La main coup?e (Отрезанная рука)
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Tout cela s’'etait pass'e si vite que la plupart des voyageurs n’y avaient rien vu. Il y avait Louppe, cependant, Louppe qui s’'etait 'ecri'ee :
— Mais c’est la bague d’Isabelle de Guerray. C’est une bague comme elle en a donn'e une `a son amant.
Juve et Fandor qui ignoraient que semblable cadeau 'etait un usage 'etabli, presque une tradition, chez la vieille demi-mondaine, en arrivaient tout naturellement `a une conclusion :
— Juve.
— Fandor.
— Que signifie tout cela ?
— Quelle co"incidence.
— Cette main de cadavre nous menace.
— Ou nous d'efie.
— Juve, on savait que nous 'etions dans le train.
— Fandor on veut nous d'efendre de nous occuper de cette affaire.
Et les deux hommes se turent.
Qui donc pouvait oser leur adresser semblable ultimatum ?
D'ej`a, le policier et le journaliste pensaient `a…
7 – DE PLUS EN PLUS FORT
— Fandor ?
— Mon bon Juve ?
— O`u t’imagines-tu que nous allons descendre ?
— Je n’en ai aucune id'ee. Vous tenez `a un h^otel plut^ot qu’`a un autre ?
— Imb'ecile. Idiot. Cr'etin.
Tous deux venaient de descendre `a la gare de Monaco, quittant avec joie ce train mal'efique. Tous deux avaient pris cong'e, avec force promesse de se revoir, de leurs compagnons et de leurs compagnes de route, de la belle Daisy Kissmi, de Mario Isolino.
Et Juve continuait :
— Imb'ecile, triple imb'ecile ! Comment, voil`a plus de dix ans que nous travaillons ensemble, et tu n’es pas encore capable, Fandor, au moment o`u nous d'ebutons dans l’'etude d’une affaire myst'erieuse et intrigante, dangereuse aussi, de deviner `a quel h^otel il faut descendre ?
— Juve, nous descendrons o`u vous voudrez. Mais je vous avoue que je n’ai aucune id'ee quant au choix de l’h^otel.
— Pourtant, Fandor, cela s’impose.
— Qu’est-ce qui s’impose, Juve ?
— Mais que nous devons descendre dans l’h^otel le plus moche.
— C’est toujours agr'eable. Et pourquoi cela, Juve ?
— Parce que j’imagine qu’on ne nous y attend pas.
Tandis que Fandor 'etait rompu, 'ereint'e `a l’extr^eme par le dur voyage qu’il venait d’accomplir, voyage tragiquement interrompu par l’incident d’Arles et la menace implicite que cet incident comportait, Juve, au contraire, 'etait frais et dispos, repos'e, pr^et `a agir, exactement comme s’il e^ut quitt'e son lit depuis quelques minutes.
— Mon petit Fandor, les autruches sont des animaux stupides. Rien ne sert de se mettre la t^ete dans le sable pour fuir un danger. Autrement dit, nous agirions l’un et l’autre comme de v'eritables insens'es si, parce que nous ne convenions pas du p'eril o`u nous sommes, nous pensions mieux y 'echapper.
— Juve, je vous donne toutes les m'edailles de chocolat du monde, et m^eme un b^aton de sucre d’orge si vous vous d'ecidez `a parler autrement que par 'enigmes. De quel danger nous menacez-vous ?
— De quel danger je nous menace, Fandor ? Voyons. La main retrouv'ee cette nuit dans l’aiguille d’Arles provient du cadavre de Norbert du Rand ? Nous sommes bien d’accord que c’est `a peu pr`es certain ?
— Oui, nous sommes d’accord, poursuivit Fandor, cela r'esulte de la bague identifi'ee par la jeune Louppe. Mais en quoi…
— En quoi ceci nous int'eresse ? En cela, mon petit, que ce n’est pas par hasard, `a coup s^ur, qu’un assassin s’est donn'e la peine de tuer un individu sur la ligne de Vintimille `a Nice, puis d’aller faire retrouver sa main par toi et moi sur la ligne de Paris-Marseille.
— Non, Juve. Mais…
— Attends. Donc, si ce n’est pas l’effet du hasard, c’est le r'esultat d’une volont'e bien arr^et'ee. La volont'e de qui ? tu l’as devin'e ?
— Non.
— Alors, 'ecoute : l’homme qui a fait cela, l’a fait, `a coup s^ur, pour t^acher de nous retenir, toi et moi, `a l’endroit o`u nous avons d'ecouvert cette main. Maintenant, dis-moi, Fandor, quel homme imagines-tu ayant int'er^et `a nous 'ecarter de Monaco, o`u un crime extraordinaire vient d’^etre commis ?
— L’assassin, Juve.
— Et l’assassin se nomme ?
— Fant^omas, bien s^ur.
Et Juve, net et pr'ecis comme `a son ordinaire, fit alors `a Fandor l’expos'e de ce qu’il appelait lui-m^eme le modus vivendiqu’ils devaient adopter tous deux.
— Fant^omas, affirmait Juve, doit avoir connaissance de notre venue. C’est lui, n’en doutons pas, qui nous a fait retrouver cette main de cadavre. Il doit ^etre persuad'e actuellement que nous avons d^u rester `a Arles pour enqu^eter au sujet de ce macabre d'ebris. Donc, Fant^omas ne nous attend pas. Eh bien mon cher Fandor, profitons-en. Ne commettons pas la lourde gaffe d’aller descendre dans un h^otel en renom, o`u notre arriv'ee lui serait tout de suite signal'ee. Choisissons, au contraire, une bo^ite tranquille, et, puisque nous avons de l’avance sur ce bandit, ne la perdons pas, pr'eparons-nous `a enqu^eter d`es demain matin, mais `a enqu^eter discr`etement.
***
Ils descendirent `a la Bonne Chance, et d`es l’aube, se mirent au travail.
Sur les genoux de Juve, 'eparpill'es sur les tables, sur les lits, sur les chaises, des documents, que Juve, l’un apr`es l’autre, passait `a Fandor.
— Regarde, expliquait le policier, 'etudie-moi tout cela. Pendant que tu dormais, tout `a l’heure, j’ai fait pr'evenir les policiers locaux que je n’avais aucun besoin de les voir.
— Ce n’est pas poli, Juve.
— C’'etait n'ecessaire. Je me suis d'ebarrass'e d’eux, et j’ai camp'e mon personnage de « monsieur qui ne veut pas qu’on l’ennuie ». C’est toujours une chose utile. Enfin, j’ai obtenu que l’on me communique les rapports de police relatifs `a l’assassinat de Norbert du Rand. Plains-toi donc, Fandor, au lieu d’avoir `a nous d'eranger, `a faire une enqu^ete assommante, nous pouvons, rien qu’en lisant ces papiers, sans bouger de notre h^otel, nous faire une id'ee de la situation. Mais qu’est-ce que tu as, Fandor ?