ЖАНРЫ

Французский с любовью. Тристан и Изольда / Le roman de Tristan et Iseut

Бакаева С. А.

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Tristan s’appuie sur son arc, et longuement se lamente dans la nuit. Dans le fourr'e clos de ronces qui leur servait de g^ite, Iseut la Blonde attendait le retour de Tristan. A la clart'e d’un rayon de lune, elle vit luire `a son doigt l’anneau d’or que Marc y avait gliss'e. Elle songea : « Celui qui, par belle courtoisie m’a donn'e cet anneau d’or n’est pas l’homme irrit'e qui me livrait aux l'epreux ; non, c’est le seigneur compatissant qui, du jour o`u j’ai abord'e sur sa terre, m’accueillit et me prot'egea. Comme il aimait Tristan ! Mais je suis venue, et qu’ai-je fait ? Tristan ne devrait-il pas vivre au palais du roi, avec cent damoiseaux autour de lui, qui seraient de sa mesnie et le serviraient pour ^etre arm'es chevaliers ? Ne devrait-il pas, chevauchant par les cours et les baronnies, chercher soud'ees et aventures [50] ? Mais, pour moi, il oublie toute chevalerie, exil'e de la cour, pourchass'e dans ce bois, menant cette vie sauvage !… ».

50

chercher soud'ees et aventuresв поисках ратных подвигов и приключений

Elle entendit alors sur les feuilles et les branches mortes s’approcher le pas de Tristan. Elle vint `a sa rencontre comme `a son ordinaire, pour lui prendre ses armes. Elle lui enleva des mains l’arc Qui-ne-faut et ses fl`eches, et d'enoua les attaches de son 'ep'ee. « Amie, dit Tristan, c’est l’'ep'ee du roi Marc. Elle devait nous 'egorger, elle nous a 'epargn'es ».

Iseut prit l’'ep'ee, en baisa la garde d’or ; et Tristan vit qu’elle pleurait. « Amie, dit-il, si je pouvais faire accord avec le roi Marc ! S’il m’admettait `a soutenir par bataille que jamais, ni en fait, ni en paroles, je ne vous ai aim'ee d’amour coupable, tout chevalier de son royaume depuis Lidan jusqu’`a Durham qui m’oserait contredire me trouverait arm'e en champ clos. Puis, si le roi voulait souffrir de me garder en sa mesnie, je le servirais `a grand honneur, comme mon seigneur et mon p`ere ; et, s’il pr'ef'erait m’'eloigner et vous garder, je passerais en Frise ou en Bretagne, avec Gorvenal comme seul compagnon. Mais partout o`u j’irais, reine, et toujours, je resterais v^otre. Iseut, je ne songerais pas `a cette s'eparation, n’'etait la dure mis`ere que vous supportez pour moi depuis si longtemps, belle, en cette terre d'eserte. – Tristan, qu’il vous souvienne de l’ermite Ogrin dans son bocage. Retournons vers lui, et puissions-nous crier merci au puissant roi c'eleste, Tristan, ami! »

Ils 'eveill`erent Gorvenal ; Iseut monta sur le cheval, que Tristan conduisit par le frein, et, toute la nuit, traversant pour la derni`ere fois les bois aim'es, ils chemin`erent sans une parole.

Au matin, ils prirent du repos, puis march`erent encore, tant qu’ils parvinrent `a l’ermitage. Au seuil de sa chapelle, Ogrin lisait en un livre. Il les vit, et, de loin, les appela tendrement : « Amis ! comme amour vous traque de mis`ere en mis`ere ! Combien durera votre folie ? Courage ! repentez-vous enfin! » Tristan lui dit : « Ecoutez, sire Ogrin. Aidez-nous pour offrir un accord au roi. Je lui rendrais la reine. Puis, je m’en irais au loin, en Bretagne ou en Frise ; un jour, si le roi voulait me souffrir pr`es de lui, je reviendrais et le servirais comme je dois ». Inclin'ee aux pieds de l’ermite, Iseut dit `a son tour, dolente : « Je ne vivrai plus ainsi. Je ne dis pas que je me repente d’avoir aim'e et d’aimer Tristan, encore et toujours ; mais nos corps, du moins, seront d'esormais s'epar'es ».

L’ermite pleura et adora Dieu : « Dieu, beau roi tout-puissant ! Je vous rends gr^aces de m’avoir laiss'e vivre assez longtemps pour venir en aide `a ceux-ci ! » Il les conseilla sagement, puis il prit de l’encre et du parchemin et 'ecrivit un bref o`u Tristan offrait un accord au roi. Quand il y eut 'ecrit toutes les paroles que Tristan lui dit, celui-ci les scella de son anneau.

« Qui portera ce bref ? demanda l’ermite. – Je le porterai moi-m^eme. – Non, sire Tristan, vous ne tenterez point cette chevauch'ee hasardeuse ; j’irai pour vous, je connais bien les ^etres du ch^ateau. – Laissez, beau sire Ogrin ; la reine restera en votre ermitage ; `a la tomb'ee de la nuit, j’irai avec mon 'ecuyer, qui gardera mon cheval ».

Quand l’obscurit'e descendit sur la for^et, Tristan se mit en route avec Gorvenal. Aux portes de Tintagel, il le quitta. Sur les murs, les guetteurs sonnaient leurs trompes. Il se coula dans le foss'e et traversa la ville au p'eril de son corps. Il franchit comme autrefois les palissades aigu"es du verger, revit le perron de marbre, la fontaine et le grand pin, et s’approcha de la fen^etre derri`ere laquelle le roi dormait. Il l’appela doucement. Marc s’'eveilla. « Qui es-tu, toi qui m’appelles dans la nuit `a pareille heure ? – Sire, je suis Tristan, je vous apporte un bref ; je le laisse l`a, sur le grillage de cette fen^etre. Faites attacher votre r'eponse `a la branche de la Croix-Rouge. – Pour l’amour de Dieu, beau neveu, attends-moi! » Il s’'elanca sur le seuil, et, par trois fois, cria dans la nuit : « Tristan ! Tristan ! Tristan, mon fils ! »

Mais Tristan avait fui. Il rejoignit son 'ecuyer, et, d’un bond l'eger, se mit en selle : « Fou ! dit Gorvenal, h^ate-toi, fuyons par ce chemin ». Ils parvinrent enfin `a l’ermitage o`u ils trouv`erent, les attendant, l’ermite qui priait, Iseut qui pleurait.

XI

Le Gu'e Aventureux

Marc fit 'eveiller son chapelain et lui tendit la lettre. Le clerc brisa la cire et salua d’abord le roi au nom de Tristan ; puis, ayant habilement d'echiffr'e les paroles 'ecrites, il lui rapporta ce que Tristan lui mandait. Marc l’'ecouta sans mot dire et se r'ejouissait en son coeur, car il aimait encore la reine. Il convoqua nomm'ement les plus pris'es de ses barons, et, quand ils furent tous assembl'es, ils firent silence et le roi parla : « Seigneurs, j’ai recu ce bref. Je suis roi sur vous et vous ^etes mes f'eaux. 'Ecoutez les choses qui me sont mand'ees ; puis, conseillez-moi, je vous en requiers, puisque vous me devez le conseil ».

Le chapelain se leva, d'elia le bref de ses deux mains, et, debout devant le roi : « Seigneurs, dit-il, Tristan mande d’abord salut et amour au roi et `a toute sa baronnie. « Roi, ajoute-t-il, quand j’ai eu tu'e le dragon et que j’eus conquis la fille du roi d’Irlande, c’est `a moi qu’elle fut donn'ee ; j’'etais ma^itre de la garder, mais je ne l’ai point voulu : je l’ai amen'ee en votre contr'ee et vous l’ai livr'ee. Pourtant, `a peine l’aviez-vous prise pour femme, des f'elons vous firent accroire leurs mensonges. En votre col`ere, bel oncle, mon seigneur, vous avez voulu nous faire br^uler sans jugement. Mais Dieu a 'et'e pris de compassion : nous l’avons suppli'e, il a sauv'e la reine, et ce fut justice ; moi aussi, en me pr'ecipitant d’un rocher 'elev'e, j’'echappai, par la puissance de Dieu. Qu’ai-je fait depuis, que l’on puisse bl^amer ? La reine 'etait livr'ee aux malades, je suis venu `a sa rescousse, je l’ai emport'ee : pouvais-je donc manquer en ce besoin `a celle qui avait failli mourir, innocente, `a cause de moi ? J’ai fui avec elle par les bois : pouvais-je donc, pour vous la rendre, sortir de la for^et et descendre dans la plaine ? N’aviez-vous pas command'e qu’on nous pr^it morts ou vifs ? Mais, aujourd’hui comme alors, je suis pr^et, beau sire, `a donner mon gage et `a soutenir contre tout venant par bataille que jamais la reine n’eut pour moi, ni moi pour la reine, d’amour qui vous f^ut une offense. Ordonnez le combat : je ne r'ecuse nul adversaire, et, si je ne puis prouver mon droit, faites-moi br^uler devant vos hommes. Mais si je triomphe et qu’il vous plaise de reprendre Iseut au clair visage, nul de vos barons ne vous servira mieux que moi ; si, au contraire, vous n’avez cure de mon service [51] , je passerai la mer, j’irai m’offrir au roi de Gavoie ou au roi de Frise, et vous n’entendrez plus jamais parler de moi. Sire, prenez conseil, et, si vous ne consentez `a nul accord, je ram`enerai Iseut en Irlande, o`u je l’ai prise ; elle sera reine en son pays ».

51

si, au contraire, vous n'avez cure de mon service…если, напротив, вы пренебрежёте моей службой…

Quand les barons cornouaillais entendirent que Tristan leur offrait la bataille, ils dirent tous au roi : « Sire, reprends la reine : ce sont des insens'es qui l’ont calomni'ee aupr`es de toi. Quant `a Tristan, qu’il s’en aille, ainsi qu’il l’offre, guerroyer en Gavoie ou pr`es du roi de Frise. Mande-lui de te ramener Iseut, `a tel jour et bient^ot ».

Le roi demanda par trois fois : « Nul ne se l`eve-t-il pour accuser Tristan ? » Tous se taisaient. Alors, il dit au chapelain : « Faites donc un bref au plus vite ; vous avez ou"i ce qu’il faut y mettre ; h^atez-vous de l’'ecrire : Iseut n’a que trop souffert en ses jeunes ann'ees ! Et que la charte soit suspendue `a la branche de la Croix-Rouge avant ce soir ; faites vite ».

Il ajouta : « Vous direz encore que je leur envoie `a tous deux salut et amour ».

Vers la mi-nuit, Tristan traversa la Blanche-Lande, trouva le bref et l’apporta scell'e `a l’ermite Ogrin. L’ermite lui lut les lettres : Marc consentait, sur le conseil de tous ses barons, `a reprendre Iseut, mais non `a garder Tristan comme soudoyer [52] ; pour Tristan, il lui faudrait passer la mer, quand, `a trois jours de l`a, au Gu'e Aventureux, il aurait remis la reine entre les mains de Marc. « Dieu ! dit Tristan, quel deuil de vous perdre, amie ! Il le faut, pourtant, puisque la souffrance que vous supportiez `a cause de moi, je puis maintenant vous l’'epargner. Quand viendra l’instant de nous s'eparer, je vous donnerai un pr'esent, gage de mon amour. Du pays inconnu o`u je vais, je vous enverrai un messager ; il me redira votre d'esir, amie, et, au premier appel, de la terre lointaine, j’accourai ».

52

garder Tristan comme soudoyerоставить Тристана у себя на службе

Iseut soupira et dit : « Tristan, laisse-moi Husdent, ton chien. Jamais limier de prix n’aura 'et'e gard'e `a plus d’honneur. Quand je le verrai, je me souviendrai de toi et je serai moins triste. Ami, j’ai un anneau de jaspe vert, prends-le pour l’amour de moi, porte-le `a ton doigt : si jamais un messager pr'etend venir de ta part, je ne le croirai pas, quoi qu’il fasse ou qu’il dise, tant qu’il ne m’aura pas montr'e cet anneau. Mais, d`es que je l’aurai vu, nul pouvoir, nulle d'efense royale, ne m’emp^echeront de faire ce que tu m’auras mand'e, que ce soit sagesse ou folie. – Amie, je vous donne Husdent. – Ami, prenez cet anneau en r'ecompense ». Et tous deux se bais`erent sur les l`evres.

Or, laissant les amants `a l’ermitage, Ogrin avait chemin'e sur sa b'equille jusqu’au Mont ; il y acheta du vair, du gris, de l’hermine, des draps de soie, de pourpre et d’'ecarlate, et un chainse plus blanc que fleur de lis, et encore un palefroi harnach'e d’or, qui allait l’amble doucement. Les gens riaient `a le voir disperser, pour ces achats 'etranges et magnifiques, ses deniers d`es longtemps amass'es ; mais le vieil homme chargea sur le palefroi les riches 'etoffes et revint aupr`es d’Iseut : « Reine, vos v^etements tombent en lambeaux ; acceptez ces pr'esents, afin que vous soyez plus belle le jour o`u vous irez au Gu'e Aventureux ; je crains qu’ils ne vous d'eplaisent : je ne suis pas expert `a choisir de tels atours ».

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