rencontre d’Iseut ; et, menant grand deuil de l’exil de Tristan, ils faisaient f^ete `a leur reine retrouv'ee. Au bruit des cloches, par les rues bien jonch'ees, encourtin'ees de soie, le roi, les comtes et les princes lui firent cort`ege ; les portes du palais s’ouvrirent `a tous venants ; riches et pauvres purent s’asseoir et manger, et, pour c'el'ebrer ce jour, Marc, ayant affranchi cent de ses serfs, donna l’'ep'ee et le haubert `a vingt bacheliers qu’il arma de sa main.
Cependant, la nuit venue, Tristan, comme il l’avait promis `a la reine, se glissa chez le forestier Orri, qui l’h'ebergea secr`etement dans le cellier ruin'e. Que les f'elons se gardent !
XII
Le jugement par le fer rouge
Bient^ot, Denoalen, Andret et Gondo"ine se crurent en s^uret'e : sans doute, Tristan tra^inait sa vie outre la mer, en pays trop lointain pour les atteindre. Donc, un jour de chasse, comme le roi, 'ecoutant les abois de sa meute, retenait son cheval au milieu d’un essart, tous trois chevauch`erent vers lui : « Roi, entends notre parole. Tu avais condamn'e la reine sans jugement, et c’'etait forfaire ; aujourd’hui tu l’absous sans jugement : n’est-ce pas forfaire encore ? Jamais elle ne s’est justifi'ee, et les barons de ton pays vous en bl^ament tous deux. Conseille-lui plut^ot de r'eclamer elle-m^eme le jugement de Dieu. Que lui en co^utera-t-il, innocente, de jurer sur les ossements des saints qu’elle n’a jamais failli ? Innocente, de saisir un fer rougi au feu ? Ainsi le veut la coutume, et par cette facile 'epreuve seront `a jamais dissip'es les soupcons anciens ».
Marc irrit'e r'epondit : « Que Dieu vous d'etruise, seigneurs cornouaillais, vous qui sans r'epit cherchez ma honte ! Pour vous j’ai chass'e mon neveu ; qu’exigez-vous encore ? Que je chasse la reine en Irlande ? Quels sont vos griefs nouveaux ? Contre les anciens griefs, Tristan ne s’est-il pas offert `a la d'efendre ? Pour la justifier, il vous a pr'esent'e la bataille et vous l’entendiez tous : que n’avez-vous pris contre lui vos 'ecus et vos lances ? Seigneurs, vous m’avez requis outre le droit ; craignez donc que l’homme pour vous chass'e, je le rappelle ici ! »
Alors les couards trembl`erent ; ils crurent voir Tristan revenu, qui saignait `a blanc leurs corps. « Sire, nous vous donnions loyal conseil, pour votre honneur, comme il sied `a vos f'eaux ; mais nous nous tairons d'esormais. Oubliez votre courroux, rendez-nous votre paix ! »
Mais Marc se dressa sur ses arcons : « Hors de ma terre, f'elons ! Vous n’aurez plus ma paix. Pour vous j’ai chass'e Tristan ; `a votre tour, hors de ma terre ! – Soit, beau sire ! Nos ch^ateaux sont forts, bien clos de pieux, sur des rocs durs `a gravir ! »