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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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— Tu le connais, ce monsieur chic ? interrogea Juve.

— Pas le moins du monde, fit Fandor, mais je vois `a votre air, Juve, que vous allez dans un instant me r'eciter par coeur son casier judiciaire.

— Ce sera facile, dit Juve, il n’en a pas. C’est un brave homme, un d'eput'e du Centre : M. Laurans, fort connu au Parlement, tr`es « dans les eaux du jour », et appel'e prochainement `a devenir ministre.

— Vous me pr'esenterez, Juve, s’'ecria Fandor, je le taperai d’un bureau de tabac. C’est 'egal, continuait le journaliste, il est assez piquant de voir cet homme d’un ^age m^ur, `a l’apparence aust`ere, avec ce petit voyou de femme.

— Et l’autre ? interrompit Juve, la blonde au teint brique, la connais-tu ?

— Parbleu, poursuivit Fandor, mais c’est l’Anglaise de Montmartre, la c'el`ebre Anglaise de la place Pigalle, r'eguli`erement ivre morte `a trois heures du matin. C’est Daisy Kissmi. Vous n’avez jamais entendu parler d’elle ?

Le compagnon de l’Anglaise lui, 'etait un homme tr`es brun, `a la moustache cir'ee, `a la chevelure trop pommad'ee, `a la barbe trop bien faite, aux ongles trop polis, `a la tenue trop 'el'egante et qui, malgr'e tout, n’'etait pas distingu'e.

« Quel peut ^etre cet individu ? se demandait Juve. Il allait prendre l’avis de Fandor, mais celui-ci ne l’'ecoutait plus.

Le journaliste avait entam'e une conversation en signaux avec la compagne du d'eput'e. La petite femme noire avait reconnu Fandor et par une mimique expressive elle s’efforcait de lui faire entendre qu’ils se retrouveraient tout `a l’heure, d`es qu’elle aurait pu se d'ebarrasser de son protecteur.

Louppe, de temps `a autre, pour bien manifester ses sentiments, promenait ostensiblement le revers de sa main sur sa joue mince, ce que Fandor traduisait dans son bon argot parisien par :

» La barbe ». Cette pauvre Louppe est terriblement ras'ee par son bonhomme.

Le d^iner s’acheva.

De rigoristes bourgeoises avaient quitt'e le wagon-restaurant sit^ot la derni`ere bouch'ee aval'ee, estimant peu convenable de rester `a tra^iner dans un wagon, o`u les hommes, avec l’assentiment de quelques dames, commencaient `a fumer en buvant des liqueurs.

Mais Juve et Fandor s’apercurent `a ce moment que la petite Louppe insistait d’une facon pressante aupr`es du d'eput'e.

Laurans 'ecoutait son amie avec beaucoup de docilit'e. Il hocha la t^ete, il approuva.

Au bout de quelques instants, Louppe avait 'evidemment obtenu satisfaction, car son visage s’'eclairait d’un large sourire, ses yeux s’illuminaient. Le d'eput'e, en effet, apr`es avoir sold'e l’addition, se levait, solennel et, traversant le wagon, regagnait son compartiment, cependant que Louppe allait s’asseoir aupr`es de Daisy Kissmi.

Mais le d'eput'e avait `a peine disparu que Louppe, pirouettant sur ses talons et titubant d’une table `a l’autre, tout en grommelant contre les secousses du train, quittait Daisy Kissmi et bondissait vers Fandor :

— Chouette, dit-elle, en posant ses deux mains sur les 'epaules du journaliste, j’ai fini par d'ecider mon vieux `a se d'ebiner. Tel que je le connais, dans dix minutes il va roupiller comme une souche. Mon petit Fandor, je suis bien contente de te revoir. Qu’est-ce que tu paies ? Dis donc, il a l’air de rigoler ton copain ? faudrait pas qu’il s’envoie ma poire ?

Juve protesta doucement qu’il n’avait nullement l’intention de se moquer de la nouvelle venue.

Mais celle-ci ne songeait d'ej`a plus `a la question qu’elle venait de poser. Elle s’'etait install'ee d'elib'er'ement sur la table occup'ee par Juve et Fandor.

Elle appela le garcon :

— Am`ene-toi ballot ! il faut me refiler une fine, et de la bonne, j’en ai assez de boire de l’eau sucr'ee, pour faire croire au p`ere Laurans que je n’ai pas de vices. Vas-y donc d’une fine et surtout pas de whisky, comme en prend Daisy Kissmi.

« Zieute-moi l’Anglaise, poursuivit Louppe en se penchant `a l’oreille de Fandor, qu’est-ce qu’elle est en train de se passer encore. J’parie cinq louis, contre un sou qu’elle sera m^ure d’ici une heure. Au fait Fandor tu ne m’as pas encore pr'esent'e ton copain ?

Fandor, au hasard pr'esenta Juve :

— Monsieur Dubois.

Mais l’Anglaise, entre deux verres de whisky, voulait, elle aussi, faire la connaissance des voyageurs amis de Louppe.

Il semblait bien du reste qu’elle connaissait Fandor, de vue tout au moins. C’'etait une raison suffisante pour venir boire `a sa table.

Daisy Kissmi s’installa et plus rigoriste que son amie, elle voulut aussit^ot qu’on lui pr'esent^at le compagnon de Fandor :

— Monsieur Duval, fit celui-ci gravement, en d'esignant Juve :

Louppe s’esclaffa :

— Non, mais vous ^etes rien farces tous les deux. Surtout toi, poursuivait-elle en d'esignant Juve interloqu'e par cette familiarit'e, il n’y a pas trois minutes, tu t’appelais Dubois. Voil`a maintenant que tu t’appelles Duval. `A quand Durand ?

— Du Rand prof'era l’Anglaise, avec un l'eger hoquet, aoh, il ne faut pas parler de loui, puisque cette pauvre Du Rand, il est morte.

Ce rappel `a la r'ealit'e jeta un froid dans l’assistance. Juve et Fandor se souvenaient, en effet, qu’ils roulaient `a cent vingt `a l’heure vers les lieux du crime.

Mais ces femmes insoucieuses avaient d'ej`a oubli'e. L’Anglaise, avec un ent^etement d’ivrognesse, deux ou trois fois proposa de pr'esenter `a ses amis son compagnon : un Italien tr`es bien, disait-elle, le signor Mario Isolino. C’'etait un grand seigneur, qui malheureusement aimait trop les cartes, ce qui l’avait perdu. Apr`es avoir poss'ed'e une fortune immense, il 'etait en train de la reconstituer d'esormais par son travail et son adresse.

Tandis que Daisy Kissmi allait chercher par la main l’Italien qui, de loin multipliait les sourires et se confondait en petites salutations, Louppe, pendant ce temps, expliquait, brutalement en deux mots `a Juve et `a Fandor la profession du signor Isolino :

— Un grec, un tricheur, quoi, il fait le bonneteau.

Il 'etait minuit environ, Daisy Kissmi allait ^etre ivre morte bient^ot, Louppe, ayant en vain essay'e de s'eduire Juve, puis Fandor, et n’ayant pas r'eussi, s’'etait rabattue en fin de compte sur Isolino.

Le journaliste et le policier regagn`erent leurs couchettes laissant les deux demi-mondaines en t^ete `a t^ete avec l’Italien.

***

Le train roulait, le train roulait.

Juve et Fandor dormaient encore lorsque les premiers rayons d’une aube p^ale apparurent timidement sous les rideaux.

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